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Egypte: et maintenant?

Manifestation anti Morsi, place Tahrir, le 30 juin 2013.

Manifestation anti Morsi, place Tahrir, le 30 juin 2013. - -

Alors que Mohamed Morsi a rejeté mardi l'ultimatum de l'opposition et celui de l'armée, un bras de fer s'engage désormais. Quels sont les scénarios envisageables en Egypte?

L'Egypte est-elle dans l'impasse? Mardi, le président égyptien a rejeté l'ultimatum des militaires, pour que soient "satisfaites les revendications du peuple". Dans le pays, les manifestations se poursuivent et les opposants réclament toujours son départ.

Comment la situation peut-elle évoluer? Quelles sont les sorties de crises envisageables? Sophie Pommier, directrice du cabinet Méroé, et chargée de cours à Science-Po, spécialiste du Moyen-Orient et du Maghreb nous livre quelques pistes possibles, avec toutes les précautions de rigueur.

> La confrontation

On peut imaginer une confrontation. Les Frères musulmans se crispent, refusent de céder quoi que ce soit. Les manifestants s'énervent, il y a des incidents qui dégénèrent. L'armée serait alors obligée d'intervenir dans les rues pour ramener le calme.

Le sentiment de tout le monde, c'est que l'armée n'a pas tellement envie de reprendre le pouvoir. Le pays est ingérable et ils risquent d'y perdre leur popularité. On peut donc envisager qu'elle mette en place un gouvernement de technocrates, un gouvernement de coalition. Or les technocrates étant souvent issus de l'ancien régime, il y a un risque de mouvement contre-révolutionnaire.

Mais à part les révolutionnaires, les gens veulent avoir l'impression que la situation est prise en main et qu'il y a des améliorations économiques et sociales. C'est pour cette raison que les gens réclament l'armée.

Difficile cependant d'exclure les Frères. C'est là l'un des acquis de la révolution, que d'avoir ouvert le champ politique.

> L'essoufflement du mouvement

Les Frères ont peur d'un retour de la répression contre eux, s'ils perdent le pouvoir, ce qui peut les inciter à être assez jusqu'au boutistes.

Depuis le début, les Frères se sont montrés assez autistes. Il est difficile de savoir jusqu'où cet autisme peut aller, mais ils peuvent miser sur un essoufflement du mouvement, en évitant les confrontations. C'est pourquoi ils ont appelé leurs partisans à manifester ailleurs que sur la place Tahrir. Ils peuvent jouer le pourrissement et se dire que les gens vont se fatiguer. Il fait très chaud, et puis le ramadan approche.

Mais les gens dans la rue sont très déterminés.

> Des élections

Dans l'hypothèse où l'armée reprend, de façon transitoire le pouvoir, elle ne va pas vouloir rester longtemps. Elle installerait un gouvernement de technocrates à la manoeuvre, avec sans doute pour partie des gens de l'ancien régime. Mais après, il faudra bien reprogrammer des élections. Or, le problème, c'est que les seuls qui soient un peu structurés, organisés et les mieux placés pour gagner les élections, ce sont les Frères.

Les salafistes ont fait de bons scores en 2011, mais ont plus intérêt à rester dans l'opposition qu'à gérer les affaires. Et puis ce qui leur importe, ce sont les questions de société et de morale religieuse. Ils vont chercher à faire un bon score, sans gagner, pour se poser en groupe de pression.

Donc s'il y a des élections, à moins que l'opposition ne parvienne enfin à s'organiser et à produire un programme politique, on risque d'avoir un taux d'abstention très fort et les Frères qui gagnent quand même les élections.

> Le retour de l'armée

Autre hypothèse, la dictature militaire. Mais la population est-elle prête à accepter un tel retour en arrière? Et sur le plan social et économique, ça ne débouchera pas, puisque l'armée ne voudra pas toucher à ses prébendes, qui plombent le pays.

A part assurer l'ordre de manière un peu autoritaire, les militaires n'auront rien à proposer pour améliorer l'économie. Ils peuvent juste restaurer un peu de sécurité. Mais ce ne sont pas des réformateurs. Ils n'ont pas la capacité à moderniser l'économie et transformer le pays profondément comme il faudrait le faire.

> L'apaisement

Les militaires vont alors devoir exercer une pression au moins aussi fortes sur l'opposition libérale que sur les Frères. Il faut que l'opposition lâche du lest aussi, accepte le compromis. Mais elle est galvanisée par son succès dans la rue et risque de se montrer très intransigeante, ce qui pourrait mener à l'impasse.

Propos recueillis par Magali Rangin