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États-Unis: Donald Trump peut-il réellement reporter l'élection présidentielle?

Donald Trump, ici le 21 juillet à Washington, s'en prend régulièrement à la "cancel culture"

Donald Trump, ici le 21 juillet à Washington, s'en prend régulièrement à la "cancel culture" - JIM WATSON © 2019 AFP

Malgré ses menaces répétées, le président des États-Unis devrait se heurter à plusieurs obstacles, dont la Constitution de son propre pays.

L'élection présidentielle américaine va-t-elle être reportée? Dans un tweet publié ce jeudi, le président des États-Unis, Donald Trump, a fait part pour la première fois de cette éventualité, en mettant en avant, sans la moindre preuve, des risques de fraude liés à l'épidémie de Covid-19.

"Avec le vote par correspondance (...) 2020 sera l'élection la plus inexacte et la plus frauduleuse de l'histoire", a-t-il affirmé sur Twitter. "Ce sera une véritable honte pour les Etats-Unis. Reporter l'élection jusqu'à ce que les gens puissent voter normalement, en toute sécurité???", a-t-il écrit.

Crise sanitaire oblige, plusieurs États américains ont souhaité la mise en place d'aménagements spéciaux en marge du scrutin national, afin de limiter au maximum la propagation du coronavirus. Ainsi, le vote par courrier, système de vote instauré depuis des années et qui n'a pas débouché sur des problèmes majeurs, pourrait être instauré. Depuis le début de la pandémie, les États-Unis ont recensé plus de 4,4 millions de cas pour plus de 150.000 morts, souligne l'université Johns Hopkins dans son dernier relevé.

Obstacle constitutionnel

Seul problème pour Donald Trump, la décision d'un éventuel report ne lui revient absolument pas. Dans un premier temps, la Constitution des États-Unis donne au Congrès, et à lui seul, le pouvoir de fixer la date de l'élection présidentielle. Et comme le souligne CNN quelques minutes seulement après la publication du tweet, les législateurs des deux partis ont immédiatement assuré qu'un report n'était pas envisagé.

De même, en vertu du 20e amendement de cette même Constitution, les élections présidentielles sont régies par un calendrier extrêmement strict, qui ne peut pas être modifié. "Les mandats du président et du vice-président prendront fin à midi le 20 janvier", peut-on lire.

En plus du texte fondateur, une loi de 1948 citée par le média Bloomberg renforce ces contraintes de temps et rappelle que les élections doivent avoir lieu "le mardi suivant le premier lundi de novembre, tous les quatre ans suivant chaque élection d'un président et d'un vice-président."

"Je dois voir"

Pour autant, le tweet de Donald Trump ouvre la porte à une seconde possibilité, celle que l'actuel leader américain n'accepte pas son éventuelle défaite. Fin avril déjà, son adversaire démocrate Joe Biden avait prédit que le milliardaire ferait son possible pour reporter l'élection.

"Souvenez-vous de ce que je vous dis, je pense qu'il va essayer de faire reporter les élections d'une manière ou d'une autre, trouver des raisons pour lesquelles elles ne peuvent pas avoir lieu", avait-il lancé.

Interrogé il y a dix jours sur le fait de savoir s'il accepterait le résultat des élections, le Donald Trump était resté très évasif.

"Je dois voir (...). Je ne vais pas simplement dire 'oui'. Je ne vais pas dire 'non'", avait-il répondu.

Ainsi, comme l'explique de nouveau CNN, en remettant en question les résultats du scrutin avant même qu'il ait eu lieu, Donald Trump prépare également ses plus proches collaborateurs, ainsi que ses soutiens, à douter de la légitimité du vote en cas de défaite en novembre prochain.

Sondages extrêmement défavorables

Car en réalité, tous les pronostics actuels donnent Donald Trump grand perdant face à son adversaire démocrate, Joe Biden, âgé de 77 ans. Selon la moyenne des sondages nationaux établie par le site RealClearPolitics, Joe Biden a, depuis plus de six semaines, une avance sur Donald Trump de 8 à 10 points de pourcentage.

Depuis 1980, tous les candidats qui avaient un avantage aussi important au même stade l'ont emporté, à une exception près: celle du démocrate Michael Dukakis, finalement battu par George Bush en 1988.

Au Texas, Etat dans lequel aucun démocrate ne s'est imposé depuis Jimmy Carter en 1976 et où Donald Trump l'a largement emporté en 2016, les deux candidats sont au coude-à-coude. Or, avec ses 38 grands électeurs, cet Etat du sud pèsera très lourd à l'heure du décompte.

https://twitter.com/Hugo_Septier Hugo Septier Journaliste BFMTV