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Les options militaires de Trump en Syrie restent limitées

Le président américain Donald Trump lors d'une réunion à la Maison Blanche, le 9 avril 2018.

Le président américain Donald Trump lors d'une réunion à la Maison Blanche, le 9 avril 2018. - Nicholas Kamm - AFP

Malgré le ton ferme de Donald Trump à l'égard du régime syrien après une attaque chimique présumée contre la Ghouta orientale, les options militaires du président américain restent limitées selon plusieurs experts.

Depuis l'annonce d'une attaque chimique présumée contre la Ghouta orientale samedi dernier, Donald Trump laisse planer la menace d'une réponse militaire contre le régime Assad, qu'il accuse d'avoir à nouveau utilisé des armes chimiques. 

Les options militaires du président américain restent toutefois limitées, en porte-à-faux apparent avec sa promesse de ramener les soldats présents en Syrie. Lundi, c'est Israël qui a lancé lundi des missiles lundi contre une base militaire du régime, appelée T-4, dans le centre de la Syrie.

De son côté, Donald Trump a promis en début de semaine des "décisions majeures" dans les "24 à 48 heures", dénonçant un acte "odieux contre des innocents".

Une réponse coordonnée "avec les alliés et partenaires"

Son secrétaire à la Défense Jim Mattis "n'exclut rien" en réponse à cette attaque présumée. Mais il a souligné, en recevant au Pentagone l'émir du Qatar Cheikh Tamim ben Hamad Al-Thani, vouloir "s'occuper du problème (...) en coopération avec nos alliés et nos partenaires, depuis l'Otan jusqu'au Qatar".

En frappant militairement le régime syrien, les Etats-Unis, qui cherchent à obtenir un règlement négocié de la guerre civile syrienne sous l'égide de l'ONU, risquent en effet une confrontation directe avec les troupes russes déployées en Syrie. 

"Les Etats-Unis doivent faire très attention à ne pas frapper des cibles russes ou tuer des conseillers russes, ce qui limite considérablement le nombre de leurs options, car les Russes sont très souvent intégrés aux troupes syriennes", explique à l'AFP Ben Connable, un expert du centre de réflexion Rand.

Les bases aériennes de Hmeimim, dans l'ouest de la Syrie, et Tartous, sur la côte, toutes deux contrôlées par l'armée russe, "sont hors de question", ajoute cet ancien Marine spécialiste du Proche-Orient.

"La dernière fois que le président Trump a répondu, il a répondu en frappant une base aérienne strictement syrienne. Je pense que du point de vue militaire, c'est la limite de ce que les Etats-Unis peuvent faire", juge-t-il. 

L'exemple d'avril 2017

Le 7 avril 2017, le président américain avait fait bombarder une base du régime syrien en représailles à une attaque au gaz sarin, qui avait tué trois jours plus tôt plus de 80 civils à Khan Cheikhoun (nord-ouest).

L'armée américaine avait lancé 59 missiles Tomahawk sur la base d'Al-Chaayrate, près de Homs, de laquelle avait décollé l'avion utilisé pour l'attaque chimique, selon Washington.

Une autre option, selon Ben Connable, serait d'envoyer des renforts dans le nord de la Syrie pour tenter d'affaiblir le régime de Damas face aux rebelles mais Donald Trump a fait savoir la semaine dernière qu'il souhaiter retirer les troupes américaines présentes en Syrie dès que possible.

"Parfois, il est temps de rentrer à la maison. Et nous pensons à ça très sérieusement", a-t-il expliqué.

Mais, selon l'influent sénateur républicain John McCain, cette déclaration du président américain a "encouragé" Bachar al-Assad à "lancer une nouvelle attaque chimique contre des hommes, des femmes et des enfants innocents".

"Le président avait réagi de façon décisive l'an dernier", a-t-il ajouté dans un communiqué. "Il devrait le faire de nouveau et démontrer qu'Assad devra payer le prix de ses crimes de guerre".

"La pire option politique serait de s'impliquer davantage"

Le colonel Daniel Davis, expert au centre de réflexion conservateur Defense Priorities, estime toutefois que "la pire option politique pour les Etats-Unis serait de s'impliquer encore davantage dans la guerre civile syrienne qui, quoique brutale, ne menace pas notre sécurité ou notre prospérité".

"D'autant qu'une intervention risquerait de mener à un clash avec une Russie qui détient l'arme nucléaire", ajoute cet expert, pour qui un retrait de Syrie reste souhaitable.

Le secrétaire à la Défense américain a rendu Moscou responsable de la présence d'agents chimiques en Syrie, rappelant que la Russie s'était portée garante de la destruction de toutes les armes chimiques syriennes en septembre 2013.

Lundi, les Etats-Unis ont fait circuler à l'ONU un projet de résolution réclamant la création d'un nouveau "mécanisme d'enquête indépendant des Nations unies" (Unimi) sur le recours aux armes chimiques en Syrie. Ce nouvel outil d'investigation des Nations unies aurait un mandat initial d'un an, renouvelable.

L.A., avec AFP