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Les voisins arabes se jettent dans la guerre civile au Yémen

Des membres de la milice chiite Houthie patrouillent près de l'aéroport de la capitale Sanaa.

Des membres de la milice chiite Houthie patrouillent près de l'aéroport de la capitale Sanaa. - Mohammed Huwais - AFP

Le Yemen est un puzzle qui se défait. Sa société correspond politiquement à un mélange d'Irak, de Syrie, d’Égypte. En outre la scène politique yéménite comporte quelques originalités.

Le parallèle égyptien réside dans l’élection via des scrutins semi-démocratiques et semi-truqués d’un président inamovible, dans un cas Hosni Moubarak et dans l’autre Ali Abdallah Saleh. Plus d’une génération entière au pouvoir, et voici sans surprise que la société produit des opposants acharnés.  Les deux, Moubarak comme Saleh, sont chassés par les gens ordinaires dans la rue à partir de 2011, non sans appui militaire. mais les deux laissent derrière eux des partisans, militaires notamment.

Pour l’Irak et la Syrie, le parallèle est confessionnel et tribal Le pouvoir yéménite d’Ali Abdallah Saleh était un subtil mélange de tribus et de religions, de milices et de proches parents. Car le Yémen, comme ces deux autres pays, est divisé entre chiites à 40%, et sunnites à 60%. 

Les Yéménites ne sont pas à cheval sur leur religion, et la porosité est grande, comme elle l’était autrefois en Irak notamment. Tout changera peut-être bientôt. Les tribus, elles, comptent des fidèles des deux islam.

Les Houthistes, mouvement chiite religieux et politique

Certes les Chiites yéménites sont originaux: appelés Zaïdites, présents depuis de nombreux siècles, ils sont une branche isolée et bien éloignée des chiites de Téhéran. Ils résident dans le nord du pays, au nord de la capitale Sanaa. Parmi eux, le mouvement religieux et politique dit houthistes (ou houthi) du nom de son fondateur Abdel el Houthi, personnage bien vivant mais peu disert dans la presse. Leur programme ne m’est pas familier, j’irai vous en rendre compte ultérieurement. Sont-ils pro-Téhéran? Même cela n’est pas sûr, tous les spécialistes divergent.

Voici que les Houthistes ont occupé Sanaa, déplaçant tout doucement les forces tribalo-nationales regroupées autour du président Abd Rabbo Mansour Hadi, successeur de l’autocrate Saleh. Plus encore, lorsque Hadi s’est réfugié dans le sud, dans la métropole d’Aden sur la mer d’Arabie, les Houthistes sont venus le poursuivre, avec l’aide manifeste des éléments militaires fidèles à l’ancien président Saleh ! Parmi ces militaires, il y a même des sunnites. 

Bras de fer Iran-Arabie saoudite

L’on dit souvent, chez les spécialistes, que le gouvernement iranien soutient les Houthistes. Pour d'autres spécialistes, Téhéran ne les soutient guère. Puisque les diplomates n’expliquent pas vraiment, nous en resterons sur la perplexité. Sauf à dire ceci: certaines figures politiques iraniennes à Téhéran se vantent de prêter main-forte aux Houthis. Les Houthis, le Hezbollah, Bachar al-Assad, et le régime irakien, voilà pour les maximalistes chiites ET nationalistes iraniens de beaux pions sur l’échiquier géopolitique.

Jeudi, une coalition militaire arabe autour de l’Arabie Saoudite bombarde les positions houthistes à l’aéroport d’Aden. L’ambassadeur saoudien à Washington s’est d’ailleurs longuement exprimé à la presse à ce sujet. Les forces américaines s’abstiennent de bombarder, mais se permettent de conseiller et de renseigner. La diplomatie française dénonce les Houthis, mais préconise l’issue diplomatique. Il est vrai que ce sera plus facile au Yémen qu’en Syrie où trop de haine s’est répandu.

L'aviation saoudienne frappe dans la bulle Houthie.
L'aviation saoudienne frappe dans la bulle Houthie. © BFMTV

Pour le pouvoir saoudien à Riyadh, la République islamique d’Iran est un danger absolu. Les négociations irano-occidentales à Lausanne sur le programme nucléaire iranien sont sur le point d’aboutir. L’étoile de l’Iran ami de l’Occident va bientôt se lever. La lutte duale, pétrolière et confessionnelle (sunnites saoudiens contre chiites iraniens) est si forte qu’à Riyadh l’ont est convaincu de l'aide iranienne aux Houthis, et donc tout se passe comme si c’était vrai.

La Ligue arabe, de coloration islamiste (dans le sens politique sinon théologique), a vite faite de se rallier au président légal Hadi. Chaque membre y va de ses avions et ses navires de guerre pour nuire au Houthis, qui eux se battent avec énergie tant qu’ils ont le vent en poupe.

Al-Qaïda est momentanément marginalisé

L’on en oublierait presque al-Qaïda dans la Péninsule arabique, qui occupe un quart du Yémén, et "État islamique" qui a plastiqué trois mosquées zaïdites la semaine dernière, tuant environ 150 fidèles.

Le président Hadi n’est pas allié de ces djihadistes, or eux seuls auraient pu le préserver des Houthis… eux seuls hormis les forces royales saoudiennes, qui sont effectivement arrivées à la rescousse. Le casse-tête de la zizanie armée au Moyen-Orient se complexifie, mais reste liée à quelques réalités de base: la citoyenneté comme sentiment n’a pas pris racine, et chaque clan armé imagine qu’il aura quelque part un allié.