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Etats-Unis: le FBI arrête un ex-agent de la CIA, soupçonné d'avoir livré des noms d'informateurs à la Chine

Le siège du FBI, à Washington.

Le siège du FBI, à Washington. - I, Aude via Wikimedia Creative Commons

C'est une affaire d'espionnage et de trahison. Le FBI a arrêté lundi un ancien agent de la CIA, soupçonné d'avoir aidé le gouvernement chinois à démanteler un réseau d'informateurs américains. Depuis 2010, une dizaine d'entre eux ont été interpellés ou tués par le régime chinois.

Un réseau d'espionnage décimé, une dizaine d'informateurs arrêtés ou tués par le gouvernement chinois, à compter de 2010, les services de renseignement américain ont commencé à voir leurs sources au sein du régime communiste tomber l'une après l'autre. L'accumulation des pertes a peu à peu dissipé la possibilité d'y voir une simple succession d'accidents, et l'évidence d'une faille dans la machine s'est imposée.

Une enquête a été lancée en 2012, et au bout de six ans, mardi, le département de la Justice américain a annoncé que Jerry Chun Shing Lee, un ancien agent de la CIA avait été arrêté lundi à l'aéroport John Fitzgerald Kennedy à New York par le FBI.

"Taupe", négligence, ou piratage? 

L'homme de 53 ans est soupçonné d'avoir aidé la Chine à démanteler le dispositif d'espionnage américain, a signalé le New York Times qui a retracé ces investigations. L'homme a comparu dès mardi devant un tribunal fédéral de Brooklyn et est pour le moment poursuivi pour rétention illégale d'informations intéressant la défense nationale. L'hypothèse d'une trahison n'a pas toujours été privilégiée par les acteurs du dossier. Certains, certes, ont vite affirmé qu'une "taupe" avait dû transmettre des listes d'informateurs au gouvernement chinois. Mais d'autres ont d'abord pensé que les Chinois étaient tout simplement parvenu à y voir clair dans le jeu américain en piratant les communications secrètes entre la CIA et ses sources à l'étranger.

Il y avait aussi des voix pour évoquer une possible négligence des informateurs eux-mêmes, certaines des pistes envisagées pouvant éventuellement se conjuguer. Une chose est sûre: l'affaire a échauffé les esprits et provoqué des tensions entre le "Bureau" (le FBI) et l'"Agence" (la CIA). 

Les carnets de Jerry Chun Shing Lee 

Mais Jerry Chun Shing Lee, qui a quitté la CIA en 2007 et s'est installé depuis à Hong Kong, a fini par apparaître comme le suspect principal. Aussi, quand le FBI a appris qu'il séjournait aux Etats-Unis ces jours-ci, il a entamé, dès samedi, les démarches pour lui mettre la main au collet. C'est un précédent voyage aux Etats-Unis de Jerry Chun Shing Lee en 2012 qui avait mis la puce à l'oreille des enquêteurs, ou plutôt avait permis de nourrir davantage encore les soupçons pesant sur lui. Le FBI avait alors fouillé ses bagages dans des hôtels de Virginie et d'Hawaï où il était descendu en famille. A l'intérieur, les agents avaient découvert deux carnets couverts de ses notes. Il y décrivait des rencontres entre des membres de la CIA et des informateurs, le tout avec les noms et adresses des personnes mentionnées, autant d'éléments classifiés évidemment. Pourquoi n'a-t-il pas été aussitôt interpellé? Le FBI ne l'a pas dit pour le moment. 

En tout cas, cette trouvaille avait incité le FBI à lui demander de repasser par les Etats-Unis pour répondre à quelques questions. Lors de cinq séances, tenues entre mai et juin 2013, Jerry Chun Shing Lee n'a jamais révélé le contenu de ses carnets, ne parlant que d'un "livre" et d'un "agenda". Il lui faudra désormais être plus bavard. 

Robin Verner