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Autriche: le vice-chancelier d'extrême droite piégé par une caméra cachée

Heinz-Christian Strache

Heinz-Christian Strache - Attila Kisbenedek - AFP

Dans une vidéo filmée à son insu, le vice-chancelier Heinz-Christian Strache promet à une femme qu'il croit être liée à l'oligarchie russe l'attribution de marchés publics en échange d'un soutien financier de la campagne de son parti.

Gros temps en vue pour l'extrême droite autrichienne à dix jours des élections européennes: son chef, également numéro deux du gouvernement, est mis en cause pour tentative de collusion avec la pseudo-nièce d'un oligarque russe dans une mise en scène apparemment destinée à le confondre.

Filmé à son insu par une caméra cachée, le vice-chancelier Heinz-Christian Strache, chef du parti d'extrême-droite FPÖ, a participé en juillet 2017, quelques mois avant les élections qui ont porté sa formation au pouvoir, à une rencontre avec une femme qu'il croyait liée à une influente personnalité russe, selon des informations publiées vendredi soir par les médias allemands Süddeutsche Zeitung et Der Spiegel.

Des marchés publics en échange d'un soutien au FPÖ

Le chef du Parti de la liberté d'Autriche (FPÖ) est filmé en train de discuter avec son interlocutrice de la possibilité d'investir de l'argent en Autriche pour soutenir financièrement sa formation politique et la campagne de son parti.

Heinz-Christian Strache, qui est accompagné d'un de ses lieutenants, Johann Gudenus, actuel chef du groupe parlementaire FPÖ, suggère à son interlocutrice qu'il pourra en échange de ce soutien lui obtenir des marchés publics.

"Elle aura tous les contrats publics remportés aujourd'hui par Strabag", un groupe autrichien de construction, acteur majeur du secteur, affirme le chef du FPÖ, selon la retranscription de ses propos.

Transformer un important journal en média pro-FPÖ

La discussion porte également sur la prise d'une importante participation dans l'actionnariat du puissant tabloïd autrichien, Kronen Zeitung, premier tirage du pays, afin d'en faire un média pro-FPÖ.

Heinz-Christian Strache exclut les résistances au sein de la rédaction du Kronen Zeitung car "les journalistes sont les plus grandes prostituées de la planète", affirme-t-il. Depuis son retour au pouvoir en 2017, le FPÖ est accusé de s'en prendre aux médias autrichiens, notamment à la télévision publique ORF qu'il accuse de manquer de neutralité.

Heinz-Christian Strache explique également à son interlocutrice vouloir remodeler le paysage médiatique autrichien selon le modèle hongrois. Dans ce pays, le Premier ministre Viktor Orban est critiqué pour avoir massivement porté atteinte au pluralisme de la presse.

Un coup monté

La rencontre qui s'est déroulée dans une villa de l'île d'Ibiza, était en fait un coup monté filmé pour piéger le patron du FPÖ, selon les médias allemands qui affirment ne pas savoir qui est derrière cette opération organisée trois mois avant les législatives.

Le patron du FPÖ a admis auprès des journalistes que cette soirée, qui aurait duré six heures, avait bien eu lieu mais il a nié avoir commis le moindre acte répréhensible.

Selon ses déclarations à la Süddeutsche Zeitung, il a invoqué "la grande quantité d'alcool consommé" ce soir-là et "l'importante barrière de la langue" avec son interlocutrice.

L'opposition appelle à la démission de Strache

Selon les extraits publiés, Heinz-Christian Strache décrit également à la visiteuse un mécanisme de financement de campagne permettant de contourner la Cour des comptes via des versements à une association et non directement au parti. Il cite des dons allant de 500.000 à 2 millions d'euros et égrène le nom de grands donateurs.

Le député Johann Gudenus, qui maîtrise le russe, est chargé d'assurer la traduction des échanges. Le FPÖ avait signé avant son arrivée au pouvoir un accord de coopération avec Russie Unie, le parti de Vladimir Poutine, qui lui vaut des accusations récurrentes de liens troubles avec Moscou.

Après ces révélations, soutenues par les enregistrements vidéo, les principaux partis d'opposition autrichiens ont demandé la démission du numéro deux du gouvernement dirigé par Sebastian Kurz, chef du parti conservateur qui gouverne avec l'extrême droite depuis fin 2017.

Juliette Mitoyen avec AFP