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Serge Atlaoui: un ultime sursis avant la mort?

Serge Atlaoui a vu son ultime recours juridique être rejeté en Indonésie. Il risque d'être exécuté.

Serge Atlaoui a vu son ultime recours juridique être rejeté en Indonésie. Il risque d'être exécuté. - Roméo Gacad - AFP

Condamné à mort depuis 2007 pour un trafic de drogue auquel il a toujours nié avoir participé, le Français Serge Atlaoui vit peut-être ses dernières jours avant d'être exécuté. Que ce soit pour son avocat ou sur le terrain diplomatique, on ne veut pas perdre espoir jusqu'à la dernière minute.

Serge Atlaoui ne sera pas exécuté ce week-end. C'est ce qu'a déclaré le porte-parole du Parquet général de Jakarta, Tony Spontana ce samedi, confirmant ce qu'avait annoncé un peu plus tôt sur BFMTV l’avocat du ressortissant français, condamné à mort en Indonésie depuis 2007 pour un trafic de drogue qu'il a toujours nié. "Il semble que Serge Atlaoui soit retiré de la liste des personnes qui vont être exécutées" ce week-end", avait déclaré Me Richard Sédillot sur BFMTV ce samedi dans la matinée.

Le conseil de Serge Atlaoui s’est félicité des efforts du quai d’Orsay. "Le travail récent avec la diplomatie me laisse à penser qu'il est efficace", a ajouté Richard Sédillot.

La France "a tout fait, fait tout et fait le maximum" pour empêcher l'exécution de Serge Atlaoui. Cette affirmation, faite par le Premier ministre Manuel Valls vendredi, a eu pour but de montrer que la diplomatie française allait s'employer "jusqu'à la dernière minute" pour empêcher l'irréparable. Ce samedi, le président Hollande a haussé le ton, brandissant la menace de conséquences "diplomatiques" en cas d'exécution. 

Que peut-il se passer désormais?

D'un point de vue strictement juridique, la défense de Serge Atlaoui a épuisé toutes ses options: avec le rejet, mardi dernier, de son ultime recours par la Cour suprême de Jakarta, la condamnation à mort du Français, prononcée en 2007, est devenue définitive.

Preuve de l'inflexibilité indonésienne en la matière, les autorités ont annoncé dans la foulée préparer l'exécution de Serge Atlaoui, mais également de neufs autres condamnés à mort étrangers. "L'ordre a été donné de lancer les préparatifs", avait confirmé à l'Agence France-Presse (AFP) le porte-parole du bureau du procureur général, Tony Spontana, sans livrer plus de détails.

Aucune date n'a été fixée: un sursis?

Officiellement en Indonésie, les exécutions doivent être notifiées 72 heures au préalable aux condamnés. Ce qui n'a pas été encore le cas, l'ambassade française locale n'ayant reçu aucune indication en ce sens. Reste-t-il encore un espoir, ou s'agit-il dorénavant seulement d'une question de temps? "Si je n'y croyais pas, je ne continuerais pas à me battre comme je le fais depuis huit ans", a affirmé l'avocat du condamné, Richard Sédillot, invité de BFMTV vendredi soir.

"Nous devons explorer toutes les pistes, c'est la vie d'un homme innocent qui est en jeu", a-t-il poursuivi, reconnaissant toutefois un combat "dur". "Il y a un indice qui me laisse à penser que malheureusement les choses pourraient peut-être aller assez rapidement", avait-il ainsi concédé plus tôt, ce coup-ci auprès de l'AFP.

Plus que des sursis, c'est la "commutation de sa peine puis sa mise en liberté" que souhaiterait obtenir l'avocat, "parce qu'on ne peut pas laisser dans les couloirs de la mort un homme qui n'a pas commis les faits qui lui sont reprochés", a encore martelé le conseil de Serge Atlaoui.

Une très hypothétique grâce présidentielle?

Véritable dernière chance pour le Français, l'hypothèse d'une grâce présidentielle semble vraiment tenir du miracle aux yeux de plusieurs spécialistes du pays. Le nouvellement élu président de l'Indonésie, Joko Widodo, compte en allant jusqu'au bout de ces exécutions montrer sa fermeté.

Au risque de détériorer ses rapports avec plusieurs pays, comme la France. "Beaucoup de messages ont été passés et si, malheureusement, cette exécution venait à avoir lieu, cela ne serait pas sans conséquences dans les relations entre l'Indonésie et la France et nous espérons que le message est bien entendu", avait ainsi averti Manuel Valls.

Des "dysfonctionnements" et un "traitement expéditif"

Incarcéré à Nusakambangan depuis sa condamnation à mort pour trafic de drogue en 2007, le Français Serge Atlaoui affirme qu'il n'a fait qu'installer des machines industrielles dans ce qu'il croyait être une usine d'acrylique, et qui abritait en réalité une fabrique clandestine d'ecstasy.

Dans une lettre adressée jeudi à son homologue indonésienne, le ministre français des Affaires étrangères, Laurent Fabius, a dénoncé le fait que Serge Atlaoui n'a "pas bénéficié du plein exercice de ses droits", "du fait de graves dysfonctionnements de la justice indonésienne".

Il a été victime d'un "traitement expéditif", et a été "condamné à mort par une décision qui comporte des affirmations erronées", a-t-il accusé, réitérant la demande de clémence de la France.

Jé. M. avec AFP