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Chine: qu'est-ce qui changerait avec la fin de la politique de l'enfant unique?

Des enfants dans une cour d'école de la province de Jiangsu, en avril 2015

Des enfants dans une cour d'école de la province de Jiangsu, en avril 2015 - Johannes Eisele - AFP

La politique de l'enfant unique ne serait pas  bénéfique à l'économie chinoise; les autorités du pays envisageraient de l'abandonner dans les mois qui viennent pour autoriser les couples chinois à avoir deux enfants.

D'après une source gouvernementale citée par China Business News, la Chine envisagerait de mettre fin à la politique de l'enfant unique dès 2016. Si elle est confirmée, cette information relayée en Europe par le Guardian la semaine dernière, aura-t-elle des conséquences majeures sur le quotidien des Chinois, et sur la démographie du pays?

Si la Commission nationale de la santé et du planning familial a démenti mercredi 22 juillet toute idée de calendrier précis, elle n'a pas nié que le projet était bel et bien sur les rails.

"Aucun calendrier n'a été fixé pour permettre à tous les couples du pays d'avoir un deuxième enfant", a-t-elle communiqué, selon China Daily.

Si le calendrier n'est pas encore très précis, l'administration chinoise, sous la pression populaire, travaillerait activement à modifier les textes de loi afin que tous les couples chinois puissent avoir deux bébés. Les autorités s'inquiètent en effet du vieillissement de la population (selon les estimations, près d’un tiers des Chinois auront plus de 60 ans en 2050) mais s'interrogent sur l'impact que pourrait avoir l'abolition complète de cette règle.

Un contrôle déjà assoupli

Datant de 1979, la politique de l'enfant unique a été assouplie plusieurs fois. Des exceptions concernent les minorités ethniques comme les Tibétains, les Ouighours, les Mongols, etc. Dans les campagnes, les couples étaient parfois autorisés à avoir un second enfant... si le premier était une fille. Les couples non-fonctionnaires ont aussi été autorisés à avoir plusieurs enfants, à condition de payer une amende. Depuis 2013, les couples dont l'un des deux membres est enfant unique peuvent aussi avoir deux enfants.

En réalité, la règle de l'enfant unique ne s'applique déjà pas pour environ 37% des couples chinois, selon une étude de 2007, et les couples aisés n'hésitent pas à l'enfreindre, préférant s'acquitter de l'amende. D'ailleurs, seuls les centres urbains ont été contrôlés drastiquement durant toutes ces années. Pour résumer, comme l'explique à BFMTV.com Françoise Nicolas, directrice du Centre Asie à l'Ifri, "vu de loin c'est un symbole mais sur le terrain, ce n'est vraiment pas une révolution. Il n'y aura pas de changement massif du jour au lendemain". 

Un symbole "formidable"

Pourtant, la chercheuse en convient, cette réforme est "absolument nécessaire". Après 35 ans d'une planification familiale draconienne, la fin de la politique de l'enfant unique serait d'abord une bonne nouvelle pour les femmes. Avortements forcés, avortements sélectifs, stérilisations imposées, infanticides, le coût humain de cette politique a été immense.

"La question centrale est la liberté de procréer. C'est les droits humains fondamentaux", explique Liang Zongtang, chercheur à l'Académie des sciences sociales de Shanghai, cité par le Guardian.

"Sur le plan de la liberté, de la décontraction, c'est tout à fait formidable, même si, dans les faits, la limitation à un enfant n'est pas très observée puisqu'on peut s'y soustraire en payant", abonde Jean-Luc Domenach, spécialiste de la politique chinoise interrogé par BFMTV.com. Une plus grande liberté concernant les naissances permettrait aussi de réduire le nombre d'enfants non déclarés et le déséquilibre entre les deux sexes. On compte aujourd'hui 117 naissances de garçons pour 100 naissances de filles en Chine, contre un ratio de 105 pour 100 au niveau mondial.

D'un point de vue politique, "ce serait une victoire formidable pour Xi Jinping, le patron, cela le rendra plus populaire dans une frange de la population qui ne s'intéressait pas vraiment à lui: les femmes", analyse Jean-Luc Domenach. En revanche, s'il confirme que cette avancée est "vraiment formidable pour la cause des femmes", le sinologue explique que c'est "une sale histoire pour les petits cadres de base du Parti communiste qui complétaient leurs salaires avec les amendes et fermaient les yeux sur certaines grossesses en échange de relations sexuelles".

Et si le succès n'était pas au rendez-vous?

Ce changement de politique sera sans doute une évolution importante et attendue mais il sera "très difficile à mettre en place car les couples ont tendance à n'avoir qu'un enfant. Il faudrait une politique beaucoup plus incitative car on est bien loin du taux de remplacement", estime Françoise Nicolas. Mais entre novembre 2013 et novembre 2014, sur les 11 millions de couples qui pouvaient bénéficier de l'assouplissement de la loi, seuls 700.000 ont demandé l'autorisation officielle d'avoir un deuxième enfant, selon China Daily qui citait la Commission nationale de la santé et du planning familial.

"Beaucoup de gens ne veulent pas plus d'enfants, même si on les pousse à le faire. En réalité, la politique des deux enfants du gouvernement n'aura pas beaucoup d'impact", estime Liang Zhongtang.

Le coût de la vie, des logements, de l'éducation, seraient en fait très dissuasifs pour les futurs parents qui n'aspireraient pas à une famille plus nombreuse. "J'ai l'impression que les considérations économiques l'emportent: c'est coûteux d'avoir deux enfants", dans la société chinoise, relativiste Françoise Nicolas.

La fin de la politique de l'enfant unique devrait donc représenter une avancée "surtout symbolique", qui marque "l'évolution de la société chinoise vers une société plus urbaine où les couples sont un peu plus respectés et les chefs sont un peu moins chefs", résume Jean-Luc Domenach.

Aurélie Delmas