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Espagne: le leader de Podemos dans la tourmente après l'achat d'une villa à 600.000 euros

Pablo Iglesias au Parlement d'Espagne, en juin 2017.

Pablo Iglesias au Parlement d'Espagne, en juin 2017. - Oscar del Pozo - AFP

Le leader du parti de la gauche radicale espagnole est sous le feu des critiques après l'achat d'une immense villa dans les environs aisés de Madrid. L'intéressé a annoncé une consultation prochaine des militants de Podemos sur son maintien à la tête de la formation politique.

Une polémique dont Podemos, qui a fait des discours sur la moralisation de la vie politique sa spécialité, se serait bien passé. Pablo Iglesias, le leader de cette formation de la gauche radicale espagnole, est sous le feu des critiques de la part de membres et militants de son propre camp après avoir acheté une luxueuse villa pour plus de 600.000 euros. A tel point que le responsable politique et sa compagne Irene Montero, porte-parole de Podemos, se sont dits prêts à renoncer à leurs mandats.

270 m², 2000 m² de jardin

Au coeur du scandale, une villa cossue de 270 m², avec vaste jardin de 2000 m² et piscine, que le couple vient d'acquérir. La propriété se trouve à Galapagar, à une quarantaine de kilomètres au nord-ouest de Madrid. Pablo Iglesias et Irene Montero ont expliqué avoir souscrit un prêt sur 30 ans et vouloir élever leurs jumeaux, dont la naissance est prévue pour l'automne, dans l'"intimité". 

Mais leurs arguments n'ont pas convaincu, compte tenu de leur rôle de représentants d'une formation politique antisystème, qui montre régulièrement du doigt les privilégiés et leur train de vie et a fait de la sobriété financière l'une de ses valeurs phares. Résultat: l'affaire est en passe de ternir l'image de ce qui est aujourd'hui la troisième force parlementaire d'Espagne

Vives critiques au sein de Podemos 

Outre les critiques - attendues - venues des autres partis, la désapprobation s'est également fait entendre sans retenue au sein même des rangs de Podemos, menaçant ainsi la cohésion du groupe.

"Le code d'éthique de Podemos n'est pas une formalité" mais "un engagement à vivre comme les gens ordinaires pour pouvoir les représenter au sein des institutions", a ainsi lancé le maire de Cadix, José Maria Gonzalez, militant Podemos. "Une villa avec piscine dans une zone chic me paraît incompatible avec le leadership d’un parti qui dit défendre les plus nécessiteux, ceux qui remboursent avec difficulté leurs prêts immobiliers", a lancé pour sa part Isidro Lopez, député Podemos.

Et ce d'autant plus que Pablo Iglesias s'en était lui-même pris au ministre des Finances espagnol et à l'un de ses achats immobiliers, dans un tweet publié en août 2012. "On ne peut pas mener la politique économique d’un pays depuis la terrasse d’un appartement de 600.000 euros", avait-il écrit, sans se douter de la polémique à venir six ans plus tard. 

Consultation interne

Bien que certaines voix au sein du parti se soient élevées pour prendre leur défense, évoquant un "achat immobilier légal avec de l'argent gagné honnêtement", le couple a préféré prendre les devants.

Samedi, lors d'une conférence de presse, Pablo Iglesias et Irene Montero ont reconnu l'ouverture d'un débat "sur notre crédibilité et aussi sur notre honnêteté", et annoncé la tenue d'une consultation des militants de Podemos sur leur maintien ou non à la tête du parti, et sur l'avenir de leurs mandats de députés. "S'ils nous ordonnent de démissionner, nous démissionnerons", a assuré Pablo Iglesias. 

Adrienne Sigel