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Économie : la leçon de Merkel à la France

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La tension monte entre Paris et Berlin à deux semaines du Conseil européen des 28 et 29 juin. La chancelière allemande Angela Merkel a critiqué vendredi la politique économique de la France, rappelant notamment « les différences de croissance » entre les deux pays.

Angela Merkel s'est livrée vendredi à une critique en règle de l'état de l'économie française au moment même où l'entourage de François Hollande faisait assaut d'optimisme sur les chances d'un accord franco-allemand pour relancer la croissance dans la zone euro. La chancelière allemande a déploré un « manque de confiance entre les acteurs » de la zone euro et estimé qu'opposer la croissance à la rigueur budgétaire était « un faux débat ». « C'est n'importe quoi » d'opposer ces concepts, a-t-elle déclaré, visant sans le nommer François Hollande.
La chancelière a une nouvelle fois rejeté la proposition française de lancer des euro-obligations pour mutualiser la dette, ce qui « mènerait l'Allemagne à la médiocrité » selon elle, lançant une pique féroce sur l'état de l'économie française. « L'Europe doit discuter des différences croissantes entre les économies française et allemande », a-t-elle dit, ajoutant que l'Allemagne est le « pôle de stabilité et le moteur de la croissance » en Europe, une manière de dire que la France joue en seconde division dans la zone euro. Le message est clair : la France a des problèmes de compétitivité qui seront résolus non pas par des dépenses mais par de douloureuses réformes structurelles déjà mises en œuvre par l'Allemagne et dont la France ne voudrait pas.

Berlin critique le retour à la retraite à 60 ans

Le ministre allemand des Finances, Wolfgang Schäuble, avait envoyé une première torpille sur le même thème mercredi en critiquant la décision de François Hollande de revenir partiellement à la retraite à 60 ans, qui ne correspond pas selon lui à ce qui a été décidé au niveau européen.
L'exécutif français a pu provoquer ces derniers jours cette réaction courroucée de son homologue allemand. Le Premier ministre Jean-Marc Ayrault et François Hollande ont reçu mercredi à Paris les dirigeants du parti social-démocrate allemand (SPD) pour débattre des dossiers européens, une manœuvre de contournement qui n'a guère plu à Berlin. Le SPD soutient l'idée française de mutualisation des dettes dans la zone euro, même si ce serait à un horizon lointain, et Matignon a publié un communiqué pour vanter la « vision commune » entre le parti d'opposition à Angela Merkel sur « la stabilité budgétaire, les mesures de soutien à la croissance ».

La France dans un « esprit d’apaisement »

Le gouvernement français est dans un « esprit d'apaisement ». « Nos équipes travaillent en permanence et les choses avancent. Il n'est pas du tout question de rentrer dans une polémique », dit-on de source gouvernementale à Paris, préférant voir dans les propos de la chancelière un reflet des enjeux de politique intérieure allemande.
Jean-Marc Ayrault avait par avance tenté jeudi matin d'atténuer les tensions en démentant toute volonté française de constituer un front des pays du Sud de l'Europe pour isoler Angela Merkel. « Ce n'est absolument pas ma position et ce n'est pas celle de la France », a-t-il déclaré sur Europe 1, ajoutant que chercher à isoler la chancelière allemande pour la faire plier « serait une grave faute politique qui n'aboutirait à aucune solution ».

Paris optimiste

Cette passe d'armes intervient paradoxalement à un moment où les autorités françaises se montrent de plus en plus optimistes sur les chances d'un accord qui se nouerait le 22 juin à Rome, lors d'une rencontre entre François Hollande, l'Italien Mario Monti, Angela Merkel et l'Espagnol Mariano Rajoy, avant d'être entériné au Conseil européen des 28 et 29 juin.
« Quoi qu'on en dise, il y a des convergences avec l'Allemagne. Il y a des points techniques, il n'y a pas d'affrontement, ça ne sert à rien de jeter de l'huile sur le feu », a-t-on déclaré dans l'entourage de François Hollande. « Les Allemands sont d'accord pour parvenir à un accord et des résultats ambitieux à fin juin. Le fait que chacun émette une contribution ne signifie pas qu'on ne veut pas travailler ensemble », ajoute-t-on de même source, soulignant même qu'il n'y a « pas de blocage » sur les euro-obligations. « Les Allemands n'ont aucun intérêt à ce qu'il n'y ait pas d'accord. L'Allemagne n'est pas dans une situation hégémonique. Il y a objectivement les conditions d'un accord ».

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Angela Merkel

La rédaction avec Reuters