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Vol AH5017 d'Air Algérie: la piste terroriste pas complètement écartée

Situation du lieu du crash du vol AH2017 au Mali dans la région de Gossi.

Situation du lieu du crash du vol AH2017 au Mali dans la région de Gossi. - -

Si le ministre des Transports Frédéric Cuvillier a exclu vendredi matin qu'un tir de missile sol-air ait pu toucher le vol AH 5017 affrété pour Air Algérie, la piste d'un acte terroriste n'a toujours pas été formellement écartée par les autorités françaises.

Pour quelle raison le vol AH 5017 de Air Algérie s'est-il crashé? Si l'hypothèse d'un accident causé par les conditions météorologiques est privilégiée, la possibilité d'un acte terroriste n'est toujours pas totalement écartée.

"Les débris de l'avion sont concentrés sur un espace limité, mais il est encore trop tôt pour tirer des conclusions. Il y a des hypothèses, notamment climatiques, mais nous n'en écartons aucune, car nous voulons savoir ce qu'il s'est passé", a ainsi déclaré François Hollande lors d'une allocution solennelle vers 11h.

Un peu plus tôt, le ministre des Transports Frédéric Cuvillier excluait pourtant qu'un missile sol-air ait pu atteindre l'avion, dont on a retrouvé l'épave dans la nuit près de Gossi, au Mali. A priori, ni les rebelles indépendantistes, ni les jihadistes présents au Mali, qui sont d'ailleurs plus actifs dans le nord du pays que dans la région de Gao-Gossi, ne disposent du matériel permettant d'abattre un avion de ligne évoluant à 10.000 mètres d'altitude. Mais d'autres scénarios restent possibles.

La dispersion de débris, un indice majeur pour l'hypothèse terroriste

Gérard Arnoux, du comité de veille de la sécurité aérienne, a expliqué sur notre antenne que la dispersion des débris plus ou moins grande serait déterminante pour accréditer ou pas la thèse d'un attentant. "Si les débris sont très éparpillés, cela veut dire que l'avion a été désintégré en vol ou a explosé. S'il est arrivé, disons, un peu près en un seul morceau au sol, les débris vont être relativement concentrés", a expliqué l'ancien commandant de bord.

Une vaste zone "difficile à contrôler", mais "relativement pacifiée"

Selon Marwane Ben Yahmed, directeur de la publication du magazine Jeune Afrique, "la géographie de la zone est extrêmement compliquée, car il s'agit d'une zone désertique, très vaste" qui reste "difficile à contrôler". Quoi qu'il en soit, elle est "moins hostile pour le gouvernement malien que la région de Kidal, plus au nord".

Seidik Abba, spécialiste du Sahel, juge également que la zone du crash est "relativement pacifiée" et que les habitants y vivent dans une "coexistence pacifique".

Pas de laxisme de la sécurité à l'aéroport d'Ouagadougou

Le journaliste qui était à Ouagadougou au Burkina Faso, il y a "un quinzaine de jours" a aussi expliquée à BFMTV.com que la sécurité en vigueur à l'aéroport de départ du vol AH 5017 n'était en rien laxiste.

Deux contrôles, raconte-t-il sont habituellement effectués, "un premier post-enregistrement" et "un second contrôle juste avant d'entrer dans l'avion". Marwane Ben Yahmed confie qu'il s'est fait confisquer un briquet et des lames de rasoir avant de pouvoir effectuer ce vol Ouagadougou-Paris.

Depuis la prise d'otages par le Goupement islamiste armée (GIA) à Marignane en décembre 1994, "pendant les années noires", souligne le journaliste, Air Algérie est en outre très pointilleux sur la sécurité.

La piste des rebelles Touaregs paraît peu plausible

Si un tir de missile est donc écarté, la possiblité qu'un attentat ait été commis dans l'avion reste plausible. Mais à qui en ce cas aurait "profiter" un tel crime?

La piste de rebelles, en majorité Touaregs, paraît "peu convaincante", explique Marwane Ben Yahmed. Ces rebelles viennent tout juste de s'accorder, à Alger, avec l'Etat malien, sur "un processus de négociations". Ils ont accédé à deux essentielles conditions posées par le Mali, à savoir qu'il n'est "pas question d'indépendance" et qu'il "n'est pas question, non plus, de remettre en cause la laïcité de l'Etat malien".

En tout cas "cela ne ressemble pas aux méthodes des Touaregs qui de surcroît se mettraient à dos tous les pays de la région", conclut sur ce point le journaliste de Jeune Afrique.

Si c'est un attentat, la méthode ressemblerait davantage à celle d'AQMI

Si piste terroriste il y a, elle devrait plutôt être recherchée du côté d'al-Qaïda au Maghreb (AQMI), selon Marwane Ben Yahmed. Deux coïncidences troublantes plaident en ce sens: "le trajet de l'avion" qui devait relier Ouagadougou à Alger, et la "présence de beaucoup d'Occidentaux sur ce vol".

Pour bien comprendre la situation sur place, il faut se rappeler le groupe terroriste "AQMI s'est greffé, sur ce conflit" opposant des rebelles, en majorité des Touaregs, et le Mali. Les opérations Serval et maintenant Barkhane, luttent d'ailleurs contre les jihadistes et non pas tant contre les rebelles indépendantistes.

David Namias