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Depuis leur victoire, les pro-Brexit se font discrets

Boris Johnson est pressenti pour remplacer David Cameron au 10 Downing Street.

Boris Johnson est pressenti pour remplacer David Cameron au 10 Downing Street. - BFMTV

Sont-ils en train de réaliser l'ampleur de la tâche qui les attend? Les pro-Brexit, vainqueurs du référendum qui s'est tenu jeudi dernier au Royaume-Uni, se font discrets depuis la fin de semaine, et commencent à temporiser les effets de la sortie du pays de l'UE.

Les dirigeants européens pressent le pas, mais le Royaume-Uni semble déterminé à prendre son temps. Comme au sein de la population, qui l'a exprimé à travers une pétition qui a recueilli à ce jour 3,6 millions de signatures, la victoire du "Leave" au référendum semble avoir provoqué une sorte de crise de tétanie chez les dirigeants britanniques, comme si le résultat du scrutin restait difficilement croyable pour tous.

Alors que l'enjeu est sans précédent pour le Royaume-Uni, les responsables politiques tardent en effet à assumer leurs responsabilités. Le Labour traverse une crise, et son dirigeant Jeremy Corbyn, sous le feu des critiques, s'accroche à son poste, tandis que David Cameron annonce une démission qui ne viendra pas avant l'automne, et n'enclenche pas la procédure de sortie.

Même au sein du camp des vainqueurs, passée la célébration de la victoire, le temps semble désormais suspendu. Et l'attitude de ses leaders, Nigel Farage et Boris Johnson trahit un certain flottement.

Une victoire difficile à assumer?

Alors qu'on les imaginait se ruer sur cette victoire, les meneurs du camp du Brexit sont étonnamment très discrets depuis vendredi. L'ancien maire de Londres Boris Johnson, pressenti pour prendre la succession de David Cameron à Downing Street, avait déclaré vendredi matin qu'il n'y avait aucune urgence à lancer la procédure de divorce avec Bruxelles, par le biais de l'article 50 du Traité de Lisbonne. Procédure que David Cameron ne semble pour l'heure pas plus enclin à déclencher.

Ni bruyante ni démonstrative, la victoire du camp du "Leave" semble avoir pris de court ses propres partisans, qui, comme le souligne Le Figaro, s'étaient préparés à prononcer des discours de défaite au lendemain du vote. Même discrétion du côté du ministre de la Justice, Michael Gove, l'une des autres figures du "Out", qui s'est contenté d'une déclaration conjointe avec Boris Johnson vendredi, pour rassurer les Britanniques, en adoptant le ton le plus modeste possible. Des réactions qui semblent trahir une certaine panique chez les vainqueurs. Et si ces derniers n'avaient jamais envisagé une sortie effective de l'UE?

La première gaffe est venue de Nigel Farage, leader du parti europhobe Ukip et de la campagne pro-Brexit, qui a reconnu, à peine la victoire annoncée, que l'une de ses promesses, en l'occurrence la redirection de la subvention versée chaque semaine à l'UE vers la sécurité sociale britannique, était irréalisable

Boris Johnson ne veut rien "précipiter"

Ce lundi, Boris Johnson, a adopté un ton inhabituellement conciliant avec ses adversaires d'hier, en assurant que le Royaume-Uni fait "partie de l'Europe" et que la coopération avec ses voisins du continent allait "s'intensifier".

Dans une tribune parue dans le Daily Telegraph, il a réaffirmé que la sortie de l'UE "n'interviendra pas dans la précipation". Candidat à la succession du Premier ministre démissionnaire David Cameron, il s'est posé en rassembleur, appelant les partisans du Brexit à "construire des ponts" avec ceux qui ont voté pour rester dans l'UE, conscient que le vote laisse le pays profondément divisé.

A-t-il réalisé l'ampleur de la tâche à venir au cours du week-end? Visiblement peu préoccupé par le séisme politique qui venait de se produire, l'ancien maire de Londres avait quitté la capitale britannique, pour une partie de cricket chez le frère de la princesse Diana, le samedi, et un dimanche en famille dans sa maison de campagne. 

Cameron peu enclin à déclencher l'article 50

David Cameron a réuni ce lundi matin ses ministres, et le Parlement doit reprendre ses sessions dans l'après-midi. Londres est désormais sous pression de l'UE pour engager rapidement la procédure de divorce, mais David Cameron l'a repoussée jusqu'à la désignation de son successeur lors du congrès de son parti en octobre.

Dimanche encore, Martin Schulz, le président du Parlement européen, l'a exhorté à entamer la procédure dès mardi à Bruxelles, au début d'un sommet des chefs d'Etat et de gouvernements européen de deux jours. Mais selon une source officielle européenne, les Européens ne s'attendent pas "à ce stade, à ce que Cameron déclenche l'article 50", la clause du traité de Lisbonne qui enclenchera la sortie du Royaume-Uni de l'UE.

Adrienne Sigel