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Décret anti-migration: des milliers de personnes réunies devant la Maison-Blanche

De nombreuses voix se sont faites entendre tout ce week-end après la publication d'un décret par Donald Trump interdisant les ressortissants de certains pays d'entrer sur le territoire américain pendant une période de 90 jours.

#AntiMuslimBan. Comme sur les réseaux sociaux, la colère des Américains est vive dans les rues américaines et s'est faite entendre tout le week-end, notamment aux abords des aéroports, après la publication d'un décret par Donald Trump interdisant l'accès au territoire américain à des ressortissants de certains pays pour une période de 90 jours. Devant la Maison-Blanche, ils étaient des milliers à manifester. 300 autres ont investi en fin de journée l'aéroport de Dulles, près de Washington, dans l'intention de soutenir d'éventuels passagers bloqués par le décret.

Pendant plusieurs heures dimanche, ils ont scandé des slogans tels que "L'amour pas la peur" ou "C'est ce qui donne à l'Amérique sa grandeur". La foule compacte était tenue à bonne distance de la résidence présidentielle par de hauts grillages clôturant Pennsylvania Avenue. Ces nouvelles manifestations interviennent une semaine après l'investiture du 45e président des Etats-Unis et après les Women's March qui ont traversé tout le pays le week-end dernier.

"Laissez les entrer"

"Ce décret est vraiment contre nos principes fondateurs et ce que dit la Constitution", explique Jeff Lockwood, un père de famille de 44 ans, entouré de nombreuses pancartes sur lesquelles on pouvait lire "Les immigrés sont l'Amérique" ou "Laissez-les entrer!" et de quelques bonnets roses, les 'pussy hats' symboles de ralliement des opposants au président pendant la "Marche des femmes" qui avait rassemblé un demi-million de personnes à Washington la semaine dernière.

Donald Trump, le nouveau président américain, a signé vendredi soir un décret interdisant l'entrée sur le territoire américain aux ressortissants de certains pays. Si aucun pays n'est mentionné dans le document, cette interdiction doit s'appliquer aux citoyens de sept pays musulmans: Syrie, Irak, Iran, Soudan, Somalie, Yemen et Libye. Certains visas, ceux des diplomates ou des Nations unies, en sont exclus. 

"Pour que les choses soient claires, il ne s'agit pas d'une interdiction visant les musulmans, comme les médias le rapportent faussement", s'est défendu Donald Trump. "Cela n'a rien à voir avec la religion, il s'agit de terrorisme et de la sécurité de notre pays".

"Vérifications extrêmes"

Insuffisant pour les manifestants choqués par les scènes de détresse dans tous les aéroports des voyageurs détenteurs de passeport de ces sept pays. "Il dit que ce n'est pas anti-musulman, mais c'est bien anti-musulman, surtout quand il dit qu'il va prendre soin des chrétiens" dans les pays arabes, s'indigne Khadija Shakour, une musulmane américaine, tête voilée venue avec une pancarte sur laquelle était écrit "Non à l'exclusion religieuse". 

De nombreux manifestants arboraient également des reproductions de la statue de la liberté et des drapeaux américains, convaincus que le décret et la suspension de l'accueil des réfugiés bafouent les valeurs américaines. "Ma famille juive est solidaire des réfugiés musulmans" a inscrit Tall Zlotnitsky, 43 ans, sur une pancarte tenue par sa femme et son fils.

"Je suis arrivé sans papiers aux Etats-unis à l'âge de 12 ans et je suis resté. L'Amérique m'a donné ma chance", explique cet entrepreneur d'origine israélienne qui conteste également l'argument sécuritaire avancé par Donald Trump sur la nécessité de mettre en place des "vérifications extrêmes" pour les ressortissants de pays jugés à risques. 

"Pas un seul Américain depuis 1975 n'a été tué par un ressortissant de l'un de ces (sept) pays", assure-t-il. "Prendre toute une partie du monde et leur dire: 'vous êtes nos ennemis', invite à la violence. Ce n'est pas l'Amérique", insiste t-il. "S'il a fait ça pendant ses sept premiers jours, qui sait ce qui nous attend dans les quatre prochaines années", renchérit Sonja Davidovic une jeune femme serbe résidente aux Etats-unis depuis une dizaine d'année. "C'est important de se mobiliser maintenant", dit-elle.

Justine Chevalier avec AFP