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Christophe Naudin: les "scandaleuses" conditions de sa détention en République Dominicaine

Impliqué dans l'exfiltration rocambolesque de République dominicaine des deux pilotes français de l'affaire "Air Cocaïne", le Français Christophe Naudin est en détention provisoire à Saint-Domingue depuis le mois de mars. BFMTV l'a rencontré dans sa cellule.

Depuis deux mois, son quotidien est un cauchemar. Mardi soir, le Français Christophe Naudin a été maintenu en détention provisoire en République dominicaine, pour son implication dans l'évasion des deux pilotes français de l'affaire dite "Air Cocaïne". "C'est le bouc émissaire, c'est lui qui va prendre", a aussitôt réagi au micro de BFMTV son nouvel avocat, Me Frank Berton - qui a notamment défendu Florence Cassez - à l'issue d'une audience de plus de huit heures au palais de justice de Saint-Domingue.

La descente aux enfers de Christophe Naudin a commencé en octobre dernier. Avant cette affaire, ce criminologue de 53 ans était régulièrement consulté par les médias - dont BFMTV - pour son expertise en matière de sécurité aérienne. Tout a basculé quand il a coordonné l'exfiltration des deux pilotes de l'affaire "Air Cocaïne", des faits qu'il ne conteste pas. Avec l'aide d'anciens membres de la DGSE, il aide Pascal Fauret et Bruno Odos à regagner l'Hexagone.

Interpellé lors d'un déplacement en Egypte

Quelques mois plus tard, Christophe Naudin est rattrapé par cette affaire. En déplacement au Caire, il est interpellé le 4 mars à son hôtel par la police égyptienne, qui le conduit à l'aéroport. Il pense à ce moment-là échapper à la justice dominicaine, qui avait émis un mandat d'arrêt international à son encontre: les policiers égyptiens lui auraient assuré qu'il rentrait en France. Mais une fois à bord, ce fin connaisseur du transport aérien prend conscience qu'il n'en est rien.

"J'ai bien compris que l'avion n'allait pas à Paris", confie-t-il à BFMTV lors de son audience, mardi.

Son arrivée à Saint-Domingue est soigneusement mise en scène: sirènes hurlantes, militaires sur-armés. Humiliées par l'évasion des pilotes, les autorités dominicaines tiennent leur revanche, selon la défense de Christophe Naudin. Accusé d'association de malfaiteurs et de trafic d'êtres humains, il risque dix à quinze ans de réclusion.

Depuis quatre mois, le Français est incarcéré dans le quartier de haute sécurité de la prison de Saint-Domingue, sous un régime très contraignant, de peur qu'il ne s'évade. Sur la trentaine de détenus qui occupent le QHS, il est le seul à avoir l'interdiction formelle de quitter sa cellule - même pour se sustenter. 

Confiné dans 9m² avec deux détenus dangereux

Christophe Naudin reste confiné 24 heures sur 24 dans cette cellule de 9m2, dont la moitié de la superficie est occupée par un lit superposé, un bat-flanc en béton scellé au mur, qu'il partage avec deux autres détenus. "J'ai calculé, on ne fait que cinq pas [dans cette cellule]. Cinq pas dans un sens, cinq pas dans l'autre", rapporte Dominique Rizet, le consultant police-justice de BFMTV, qui l'a rencontré à Saint-Domingue.

Le lit du bas est occupé par un homme d'une cinquantaine d'années, condamné après avoir violé plusieurs enfants, qui a, lui, le droit de sortir en journée. Tout en haut, la place est prise par un mafieux, qui a perpétré une quarantaine d'assassinats. Quant à Christophe Naudin, il repose sur la couche du milieu. Il ne sort jamais et reste assis sur son lit - un matelas en mousse posé sur le béton - toute la journée.

Dans le petit espace qui tient entre le mur de sa cellule et son matelas, ce père de deux enfants majeurs conserve tout ce qu'il possède: deux t-shirts pliés, quelques livres - dont une Bible envoyée par sa femme, Michèle - sa mousse à raser et son gel douche. 

Il a déjà perdu onze kilos

Par souci d'économies, l'électricité est coupée dans la journée. Ni le ventilateur ni la lumière ne fonctionnent.

"Le QHS est situé au dernier étage de la prison, sous de la tôle ondulée. Il y fait une chaleur épouvantable", témoigne Dominique Rizet. "On lui refuse absolument tout pour lui faire payer l'exfiltration des deux pilotes", juge-t-il.

Pour se nourrir, la location d'une cuillère lui coûte 50 pesos (1 euro) par semaine. Au menu: du riz ou des bananes, en alternance un jour sur deux. Sauf le dimanche, jour où les détenus ont droit à la fois au féculent et aux fruits. Christophe Naudin a déjà perdu onze kilos, alors pour que son pantalon ne glisse pas sur ses genoux, il en est réduit à devoir louer une ceinture 200 pesos (4 euros) par semaine.

Les proches de Christophe Naudin s'inquiètent pour sa santé physique et mentale. Me Frank Berton, qui dénonce des conditions de détention "scandaleuses", demande désormais l'aide de la France pour faire avancer le dossier. 

C. P. avec Dominique Rizet