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Ben Laden voulait tuer des otages français avant la présidentielle 2012

Photo d'Oussama Ben Laden diffusée par le département de la Défense américain le 7 mai 2011.

Photo d'Oussama Ben Laden diffusée par le département de la Défense américain le 7 mai 2011. - HO - DOD - AFP

La direction du renseignement américain a diffusé mardi une nouvelle série de documents déclassifiés, saisis en 2011 lors de l'attaque du repaire du chef d'Al-Qaïda à Abbottabad, au Pakistan.

C'est une nouvelle série de textes qui lèvent en partie le voile sur les projets que nourrissait Ben Laden avant sa mort, le 1er mai 2011: la Direction du renseignement américain (DNI) a publié mardi sur son site internet une longue liste de documents déclassifiés - lettres, messages, prières... - saisis lors de l'attaque meurtrière de son repaire d'Abbottabad, au Pakistan.

Otages et ambassades français ciblés

On y apprend notamment que l'ancien chef d'Al-Qaïda avait l'intention de s'en prendre à la France. Dans une lettre adressée à un membre de son organisation, le cerveau des attentats du 11 septembre 2001 envisage de faire tuer un des otages français enlevés au Niger, finalement tous libérés en vie, pour l'une en février 2011 et pour les quatre autres en octobre 2013. 

"Si Sarkozy continue de refuser à négocier, alors, une semaine avant l'élection présidentielle (de 2012, Ndlr), nous tuerons un des hommes, celui au rang le moins élevé dans sa compagnie", écrit-il (page 4).
"Cela pourrait faire pression sur lui pour qu'il prenne la décision de se retirer d'Afghanistan et sécurise la libération des autres (otages) afin qu'ils ne soient pas tués, et il perdra l'élection", prédit-il.

Dans ce même message, Oussama Ben Laden appelle les membres de son groupe terroriste à considérer la France comme une cible prioritaire. "Toute action qui ne pourra pas être dirigée contre des Américains devra l'être contre la France, actuellement tête de l'Europe", explique-t-il (page 6), visant notamment "les ambassades, les ambassadeurs et les intérêts commerciaux" français.

Des millions de dollars au Soudan pour le jihad

Dans d'autres documents, on découvre également qu'Oussama Ben Laden disposait de millions de dollars dissimulés au Soudan qu'il destinait au financement du jihad. Le "testament" mentionnant les millions du Soudan est publié sous forme de fac-similé du document original, en arabe écrit à la main, accompagné d'une traduction en anglais.

Dans ce texte, relativement court et datant de la fin des années 1990, selon le DNI, Ben Laden expliquait qu'il disposait "d'à peu près 29 millions de dollars" au Soudan.

"J'ai reçu 12 millions de dollars de mon frère Abou Bakir Mohamed Ben (Laden) de la part de la société d'investissements Ben Laden au Soudan", écrit notamment l'ancien chef d'Al-Qaïda. "J'espère que mes frères, soeurs, et tantes maternelles respecteront ma volonté et dépenseront tout l'argent que j'ai laissé au Soudan pour le jihad", ajoute-t-il.

Il craignait qu'une puce lui soit implantée à son insu

D'autres documents montrent que Ben Laden se savait traqué. Dans une lettre à son père datée du 8 août 2008, Ben Laden lui demande de prier pour lui s'il est tué.

Dans une autre lettre, il demande à sa femme de s'assurer que l'on n'a pas profité de soins médicaux pour insérer dans son corps une puce électronique permettant de la suivre.

"Merci de me dire en détail s'il y a quelque chose qui te préoccupe sur une hospitalisation en Iran, ou si toi ou des frères avez des soupçons à propos de puce" implantée dans un plombage dentaire, lui dit-il. Ces puces "sont dans la longueur d'un grain de blé, et la largeur d'un vermicelle", poursuit-il.

"Transparence"

Selon le DNI, les documents mis en ligne montrent d'une manière générale que "juste avant sa mort", Ben Laden "mettait la plus grande importance à présenter son organisation faiblissante comme unie, alors que ses lieutenants en privé étaient au prises avec un schisme grandissant" avec la branche d'Al-Qaïda en Irak.

L'administration américaine avait déjà publié en mai dernier un premier lot d'une centaine de documents, en application de la consigne du président Barack Obama d'avoir une "plus grande transparence" sur les documents saisis lors du raid sur sa cache, au cours duquel il a été tué. 

Le Congrès avait par la suite voté une loi contraignant les services de renseignement à examiner quels documents peuvent être publiés.

V.R. avec AFP