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Emanuela Orlandi, le fantôme qui hante le Vatican depuis 36 ans

Des manifestants tiennent une banderole à l'effigie d'Emanuela Orlandi, résidente du Vatican disparue sans laisser de trace le 22 juin 1983.

Des manifestants tiennent une banderole à l'effigie d'Emanuela Orlandi, résidente du Vatican disparue sans laisser de trace le 22 juin 1983. - Filippo Monteforte - AFP

Deux tombes ont été ouvertes ce jeudi afin de retrouver les ossements d'Emanuela Orlandi, une adolescente de 15 ans vivant au Vatican. En 1983, elle s'est évaporée dans la nature sans laisser de trace.

Qu'est-il arrivé à Emanuela Orlandi? Le 22 juin 1983, cette jeune fille de 15 ans demande à partir un peu plus tôt de son cours de musique, à Rome. Peu avant 19 heures, elle disparaît dans les rues de la capitale italienne. On ne la reverra jamais.

Sa soeur déclare que cet après-midi là, Emanuela l'a appelée pour lui dire qu'elle avait été approchée pour un homme pour vendre des cosmétiques de la marque Avon. Selon The Spectator, des amis de l'adolescente disent aussi l'avoir vue près d'une BMW foncée, dans laquelle un sac Avon était visible, et parler avec une femme aux cheveux rouges. Un policier dit l'avoir vue avec un homme élégant, entre 35 et 40 ans.

Des dizaines d'appels énigmatiques à la famille

Les premiers jours de l'enquête offrent quelques pistes. Un homme se présentant comme "Pierluigi" appelle la famille Orlandi et prétend que sa petite amie connaît une fille de l'apparence d'Emanuela. Seulement, elle se fait appeler "Barbara", vend des cosmétiques et joue de la flûte. Une description qui pourrait correspondre à la disparue, qui pratiquait le piano et la flûte.

Malgré tout, aucun élément concret ne permet de retracer le parcours de la jeune femme. Pendant plusieurs décennies, les Orlandi recevront des dizaines d'appels énigmatiques, retrace The Spectator.

L'affaire devient médiatique quelques jours plus tard, quand le pape Jean-Paul II l'évoque lors d'une prière publique. Il demande que la jeune fille puisse rejoindre sa famille, "dont il est proche".

Car Emanuela Orlandi est une citoyenne un peu particulière. Fille d'un employé du Vatican, elle est une des rares personnes sans fonction religieuse à vivre dans la cité. Sans surprise, de multiples théories éclosent sur les raisons et les circonstances de sa disparition. 

Emanuela Orlandi, une monnaie d'échange?

Certaines thèses affirment qu'elle a été kidnappée pour arracher la libération de Mehmet Ali Agca, le Turc qui avait tenté d'assassiner le pape Jean-Paul II en 1981. Un homme surnommé "L'Américain" appelle plusieurs fois le Vatican et les proches d'Emanuela pour demander un échange. Il n'est pourtant jamais prouvé qu'il la détient, et les appels s'arrêtent un jour.

D'autres organisations, services secrets et autres se servent du cas de la jeune fille disparue pour faire entendre leurs revendications. De nombreuses pistes sont étudiées, abandonnées; plusieurs appels font penser qu'Emanuela Orlandi est toujours en vie en 1984. L'implication du Vatican dans l'enlèvement est maintes fois suggérée, fortement soupçonnée, jamais prouvée.

Coup de théâtre en 2005. Un coup de téléphone anonyme indique de chercher dans une tombe de la basilique Sant'Apollinare de Rome. On découvre alors qu'y est enterré le mafieux Enrico de Pedis.

Une première tombe ouverte en 2012

Une ex-maîtresse du malfrat soutient également aux enquêteurs qu'il avait enlevé la jeune fille, dont le corps avait été coulé dans le béton. Selon certaines thèses, l'adolescente aurait été enlevée par sa bande criminelle pour recouvrer un prêt auprès de l'ancien président américain de la banque du Vatican (IOR), Paul Marcinkus. La tombe est finalement ouverte en 2012, mais on n'y trouve pas les ossements d'Emanuela Orlandi.

En octobre 2018, nouvel espoir lorsque des os sont découverts au sein du Vatican, relate La Repubblica. Mais, là encore, ce ne sont ni les restes de la jeune Orlandi, ni ceux d'une adolescente du même âge disparue un mois plus tôt.

"Cherchez à l'endroit où pointe l'ange"

Mais le plus gros coup de théâtre est certainement le dernier. A l'été 2018, l'avocate des Orlandi reçoit un message: "Cherchez à l'endroit où pointe l'ange", ainsi que la photographie d'une tombe. Un ange sculpté en marbre lisant sur une tablette l'inscription "Repose en paix" trône effectivement dans le Cimetière teutonique du Vatican. 

Le frère de la disparue, Pietro Orlandi, qui se bat depuis des années pour retrouver la trace de sa soeur, a obtenu l'autorisation du Vatican pour faire ouvrir deux tombes. Ce sont les sépultures de deux princesses: Sophie von Hohenlohe et Frédérique de Mecklembourg, mortes en 1836 et 1840. 

Mais jeudi dernier, à l'ouverture des tombes, c'est la stupeur: elles ne contiennent absolument rien. Ni les restes d'Emanuela Orlandi, ni ceux des deux princesses. Il n'y a plus une seule disparue, mais trois. 

Liv Audigane