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L'Egypte au bord du chaos après la répression sanglante des pro-Morsi

Un partisan des Frères Musulmans lors de l'assaut des forces de l'ordre sur la place Rabaa al-Adawiya, au Caire, mercredi 14 août.

Un partisan des Frères Musulmans lors de l'assaut des forces de l'ordre sur la place Rabaa al-Adawiya, au Caire, mercredi 14 août. - -

Les forces de l’ordre ont mis le feu aux poudres en donnant l’assaut contre des milliers de manifestants islamistes au Caire, qui réclament le retour du président Mohamed Morsi, destitué le 3 juillet. Très vite, le flot de violences a gagné tout le pays.

Mercredi matin, à l'aube, les forces de l’ordre ont donné l’assaut sur les places Rabaa al-Adawiya et Nahda, au Caire. C'est là que campaient depuis plus d'un mois des milliers d'islamistes qui réclament le retour de Mohamed Morsi, destitué et arrêté par l'armée le 3 juillet.

L'opération, à coup d'armes automatiques et de grenades lacrymogènes, s'est soldée par un bain de sang. Les partisans du président déchu se sont retranchés derrière des barricades avec femmes et enfants, et des images de télévision montraient des bulldozers enfoncer ces barrières de fortunes faites de pavés et de sacs de sable.

En réaction, les Frères musulmans, dont est issu Mohamed Morsi, ont appelé à manifester pour "mettre fin au massacre". Les violences se sont répandues à travers tout le pays.

> Bilan: au moins 278 morts

Au total, les Frères parlent de 2.200 morts et plus de 10.000 blessés, tandis que les autorités disent avoir recensé 235 décès à travers le pays, dont au moins sept membres des forces de sécurité au Caire, et affirment que les manifestants ont ouvert le feu sur la police. Un responsable de la sécurité a affirmé que 543 personnes avaient été arrêtées.

Rien que sur la place Rabaa al-Adawiya, un journaliste de l'AFP a compté 124 cadavres - dont plusieurs manifestement tués par balles - dans une morgue de fortune.

Au cours de la dispersion des manifestants, un caméraman de la chaîne britannique Sky News a été tué par balle.

Les Frères musulmans ont de leur côté annoncé que la fille de 17 ans d'un de leurs principaux leaders, Mohammed al-Beltagui, avait également été tuée par balle.

Par ailleurs, 43 policiers, "dont deux généraux et deux colonels" sont mort dans la journée, selon les informations du ministre de l'Intérieur Mohamed Ibrahim. Au total, l'Egypte pleure au moins 278 morts.

> L'état d'urgence décrété dans tout le pays

Pour tenter d'endiguer le flot de violence qui a gagné de nombreuses villes du pays, les autorités ont décrété l'état d'urgence et imposé le couvre-feu dans la moitié des provinces égyptiennes, dont le Caire et Alexandrie, de 19 heures à 6 heures pour une période d'un mois. Les contrevenants s’exposent à des peines de prison.

En outre, le gouvernement a annoncé que le trafic ferroviaire en direction et depuis Le Caire était interrompu pour prévenir de nouveaux rassemblements.

En représailles à la dispersion, des islamistes bloquaient des axes du Caire en incendiant des pneus pour tenter de paralyser le pays. A Alexandrie, la deuxième ville du pays dans le nord, des échanges de tirs nourris à l'arme automatique avaient lieu.

Dans le centre du pays, où vit une importante minorité copte, au moins trois églises ont été attaquées, les militants accusant les pro-Morsi de mener "une guerre de représailles" contre les coptes, dont le patriarche avait lui aussi soutenu la décision de l'armée de destituer Mohamed Morsi, toujours retenu au secret.

> Démission du vice-président Mohamed ElBaradei

De son côté, le prix Nobel de la paix Mohamed ElBaradei, qui avait apporté sa caution morale à la destitution de Mohamed Morsi, a présenté sa démission. Il avait à plusieurs reprises plaidé pour une solution politique à la crise, répétant que les Frères musulmans devaient participer à la transition.

"Il m'est devenu difficile de continuer à assumer la responsabilité de décisions avec lesquelles je ne suis pas d'accord et dont je redoute les conséquences", écrit-il notamment dans sa lettre au président Adly Mansour. Il y déplore les morts qui "auraient pu être évités".

"Malheureusement, ceux qui vont tirer profit de ce qui s'est passé aujourd'hui sont ceux qui appellent à la violence et à la terreur, les groupes extrémistes", poursuit-il.

Dans la matinée, une autre figure morale s'était désolidarisée de l'opération meurtrière des forces de l'ordre: l'imam d'Al-Azhar, plus haute autorité de l'islam sunnite, qui avait expliqué n'avoir pas eu connaissance des méthodes que les forces de l'ordre comptaient employer.

> Condamnation unanime de la communauté internationale

La communauté internationale, qui avait tenté une médiation pour éviter une issue dramatique au bras de fer entre pro-Morsi et nouveau pouvoir, a condamné l'usage de la violence.

La Maison Blanche a condamné "avec force" le recours à la violence et s'est opposée au retour de l'état d'urgence. Le secrétaire d'Etat John Kerry, après avoir déploré un "bain de sang lamentable", a demandé "l'organisation d'élections législatives et présidentielles".

Ankara, qui s'était opposée à la destitution de Mohamed Morsi, a appelé la communauté internationale à faire cesser le "massacre", un terme également utilisé par l'Iran. Le Qatar, principal soutien des Frères musulmans, a dénoncé "la méthode utilisée contre des manifestants pacifiques."

Londres a "condamné l'utilisation de la force" et la Suède a fait porter la "principale responsabilité" des violences aux autorités. La France, par la voix de Laurent Fabius, a saisi l'Onu et ses principaux partenaires "pour qu'en urgence une position internationale soit prise" pour faire cesser la "répression".