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Otages au Kenya: "Une concentration très forte d'énergie pour les victimes"

L'entrée du centre commercial Westgate, à Nairobi, dimanche au Kenya.

L'entrée du centre commercial Westgate, à Nairobi, dimanche au Kenya. - -

La prise d'otages de Nairobi au Kenya pose la question du retour à la vie normale pour des personnes traumatisées par un événement violent et choquant. Eléments de réponse avec le docteur Franck Garden-Breche.

Plus de trois jours durant, les Shebabs somaliens  ont occupé dans une extrême violence un centre commercial de Nairobi au Kenya. Exécutions, prises d'otages, assauts multiples, si les circonstances et les l'enchaînement exact des faits restent flous, les victimes risquent de rester marquées à vie par cette tragédie.

BFMTV.com a interrogé le docteur Franck Garden-Breche, diplômé en victimologie à l'université de Washington, qui a travaillé sur la question des otages au sein des cellules psychologiques, avant de faire évoluer ses méthodes et de se tourner vers la pratique de l’hypnose pour aider les victimes à surpasser leurs traumatismes. Interview.

Comment revivre après un tel traumatisme?

Chaque individu est différent mais pour le médecin, il faut chercher le point d’accroche qui permet à la victime de puiser dans son traumatisme les éléments pour avancer. Il faut l’aider à définir de nouvelles priorités. Lors d'une prise d’otages, d’un accident ou d’une agression, le processus est le même, la victime doit se renforcer car son être a été secoué.

L’extrême violence des exécutions, comme cela a pu être le cas à Nairobi, fait que la personne confrontée se détache de l’action des terroristes. La peur de l’assaut est aussi présente. Dans ce cas, l’effet de groupe peut s’avérer salvateur si la cohésion existe, mais nous n’avons que trop peu de détails sur ce qui s’est passé au Kenya, même si une prise d’otages courte induit une intensité très forte.

Quelles sont les méthodes utilisées pour aider les victimes?

Lors de la mise en place d’une cellule psychologique après un attentat, on est dans l’immédiat puisque l’on s’entretient dès la fin de l’action avec la victime. Il faut aider à verbaliser le ressenti et préparer aux traumatismes "post-drame" tels que les cauchemars, les flash-back, les montées de stress ou les états de transe négative. Néanmoins, avec le recul, la limite de cette approche reste que l’on suggère à la victime une liste de traumatismes potentiels qui, s’ils ne surviennent pas, peuvent devenir déstabilisants ou même provoqués inconsciemment.

Dans le cas du Kenya, le fait du terrorisme et de la multi-nationalité des victimes induit aussi que les personnes ont pu être prises en charge par les services secrets de leurs pays respectifs. Et là, les objectifs sont mêlés entre soutien et besoin d’informations.

De manière générale, comment peut se passer le retour à une vie normale?

Qu’il s’agisse de prise d'otages, d’agression ou d’accident, on peut considérer que quelque chose est cassée. Dans le cas d'une agression par exemple, c’est l’inconscience qui est la nôtre quand tout va bien qui est touchée. Le mythe d’une société relativement protectrice s’effondre.

Vous travaillez désormais avec l’hypnose, que peut-elle apporter de différent?

La violence génère une sensation corporelle, une montée d’adrénaline. Celle-ci peut être d’ailleurs associée à du positif comme à du négatif. L’hypnose travaille sur cette perception, cette association, avec les victimes. Disons que l’adrénaline dans ce type de situation doit servir à fuir ou à combattre, or l’otage ne peut ni l’un ni l’autre sans prise de risque. Cette concentration d’énergie non évacuée peut elle aussi générer du stress post-traumatique.

La différence avec le travail des cellules psychologiques se situe là, l’hypnose cherche à réutiliser l’événement de façon positive, ou du moins à en modifier sa perception.

Propos recueillis par Samuel Auffray