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Présidentielle américaine: le débat peut-il changer le cours de la campagne?

Le plateau du premier débat présidentiel de l'élection 2016, à l'université Hofstra, dans l'Etat de New York.

Le plateau du premier débat présidentiel de l'élection 2016, à l'université Hofstra, dans l'Etat de New York. - Win MacNamee - Getty Images North America - AFP

Le premier duel direct entre Hillary Clinton et Donald Trump a lieu ce lundi soir, aux Etats-Unis. A un mois et demi de l'élection, l'enjeu est majeur pour les deux candidats, qui seront scrutés par des millions d'Américains. Toutefois, l'impact de cette joute verbale ne pourrait être que minime.

Le moment est d'ores-et-déjà historique. Pour la première fois ce lundi soir, un homme et une femme s'affronteront lors d'un débat présidentiel, outre-Atlantique. A un mois et demi de l'élection, Hillary Clinton et son rival Donald Trump entrent dans l'arène, pour le premier d'une série de trois débats télévisés de 90 minutes, retransmis en direct.

L'événement est si attendu qu'il pourrait dépasser l'audience record établie par le débat entre Jimmy Carter et Ronald Reagan de 1980, qui avait été suivi par 80 millions d'Américains. Mais sauf surprise, l'exercice, bien qu'inévitable et central dans le processus de la campagne présidentielle, ne devrait pas rebattre les cartes. Les enjeux restent toutefois cruciaux pour les deux candidats. Explications.

> Le débat n'est que rarement décisif

Certaines séquences -rarement longues- des débats présidentiels américains sont entrées dans l'histoire, telles que le "There you go again" ("Et vous remettez ça"), lancé par Ronald Reagan au président démocrate sortant Jimmy Carter, en 1980, lorsque celui-ci lui reproche de préparer des coupes budgétaires sur le programme d'assurance-maladie, ou encore ce moment où George H. W. Bush est surpris en train de regarder sa montre, en 1992, alors qu'il affronte Bill Clinton.

Mais comme le souligne le spécialiste des Etats-Unis Corentin Sellin dans un article publié sur son blog "La Boîte à Malices", les études d'impact des débats présidentiels américains ont démontré la faible incidence de ces face-à-face dans le résultat final de l'élection. Et de rappeler que le vainqueur d'un débat n'est pas forcément le vainqueur de tous les débats, ni le vainqueur dans les urnes. Ainsi, Barack Obama n'avait pas brillé lors de son premier débat face à Mitt Romney, en 2012, ce qui ne l'avait pas empêché d'écraser son adversaire le jour de l'élection. A l'inverse, en 2004, John Kerry s'était particulièrement illustré face à George W. Bush, mais n'était pas parvenu à lui ravir la Maison Blanche.

"Le débat ne change pas la dynamique de l'élection. Il peut ratifier et valider le scénario pré-débat, mais ne change que très rarement la donne", précise Corentin Sellin, interrogé par BFMTV.com. "Sauf en cas d'écart très serré dans les sondages, de l'ordre de 1%. Dans ce cas, la construction médiatique faite autour du débat peut changer quelque chose", temporise-t-il.

Exemple en 2000, lors du débat Al Gore-George W. Bush, pour lequel le gouverneur du Texas ne partait pas favori, face au vice-président sortant. Et pourtant, bien qu'Al Gore ait dominé les affrontements, Bush s'était montré solide, et avait continué à devancer son rival dans les sondages. Avant de remporter l'élection.

A l'inverse, pour l'élection de 1980, l'épreuve du débat s'est révélée décisive pour Ronald Reagan. Alors que la course contre Jimmy Carter était serrée dans les sondages, le candidat républicain avait largement dominé l'unique débat organisé une semaine avant l'élection, lui permettant de s'envoler dans les enquêtes d'opinion, et de s'assurer une victoire confortable. "Cette année là, le débat présidentiel a eu un véritable effet amplificateur", analyse Corentin Sellin. 

> Convaincre les indécis

Au-delà du débat en lui-même, une part importante de la soirée se déroule dans la spin room, cet espace où les équipes de campagne s'activent face aux caméras et aux journalistes, après le débat, pour tirer l'avantage à leur candidat.

"C'est un moment qui est quasiment plus important que le débat", explique Corentin Sellin. "Les porte-parole font passer des éléments de langage qui seront ensuite repris en boucle par les médias, ils nous disent où regarder". Et rejouent donc le débat à leur manière. 

Mais alors que la grande majorité des électeurs disent avoir fait leur choix pour le 8 novembre, la série de débats pourrait permettre aux indécis de s'orienter.

Ceux-ci sont généralement des électeurs centristes, indépendants, qui ne se reconnaissent pas dans le bipartisme, et modérés. Selon les sondages, ils seraient de 9 à 13%. Or, d'après une enquête ABC News-Washington Post publiée ce dimanche, seuls 6% des électeurs estiment que le débat a de fortes chances d'influer sur leur choix, quand 80% assurent qu'il n'aura aucun impact. 

> Quels enjeux pour Trump et Clinton?

Dès lors, considérant le faible impact que risque d'avoir ce premier débat sur l'opinion publique, les deux candidats vont s'atteler à passer l'épreuve sans remous, tout en dominant leur adversaire. Car comme le rappelle Corentin Sellin, plus qu'un événement politique, le débat présidentiel aux Etats-Unis est avant tout un rite de passage, au cours duquel les protagonistes de l'élection se présentent à la nation.

Et pour Hillary Clinton comme pour Donald Trump, l'épreuve peut s'avérer très difficile. Très bonne dans ce genre d'exercice, forte de son expérience de sénatrice et de secrétaire d'Etat habituée à prendre la parole, la candidate démocrate est attendue comme la grande gagnante de ce premier débat. "Elle avait dominé les débats des primaires face à Obama en 2008", rappelle Corentin Sellin. "C'est donc plus difficile pour elle car elle a une énorme pression sur les épaules". 

Toutefois, Donald Trump, qui maîtrise parfaitement la communication télévisuelle, dispose lui aussi d'une relative aisance dans ce genre d'exercice. Sa principale difficulté reviendra donc à montrer qu'il connaît les dossiers -son point faible- et à canaliser ses pulsions nerveuses, souvent imprévisibles.

"Il s'agit du premier débat présidentiel opposant un homme à une femme. Donald Trump, qui cherche toujours à séduire l'électorat féminin diplômé, ne pourra ni agresser Hillary Clinton, ni la toiser, car cela peut lui être nuisible. Si Trump est lui-même, ça ne marchera pas. Il va donc essayer d'être dans le contrôle, au risque de perdre ce qui a fait sa force tout au long de la campagne", conclut Corentin Sellin.