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En Hongrie, des "chasseurs frontaliers" assistent la police pour traquer les migrants

La police hongroise recrute des "chasseurs frontaliers" contre les migrants

La police hongroise recrute des "chasseurs frontaliers" contre les migrants - Youtube

La police hongroise recrute des "chasseurs frontaliers" pour aider les forces de l'ordre à faire face à "la pression de l'immigration clandestine". Les vidéos promotionnelles interrogent.

La police hongroise recrute des "chasseurs frontaliers". Et diffuse pour cela des vidéos déroutantes mettant en scène ces apprentis policiers. Dans l'une de ces mises en scène, sur fond de musique hard rock, de jeunes hommes aux muscles saillants patrouillent à la frontière à cheval, en hélicoptère, en bateau ou accompagnés de chiens. À l'arrière plan, le mur de barbelés que le pays a érigé pour empêcher les migrants de franchir la frontière.

Armes à feu et salle de sport

Le clip, qui dure un peu moins de trois minutes, s'ouvre sur de jeunes hommes aux crânes rasés qui enfilent leurs uniformes, cirent leurs rangers et se voient remettre leurs armes. À plusieurs reprises, la vidéo insiste sur les repas qui leur sont distribués: hamburgers, viennoiseries et barres chocolatées. Le clip se clôt sur une scène "virile" pour le moins inattendue: ces mêmes jeunes hommes, tout en muscles, s'entraînant à la salle de sport.

Ce n'est pas la première vidéo de recrutement que la police hongroise met en ligne. De nombreux autres clips font la promotion de ces "chasseurs" et de l'entraînement qu'ils reçoivent: maniement des armes à feu, interpellation et prises d'arts martiaux.

Comme le rapporte le site Les Observateurs de France 24, les migrants sont la plupart du temps absents de ces mises en scène. À l'exception d'une vidéo qui précise en légende que deux migrants qui "n'avaient pas mangé depuis quatre jours" s'étaient vu offrir la propre nourriture des policiers.

Matraque et revolver

Depuis le début du mois de mai, ces "chasseurs frontaliers" assistent les forces de l'ordre. Quelque 3000 d'entre eux doivent être recrutés pour faire face à "la pression de l'immigration clandestine". Alors que la formation de policier dure deux ans, la leur, qui est rémunérée près du double du salaire minimum hongrois, n'est que de six mois. Comme l'indique Le Parisien, "ces volontaires de 30 ans en moyenne vont patrouiller, armés d'un spray de gaz poivré, d'une matraque et d'un revolver".

L'année dernière, le maire d'Asotthalom, une petite ville hongroise de 4000 habitants près de la frontière avec la Serbie, s'était déjà félicité sur sa page Facebook de la chasse aux migrants menée par des milices privées. Des initiatives similaires ont vu le jour. En treillis militaire, cagoulés et armés de machettes, des miliciens bulgares d'extrême droite font la chasse aux migrants à la frontière avec la Turquie. Une pratique illégale, mais tolérée par les autorités.

"C'est un message absolument répugnant"

Pour Mark Zoltan Kekesi, sociologue à l'université de Szeged, dans le sud de la Hongrie, ces images sont tout à fait significatives de la politique migratoire mise en place en Hongrie. Le Parlement a adopté en mars dernier la détention systématique de tous les migrants entrés sur le territoire et depuis 2015, entrer illégalement dans le pays est passible de trois ans de prison.

"Je pense que la police fait exprès de ne pas parler directement de 'migrants' ou de 'réfugiés' dans ses vidéos -qui sont d'ailleurs assez ridicules, a-t-il décrypté pour le site Les Observateurs de France 24. C'est le patriotisme, la sécurité, la loyauté, la bravoure ou encore le sens du devoir qui sont donc mis en avant. Mais cela ne trompe personne, puisque le mot 'hatarvadasz' ('chasseurs frontaliers') est évidemment très connoté (...) C'est un message absolument répugnant."

Pour rappel, la Hongrie, qui a entrepris de construire un deuxième rideau barbelé à la clôture antimigrants qu'elle a érigée en 2015 à sa frontière serbe, a vu 345 migrants arriver depuis le début de l'année, selon le ministère de l'Intérieur. Au mois de mars, le pays a été condamné par la Cour européenne des droits de l'homme pour avoir violé le droit à la liberté et à la sûreté de deux demandeurs d'asile refoulés.

Céline Hussonnois-Alaya