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Egypte: Morsi de plus en plus isolé

Des opposants à Mohamed Morsi, mardi 2 juillet, au Caire.

Des opposants à Mohamed Morsi, mardi 2 juillet, au Caire. - -

La foule s'est encore pressée, mardi, place Tahrir au Caire, pour réclamer le départ du président Mohamed Morsi. Ce dernier se retrouve en difficulté après la démission de cinq de ses ministres, et ce alors que l'ultimatum de l'armée arrivera à échéance mercredi soir.

Mohamed Morsi vit-il ses dernières heures à la tête de l'Egypte? Le président égyptien, qui fait face à un vaste mouvement de contestation massif, un an après son arrivée au pouvoir, se retrouve de plus en plus isolé. Il semble néanmoins vouloir se montrer combatif. Ce mardi soir, il a réaffirmé sa "légitimité constitutionnelle" et a annoncé qu'il allait s'adresser à la nation.

Lundi, l'armée, qui a officiellement rallié l'opposition, a donné un ultimatum de 48 heures à Mohamed Morsi pour satisfaire les revendications du peuple qui réclame sa démission. Un ultimatum que le chef de l'Etat s'est empressé de rejeter, alors que les affrontements entre pro et anti-Morsi ont fait sept morts ce mardi au Caire.

> Morsi appelle l'armée à retirer son ultimatum

Mardi soir, Mohamed Morsi a appelé l'armée à retirer son ultimatum, réaffirmant qu'il avait pour lui la "légitimité constitutionnelle". Il confirme ainsi son rejet, annoncé mardi matin, de l'ultimatum lancé lundi par l'armée et donnant 48 heures à Mohamed Morsi pour satisfaire les "demandes du peuple". La présidence affirmait alors que l'Egypte ne permettrait "absolument aucun retour en arrière, quelles que soient les circonstances".

L'ultimatum de l'armée, salué par l'opposition, à laquelle les militaires ont donc clairement apporté leur soutien, court jusqu'à mercredi soir.

L'opposition égyptienne a accusé mardi soir Mohamed Morsi de conduire le pays à la confrontation, après son refus de l'ultimatum. "Cela conduit à la confrontation de n'offrir aucun compromis et de ne pas écouter le peuple dans la rue. Nous sommes très inquiets devant les risques d'escalade de la violence", a déclaré Khaled Dawoud, porte-parole du Front de salut national (FSN), principale coalition de l'opposition.

Les opposants au pouvoir de Morsi ont toutefois fait savoir qu'ils ne sont pas favorables à un "coup militaire". Le Front du Salut National, principale coalition de l'opposition, a ainsi fait savoir qu'il ne soutiendra aucun "coup d'Etat militaire" et a précisé "faire confiance à la déclaration de l'armée affirmant que les militaires ne veulent pas s'investir en politique".

Dans la journée de mardi, Mohamed Morsi a rencontré le général Abdel Fattah al-Sissi, chef de l'armée et ministre de la Défense, pour parler de la crise politique.

> Nombreuses démissions

Le président islamiste se retrouve de plus en plus isolé. Mardi, le ministre des Affaires étrangères, Mohammed Kamel Amr, a remis sa démission, portant à cinq le nombre de ministres qui ont quitté le gouvernement depuis lundi.

Par ailleurs, le porte-parole du président Morsi, Ehab Fahmi, et celui du gouvernement, Alaa al-Hadidi, ont également quitté leurs fonctions, ce mardi.

Infligeant un revers supplémentaire au président islamiste, la justice, engagée depuis son élection dans un bras de fer avec Mohamed Morsi, a ordonné la réintégration du procureur général Abdel Méguid Mahmoud, nommé sous Hosni Moubarak et limogé en novembre par décret de Mohamed Morsi.

> L'opposition choisit El Baradei comme représentant

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L'opposition égyptienne a annoncé, mardi après-midi, avoir choisi Mohamed El Baradei, l'ancien directeur général de l'Agence internationale de l'énergie atomique (AIEA), prix Nobel de la paix en 2005, pour la représenter et préparer une transition politique.

Le "Front du 30 juin", qui rassemble les plus importants partis et mouvements hostiles au président Morsi, a ainsi déclaré que Mohamed El Baradei serait sa "voix" et serait chargé de "préparer un scénario" en vue de cette transition politique.

Mohamed El Baradei avait activement soutenu le soulèvement contre Hosni Moubarak, début 2011.

> La communauté internationale inquiète

En visite en Tanzanie, Barack Obama a invité "toutes les parties à faire preuve de retenue" en Egypte. Le président américain a téléphoné à Mohamed Morsi pour lui dire son inquiétude, l'appelant à "faire en sorte que les voix de tous les Egyptiens soient entendues" et "l'encourageant a prendre des mesures pour montrer qu'il répond" aux préoccupations des manifestants.

De son côté, l'ONU a exhorté le président égyptien à écouter les demandes de son peuple et lui a demandé de s'engager dans un "dialogue national sérieux" pour désamorcer la crise.

A.S. avec AFP