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Cinq anecdotes sur la cérémonie d'investiture présidentielle américaine

L'intronisation de Joe Biden en tant que 46e président des États-Unis se tient ce mercredi à Washington. Lourde en traditions, la cérémonie a pourtant plusieurs fois viré à l'insolite. Tour d'horizon historique en cinq anecdotes.

Une estrade devant le Capitole, un serment sur la Bible devant le président de la Cour suprême, une fanfare militaire, un discours et une parade jusqu'à la Maison Blanche. Si le climat politique américain a rarement paru aussi incertain depuis l'intrusion de manifestants pro-Trump au Capitole le 6 janvier, le déroulement de la cérémonie d'intronisation de Joe Biden ne laisse pas de grande place au suspens, après 230 années d'investitures présidentielles successives.

Pourtant, certains des 45 prédécesseurs de Joe Biden ont dérogé à la forme ordinaire de ce rite républicain. Retour sur les "Inauguration Days" les plus atypiques de l'histoire des Etats-Unis.

· Quand George Washington dansait le menuet à New York

De manière assez logique, le général George Washington, premier président américain, est aussi le seul à n'avoir jamais été investi dans la capitale qui héritera de son nom. En 1789, date de son accession au pouvoir, elle n'existe d'ailleurs pas, attendant l'année suivante pour que sa fondation soit actée et l'aube du XIXe siècle pour être fonctionnelle. Et c'est au Federal Hall de New York que George Washington est ainsi fait président des États-Unis le 30 avril 1789.

Le jour de la cérémonie, il célèbre l'événement en exécutant un menuet avec son épouse Martha Washington, comme le raconte l'Association historique de la Maison Blanche. George Washington a d'ailleurs conservé une belle réputation de danseur devant la postérité. L'anecdote, tirée de l'une de ses biographies, veut qu'il ait impressionné un public d'officiers français frais débarqués de Paris en 1779.

En 1793, il marque encore la cérémonie, en débutant officiellement son second mandat à Philadelphie. Il y prononce en effet le discours le plus bref jamais tenu à cette occasion. Homme de peu de mots, il n'en lâche alors que 135.

Le Federal Hall de New York aujourd'hui, avec une statue de George Washington.
Le Federal Hall de New York aujourd'hui, avec une statue de George Washington. © Michael M. Santiago/ AFP

· La cérémonie qui n'a pas réussi à William Harrison

Près de 50 ans plus tard, le 4 mars 1841, William Henry Harrison se lance lui dans le plus long discours inaugural de l'histoire présidentielle: il retient le public pendant deux heures, l'assommant de 8455 mots. Mal lui en prend: il prend froid, la "crève" se mue en pneumonie et il meurt le 4 avril suivant, après 30 jours d'exercice du pouvoir, soit le mandat le plus court de tous.

Les spécialistes ont longtemps vu dans cette mort inopinée le résultat de la cérémonie d'investiture. Le 4 mars 1841 a été glacial, le temps mauvais, et William Henry Harrison a prononcé son discours-fleuve sans chapeau ni gants. Cette version des faits est toutefois largement remise en cause aujourd'hui.

En 2014, le New York Times a ainsi assuré que le président, âgé à sa mort de 68 ans - ce qui en fait le doyen des neuf premiers chefs de l'État américain - avait en fait été emporté par une infection gastro-intestinale. La maladie aurait été contractée après trois semaines de présidence et aurait été engendrée par les bactéries flottant dans l'air washingtonien. La capitale était alors empuantie par un marais de déchets formé près de la Maison Blanche, faute d'un traitement des eaux usées digne de ce nom.

· Calvin Coolidge, l'homme qui prêtait serment à son père

William Henry Harrison est le premier président à mourir alors qu'il est en fonction. Il ne sera pas le dernier. Ainsi, le 2 août 1923, Warren Harding meurt brutalement. L'intronisation de son vice-président Calvin Coolidge sera à plus d'un titre la plus insolite. Au moment où le numéro 2 devient numéro 1, il rend visite aux siens dans la demeure familiale de Plymouth, dans le Vermont, habitation qui ne dispose alors d'aucun moyen de communication moderne. On dépêche alors sans tarder un messager.

Par la force des choses, le cadre ne permet pas le décorum habituel et la précipitation prive Calvin Coolidge des représentants des institutions. Mais comme le décrit notamment l'historien Claude Moore Fuess, on ne s'embarrasse pas de ces considérations et on investit le nouveau patron de l'exécutif dans le salon de ses vieux parents. C'est d'ailleurs son père, John Calvin Coolidge, Sr., juge de paix, qui se charge de recevoir son serment.

Un an plus tard, Calvin Coolidge est élu pour la première fois sous son nom propre. Plus conventionnelle, la cérémonie qui suit, en 1925, présente toutefois la particularité d'avoir été la première à être radiodiffusée.

Coolidge prête serment devant son père.
Coolidge prête serment devant son père. © Boston Sunday Post, Wikimedia Creative Commons

· La marche de Jimmy Carter

Plus commode mais surtout plus sûre, les présidents américains ont instauré la coutume de monter en voiture avant de parader le long de l'interminable Pennsylvania Avenue, après la cérémonie. Cette promenade les amène du Capitole, où ils viennent de prêter serment, à la Maison Blanche où on les attend désormais.

Mais les années 1970 ont décidément quelque chose de plus décontracté. Connu pour être un fan du Allman Brothers Band, Jimmy Carter a ainsi décidé, en 1977, de jouer au Ramblin' Man (titre qu'on peut traduire par "Le Marcheur"): c'est donc à pied, avec son épouse Rosalynn, qu'il a effectué le trajet.

Il écrira plus tard: "Quand les gens autour de la route nous ont vus marcher, ils ont commencé à nous acclamer et à pleurer, c'était une expérience émotionelle pour nous aussi".

· Des petits fours et des drames

Généralement, la cérémonie est suivie d'une réception à la Maison Blanche, où les nouveaux pensionnaires régalent leurs invités. On imagine l'occasion un peu guindée, et elle l'est la plupart du temps. Mais à deux reprises, l'événement a tourné au fiasco.

Andrew Jackson est intronisé en 1829. La foule colle aux basques de ce président très populaire au point de le suivre jusqu'à la Maison Blanche où des invités triès sur le volet doivent accueillir le dirigeant. Sur place, les intrus, présents en grand nombre, piochent dans les douceurs amassées sur les tables: essentiellement des gâteaux, et des glaces. Des verres et des plats volent en éclats. Les visiteurs montent sur les meubles pour apercevoir le grand homme. Bousculé et sans doute un peu paniqué, un serveur renverse les saladiers de punch sur le tapis.

Le 4 mars 1865, Abraham Lincoln, inaugure lui son nouveau mandat puis le fête au Bureau des brevets. Et là encore, la réception sombre dans la confusion. Les invités brisent un buffet, dont la chute provoque à son tour l'effondrement de pyramides de nougats et de caramels, entraîne la perte des macarons et des tartes.

Un mois plus tard, le 14 avril, le président des États-Unis s'offre une autre distraction. Elle tourne mal elle aussi, et accouche même cette fois d'une tragédie. John Wilkes Booth fait feu sur Abraham Lincoln alors qu'il assiste à une représentation de Notre cousin d'Amérique. Il meurt quelques heures plus tard, au petit matin.

Robin Verner
Robin Verner Journaliste BFMTV