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Cachemire: Pourquoi les incidents se multiplient

Les tensions augmentent à la frontière entre l'Inde et le Pakistan.

Les tensions augmentent à la frontière entre l'Inde et le Pakistan. - -

Le regain de tension ces derniers jours entre l'Inde et le Pakistan dans la région du Cachemire peut s'expliquer notamment par des facteurs politiques internes à ces deux pays.

Depuis quelques jours, les accrochages semblent se multiplier à la frontière entre l’Inde et le Pakistan, dans la région du Cachemire. A quoi est dû ce regain de tension à la frontière indo-pakistanaise? Y a-t-il des appels au calme? Faut-il craindre une aggravation du conflit entre deux puissances nucléaires? BFMTV.com fait le point sur ce conflit qui se déroule sur le toit du monde, au coeur de l'Himalaya.

> Quelles sont les origines du conflit?

L’Inde et le Pakistan se disputent la région du Cachemire depuis leur indépendance simultanée, en 1947. Au moment de cette partition, explique Jean-Luc Racine, géopolitologue et directeur de recherche au CNRS, décrypte les raisons de ces incidents.certains Etats princiers ont dû choisir entre les deux pays. "La plupart d’entre eux n’ont pas eu le choix, car ils étaient enclavés", déclare le chercheur.

Cela n’a pas été le cas du Cachemire, qui se situe entre l'Inde et le Pakistan. Seulement, à l’époque, le prince de ce micro-Etat est hindou alors que la majorité de sa population est musulmane. "Après une tentative d’indépendance avortée, le maharadjah a fini par se rallier à l’Inde quand une partie de sa population s’est insurgée et que des groupes de francs-tireurs en provenance du Pakistan ont envahi son territoire", explique Jean-Luc Racine.

Depuis cette décision, qui a entraîné une guerre entre les deux pays en octobre 1947, l’Inde et le Pakistan continuent de revendiquer ce territoire. Les incidents sont fréquents le long de la Ligne de Contrôle qui sépare de facto les deux pays dans cette région himalayenne. Les bélligérants ont signé un cessez-le-feu en 2003, après deux conflits portants sur la région du Cachemire.

Les accidents se multiplient-ils vraiment dans la région du Cachemire?

Cela ne fait pas de doute selon le chercheur, pour qui le nombre d’accidents a augmenté depuis le "début de l’année 2013". Jean-Luc Racine ajoute que ces événements arrivent après des années de calme et alors que des pourparlers de paix ont repris entre les deux pays en 2011.

"C’est un coup classique, à chaque fois que l’on annonce que le dialogue bilatéral reprend, il y a de nouveaux incidents", explique le chercheur. "Les accrochages de ces derniers jours ont eu lieu au moment où les fonctionnaires des deux pays devaient remettre en route la machine."

Mais selon lui, la tension est largement moins forte qu’en 1999 lors du conflit de Kargil ou qu’en 2001, après l’attentat contre le Parlement fédéral indien qui avait créé un "risque de guerre".

Pourquoi les incidents se multiplient-ils?

Les contextes politiques pakistanais et indien peuvent expliquer ce regain de tension. Tout d’abord, indique Jean-Luc Racine, l’Inde est préoccupée par les futures élections générales qui auront lieu au printemps 2014. Le parti du peuple indien (BJP), dans l’opposition depuis 2004, espère reconquérir le pouvoir.

"Il accuse le parti du Congrès (vainqueur des élections en 2009) d’être mou dans son rapport au Pakistan." Le gouvernement indien pourrait donc être tenté de se montrer intransigeant à l’égard d’Islamabad en vue des élections. Cela est d’autant plus probable, note Jean-Luc Racine, que le BJP accuse également l’exécutif de laxisme à l’égard de la Chine, qui revendique elle aussi une partie du Cachemire.

L’élection en mai de Nawaz Sharif à la tête du Pakistan peut expliquer elle aussi ces incidents à répétition. "Ce leader politique est favorable à une normalisation des relations avec l’Inde. Mais la question est de savoir ce qu’en pense l’armée."

Une des "hypothèses" avancée par le géopolitologue, même si cela est selon lui difficile à prouver, serait que l’armée et les services secrets pakistanais veulent lancer un signal à Nawaz Sharif en créant un regain de tension. L'objectif est de montrer que le problème du Cachemire n’est pas réglé.

"Au moment de souligner l’importance du risque intérieur - le Pakistan a été frappé récemment par de nombreux attentats terroristes - le chef de l’Etat-Major, Ashfaq Kayani, a assuré récemment qu’il ne fallait pas baisser la garde à l’est (dans la région du Cachemire, ndlr)."

Le conflit peut-il entraîner une nouvelle guerre?

"On ne peut jamais exclure une aggravation significative", assure Jean-Luc Racine. De nouveaux attentats majeurs sur le sol indien pourraient envenimer la situation. "Dans ce contexte électoral, des personnes au Pakistan peuvent penser que déstabiliser l’Inde est bon pour la cause."

Le chercheur assure que si les militaires pakistanais ont calmé le jeu le long de la Ligne de Contrôle, ils n’en ont pas pour autant démantelé les groupes djihadistes présents dans la zone. A tout moment, l’armée peut réactiver ces réseaux afin qu’ils recommencent à commettre des actions terroristes en Inde. Ce pays pourrait alors être obligé de répliquer de façon beaucoup plus violente.

Maxence Kagni