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Déconfinement: la Belgique mise sur les "bulles sociales"

Le Manneken-Pis revêtu d'un masque.

Le Manneken-Pis revêtu d'un masque. - Kenzo TRIBOUILLARD / AFP

La Belgique s'engage cette semaine dans une nouvelle phase de son déconfinement. Et depuis dimanche, elle a instauré une mesure originale pour rétablir un minimum de vie sociale tout en limitant les risques de propagation du coronavirus: chaque foyer peut désigner quatre personnes extérieures avec lesquelles ses membres pourront entrer en contact.

Capitale mondiale de la bande dessinée, la Belgique a choisi de faire des bulles afin de se sortir, progressivement, du confinement. Si depuis lundi, quelques enseignes peuvent à nouveau accueillir la clientèle sous certaines conditions, rencontrant déjà un vif succès comme l'a noté ici la Libre Belgique, une autre mesure symbolise en effet la nouvelle détente en matière d'interactions humaines: les "bulles sociales". 

Les foyers belges peuvent ainsi, depuis dimanche, désigner quatre personnes qu'il leur sera alors possible de fréquenter, au travers de visites, en plus de leurs éventuelles relations de travail. Les autorités ont décrit ce mécanisme dans les termes suivants:

"Un foyer (quelle que soit sa taille) peut recevoir quatre autres personnes à partir du dimanche 10 mai. Par foyer, on entend les personnes vivant sous le même toit. Ce seront toujours les mêmes 4 personnes et elles peuvent ou non faire partir d’un même foyer. (...) Les membres de cette nouvelle 'bulle sociale' ainsi constituée ne peuvent pas recevoir à leur domicile d’autres personnes ou être reçus par d’autres personnes."

Faciliter le "contact-tracing"

L'idée défendue est de rétablir un minimum de vie sociale, de reconstituer des familles séparées par le confinement, tout en prêtant le moins possible le flanc à la propagation du virus. Car bien sûr, si la règle est respectée, et qu'aucun des deux foyers ainsi liés ne crève la bulle pour renouer avec d'autres cercles, retracer l'hypothétique chaîne de contamination ne posera aucune difficulté. 

Yves Coppieters, épidémiologiste et professeur en santé publique à l’Université Libre de Bruxelles, a ainsi expliqué à la RTBF:

"Les experts ont choisi (de s'arrêter au chiffre de, NDLR) quatre car il s’agit d’un chiffre raisonnable par rapport au contact-tracing. Si on étend le nombre dans la cellule familiale, fatalement le contact-tracing sera encore plus important en nombre. C’est un équilibre entre ce qui est acceptable socialement et surtout faisable opérationnellement par rapport au tracing si l’un des membres de la famille est positif au coronavirus".

"On ne va pas se prendre dans les bras"

Alexander de Croo, vice-Premier ministre, a par ailleurs rappelé au même média que ces rencontres devaient également se placer sous le signe de la distanciation physique et des gestes-barrières: "Les règles de distanciation sociale restent valables. On ne va pas se prendre dans les bras". Le port du masque est aussi recommandé, tout comme le fait de se réunir dans un jardin plutôt que dans espace clôt, dans la mesure du possible. 

Bien évidemment, si des symptômes se déclarent dans l'un ou l'autre des foyers liés entre eux, les visites devront s'arrêter. Ces précautions importent d'autant plus que la Belgique paie un lourd tribut au coronavirus. Avec 8707 morts pour un peu plus de onze millions d'habitants, le pays est, en proportion, l'un des moins bien lotis du monde face à l'épidémie. 

De plus, et c'est là où l'option retenue par le gouvernement belge exhibe sa fragilité, la conformation à la mesure est quasiment invérifiable. Aussi les pouvoirs publics ont-ils souligné qu'ils comptaient sur l'intelligence collective de leurs administrés. En cas de flagrant délit cependant, l'amende sera de 250 euros pour chaque majeur pris en faute. 

Robin Verner