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Aux Philippines, la police veut imposer aux musulmans une carte d’identité spéciale

Le président philippin Rodrigo Duterte, lors d'un discours le 1er juin 2017 à Manille.

Le président philippin Rodrigo Duterte, lors d'un discours le 1er juin 2017 à Manille. - Noel Celis - AFP

Alors que plusieurs quartiers de Marawi, aux Philippines, sont contrôlés par des combattants se réclamant de Daesh, des autorités locales songent à mettre en place ailleurs dans le pays des papiers d'identité spéciaux pour les musulmans.

Aux Philippines, la police locale de la région de Luçon réfléchit à imposer aux milliers de musulmans vivant sur place une carte d’identification spéciale, rapporte le média local Rappler.

L’idée a été évoquée lundi dernier lors d’une réunion entre la police, l’armée, des leaders politiques et quelque 200 chefs de communautés musulmanes de la région. Les autorités s’interrogent sur les mesures à prendre dans le pays, alors que de nombreux quartiers de la ville de Marawi, à quelques centaines de kilomètres au sud, sont contrôlés par des combattants islamistes se réclamant de Daesh.

La loi martiale a été décrétée le 23 mai sur l’ensemble de la région de Mindanao par le président Rodrigo Duterte, une décision validée par la suite par la Cour suprême des Philippines.

Le président a par deux fois critiqué les résidents Marawi, accusant ceux-ci d'avoir "laissé des étrangers entrer pour causer des troubles et amener avec eux une idéologie très corrompue", faisant référence aux sympathisants de Daesh.

C’est donc dans ce contexte qu’un responsable de la police de Luçon centrale a déclaré qu’un système d’identification des musulmans "pourrait aider les autorités et les chefs de communautés musulmanes à identifier et éliminer les individus indésirables et les terroristes" de plusieurs provinces, rapporte Rappler.

Une "punition collective"

Une suggestion vivement critiquée par l’ONG Human Rights Watch, qui déclare dans un communiqué que le système d’identification des quelque 26.000 musulmans vivant dans la région serait "une forme de punition collective", susceptible de "violer les droits d’égalité devant la loi, de liberté de circulation et d’autres droits de base", rappelant au passage que les Philippines ont signé plusieurs traités interdisant la discrimination sur des critères de religion.

L’ONG considère par ailleurs que le fait que les leaders musulmans présents lors de la consultation ne se soient pas opposés à la mesure n’est "pas pertinent" en termes de droits. Rappler souligne par ailleurs que bien qu’ils ne se sont pas exprimés contre, les chefs des communautés musulmanes ont souhaité avoir plus d'informations sur les retombées d'une expérimentation similaire qui a eu lieu à Paniqui, une ville de la région.

Liv Audigane