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États-Unis et Corée du Nord peuvent-ils vraiment entrer en guerre?

Photo fournie le 5 juillet 2017 par l'agence officielle nord-coréenne Kcna d'un tir de missile balistique nord-coréen dans un lieu non précisé

Photo fournie le 5 juillet 2017 par l'agence officielle nord-coréenne Kcna d'un tir de missile balistique nord-coréen dans un lieu non précisé - STR / KCNA VIA KNS / AFP

L'affrontement rhétorique entre les deux pays, sur fond de développement du programme nucléaire nord-coréen, alimente les craintes d'une confrontation militaire.

L’escalade militaire va-t-elle remplacer l’affrontement verbal? La tension est encore montée d’un cran ce jeudi, entre les États-Unis et la Corée du Nord. Kim-Jong-un a surenchéri dans sa confrontation avec Donald Trump, qu’il a accusé d’avoir "perdu la raison". Le leader nord-coréen a également présenté un plan détaillé pour envoyer des missiles autour de l’île américaine de Guam, dans le Pacifique ouest.

Cet avertissement intervient après un tweet menaçant du chef de la Maison Blanche. "Mon premier ordre en tant que président a été de rénover et moderniser notre arsenal nucléaire. Il est désormais plus fort et plus puissant que jamais", a ainsi affirmé Donald Trump.

Quelques heures plus tôt, le président des États-Unis avait stupéfait la communauté internationale en promettant au dirigeant nord-coréen la "colère" et le "feu". Cet affrontement rhétorique autour du programme nucléaire de Pyongyang alimente les craintes d'une erreur de calcul. Les conséquences d’une confrontation militaire seraient catastrophiques, pour la péninsule coréenne et au-delà.

Conflit absurde

"En toute rationalité, une guerre ne pourrait pas éclater", estime Corentin Sellin, professeur agrégé d’histoire et spécialiste des États-Unis, contacté par BFMTV.com. Il explique:

"Depuis l'accession de Kim-Jong-un au pouvoir, la Corée du Nord a accéléré le développement de sa puissance nucléaire. C'était une question de survie pour le régime. Après tant d’efforts, il serait peu probable et absurde que Pyongyang se risque à subir des frappes américaines qui conduiraient à la destruction du régime."

Du côté des États-Unis, toute frappe sur la Corée du Nord exposerait l'allié sud-coréen. Plus dissuasif encore, "une attaque américaine, qu'elle soit une première frappe ou une riposte, entraînerait une intervention de la Chine, principal allié de la Corée du Nord, et un basculement dans un conflit mondial", ajoute Corentin Sellin.

Scénario catastrophe

En effet, "si Washington frappe Pyongyang, la Corée du Nord pourrait répondre en attaquant la Corée du Sud et nous assisterions ensuite à un effet domino", analyse-t-il. "À la fin du conflit, la Corée serait unifiée. Or, la Chine, qui partage une frontière avec la Corée du Nord, ne voudrait pas que son ennemi sud-coréen arrive à sa porte. Elle devrait donc intervenir." 

Outre le coût politique, et économique - les liens entre les États-Unis et ses alliés dans la région pourraient être compromis -, cette guerre infligerait des pertes humaines considérables.

Elle "conduirait à des centaines de milliers de victimes potentielles, y compris étrangères", estime Antoine Bondaz, spécialiste de la Corée du Nord, sur franceinfo. "Rappelons que la mégalopole de Séoul, située à 50 kilomètres de la frontière, représente près de 25 millions d'habitants dont des centaines de milliers d'étrangers", ajoute-t-il.

Des leaders imprévisibles

La Corée du Nord comme les États-Unis n'ont donc aucun intérêt à déclencher cette guerre. "Le problème", estime Corentin Sellin, "c'est la double imprévisibilité des acteurs principaux. Kim-Jong-un est beaucoup moins prévisible que son père ou son grand-père et il est également moins obéissant aux injonctions chinoises."

Face à cette incertitude: Donald Trump. "Un président qui a fait de son imprévisibilité sa doctrine", rappelle Corentin Sellin. "Or, ce qui est vital, dans ce type de conflit nucléaire, c'est la clarté des intentions de chacun." Le chef de la Maison Blanche semble désormais dans une impasse.

"Soit Trump tient sa ligne et on aboutit à un conflit régional aux dimensions nucléaires, qui entraînerait sans doute un conflit mondial. Soit il ne va pas jusqu'au bout et il passe pour quelqu'un d'inconséquent."

Or, Donald Trump, dont la côte de popularité est au plus bas depuis son élection, n'est pas connu pour son sang-froid. "On le sent parfois prêt à n'importe quoi pour ne jamais perdre la face. Et ce même dans une crise internationale", conclut l'enseignant.

Juliette Pousson