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Burkina Faso: après une journée d'émeutes, l'armée prend le pouvoir

Des manifestants jeudi matin à Ouagadougou, en face du Parlement.

Des manifestants jeudi matin à Ouagadougou, en face du Parlement. - Issouf Sanogo - AFP

Alors que de violentes manifestations ont secoué la capitale burkinabè, Ouagadougou, l'armée a annoncé, jeudi soir, la dissolution du gouvernement et de l'Assemblée nationale, et la mise en place d'un gouvernement de transition.

>> L'ESSENTIEL

• De violentes manifestations contre un projet de révision constitutionnelle ont éclaté à Ougadougou, la capitale du Burkina Faso, faisant un mort 

• L'Assemblée nationale et la télévision ont été incendiées

• Contesté, le président Blaise Compaoré a annoncé la dissolution du gouvernement

• Dans la soirée, l'armée a décrété un couvre-feu

Face aux violences, l'armée s'est emparée du pouvoir. Le Burkina Faso a sombré dans le chaos, ce jeudi, forçant le gouvernement à annuler le vote d'une révision constitutionnelle controversée qui permettrait le maintient au pouvoir du président Blaise Compaoré. Alors qu'un manifestant a trouvé la mort, l'ONU a annoncé l'envoi d'un émissaire dans le pays, pour tenter de mettre fin aux violences. 

En fin d'après-midi, le président Blaise Compaoré a annoncé la dissolution du gouvernement, ainsi que l'ouverture de négociations avec l'opposition. Il a également décrété l'état d'urgence et l'état de siège. Dans la soirée, l'armée est entrée en jeu, en annonçant la dissolution du gouvernement et de l'Assemblée nationale, et a instauré dans la foulée un couvre-feu national, de 19 heures à 6 heures. Dans la soirée, Blaise Compaoré a annoncé lors d'une allocution qu'il ne démissionne pas, et se dit disponible à "ouvrir des pourparlers". Retour sur une journée de chaos.

Un président accroché au pouvoir

Le Burkina a basculé dans la crise avec l'annonce, le 21 octobre, d'un projet de révision constitutionnelle portant de deux à trois le nombre maximum de quinquennats présidentiels. Arrivé aux affaires il y a 27 ans, le président Compaoré devait achever l'an prochain son dernier mandat, après deux septennats (1992-2005) et deux quinquennats (2005-2015). Lui qui a déjà modifié deux fois l'article 37 de la Loi fondamentale, en 1997 puis en 2000, pour se maintenir au pouvoir, défend la stricte légalité de sa démarche pour cette troisième retouche.

C'est ce projet de révision constitutionnelle, qui devait être examiné jeudi matin au Parlement, qui a mis le feu aux poudres. L'opposition craint en effet que ce nouveau changement conduise le chef de l'Etat -déjà élu quatre fois avec des scores soviétiques- à rester 15 années de plus au pouvoir.

Le Parlement incendié

Dans la capitale, Ouagadougou, des manifestants ont pris d'assaut et saccagé la télévision nationale et l'Assemblée nationale. Le Parlement a été par ailleurs incendié. Une partie du bâtiment a été ravagée par les flammes, tandis que les députés étaient exfiltrés.

"On ne se sent pas trop en sécurité en tant que ressortissant", a témoigné, sur BFMTV, un Français installé à Ouagadougou. "Ils se sont empressés de saccager quelques gros magasins, donc je reste très vigilant car il y a des débordements", a-t-il ajouté.

En pleine tourmente, le gouvernement a annoncé à la mi-journée avoir "annulé le vote" du projet de révision constitutionnelle qui a mis le feu aux poudres, prévu dans la matinée, et a appelé "au calme et à la retenue". 

Une trentaine de morts parmi les manifestants

Aux abords de la présidence, plus au sud dans la ville, la tension était palpable. Plusieurs centaines de manifestants ont fait face aux soldats de la garde présidentielle, les tenant à distance. Certains soldats ont effectué des tirs de sommation au-dessus des protestataires. Autre symbole du pouvoir attaqué: la Radiodiffusion télévision du Burkina (RTB). Plusieurs centaines de personnes sont entrées dans ses locaux, où elles ont pillé le matériel, caméras incluses, avant de quitter les lieux. Les transmissions ont été coupées.

Les violences ont fait une trentaine de morts, et plus de 100 blessés parmi les manifestants, selon l'opposition, qui n'a pas précisé si le bilan était national ou s'il ne concernait que Ouagadougou.

L'armée entre en lice

Dans la soirée de jeudi, l'armée nationale a annoncé, lors d'une conférence de presse à l'issue de la journée d'émeutes, la dissolution du gouvernement et de l'Assemblée nationale, ainsi que la mise en place d'un organe de transition qui assumera les pouvoirs exécutifs et législatifs, avec l'objectif d'un retour à l'ordre constitutionnel "dans un délai de douze mois", selon un communiqué du chef d'état-major des armées Nabéré Honoré Traoré, lu par un officier. Par ailleurs, un couvre-feu est imposé "sur l'ensemble du territoire de 19h à 6h" pour "préserver la sécurité des personnes et des biens".

Compaoré s'accroche

Dans la soirée, le président Blaise Compaoré a réagi à la situation au cours d'une allocution télévisée. N'indiquant pas qu'il démissionnerait, le chef de l'Etat s'est dit ouvert à des "pourparlers" allant dans le sens d'une transition. "J'ai entendu le message. Je l'ai compris et pris la juste mesure des fortes aspirations au changement", a ainsi affirmé Blaise Compaoré se déclarant "disponible" à ouvrir "des pourparlers" pour "une période de transition à l'issue de laquelle (il) transmettra le pouvoir au président démocratiquement élu". Blaise Compaoré a par ailleurs annoncé qu'il annulait l'état de siège qu'il avait décrété quelques heures plus tôt.

"Le printemps noir"

Les opposants se prenaient ces derniers jours à rêver d'un renversement du régime, longtemps considéré comme l'un des plus stables de la région. "Le 30 octobre, c'est le printemps noir au Burkina Faso, à l'image du printemps arabe", a lancé, mercredi, Emile Pargui Paré, ex-candidat à la charge suprême et cadre d'un influent parti d'opposition.

De son côté, l'opposant Zéphirin Diabré a contesté l'état d'urgence décrété par le chef de l'Etat, et a réclamé la démission de ce dernier. Mardi déjà, des centaines de milliers de personnes - un million, selon l'opposition - étaient descendues dans la rue à Ouagadougou pour dénoncer un "coup d'Etat constitutionnel". La manifestation monstre s'était achevée par des affrontements entre jeunes et forces de l'ordre.

A. G. et A. S. avec AFP