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Centrafrique: Sangaris s'en va, les bandes armées dans les starting-blocks

Pendant l'opération Sangaris.

Pendant l'opération Sangaris. - Gianluigi Guercia - AFP

L'opération de sécurisation militaire française prend fin. Mais de nombreux Centrafricains ressentent un goût d'inachevé alors que les groupes armés n'ont pas été démantelés. Quelque 350 soldats français resteront sur place, au sein des Casques bleus de la Minusca.

Le ministre français de la Défense, Jean-Yves Le Drian, est arrivé dimanche soir à Bangui pour acter la fin de l'opération Sangaris. Une action qui aura mis fin aux tueries de masse en Centrafrique, sans parvenir à neutraliser les bandes armées qui terrorisent la population.

Si Paris se veut rassurant - "la France n'abandonnera jamais la Centrafrique", a affirmé dimanche depuis Abidjan le Premier ministre Manuel Valls - et met en avant la présence de plus de 10.000 Casques bleus de la Minusca, nombre de Centrafricains ne cachent pas leur inquiétude au sujet du départ des soldats français, arrivés dans l'urgence en décembre 2013.

"Les groupes armés sont en train de prendre leurs marques. Et je crains qu'ils ne lancent une offensive générale une fois les Français partis", dit en demandant l'anonymat - "car le sujet est très sensible" - un responsable politique centrafricain de premier plan, ajoutant: "les groupes armés redoutent la force française, mais pas la force onusienne".

Ces dernières semaines, les Centrafricains voient en effet - la peur au ventre - ces bandes reprendre leurs exactions à grande échelle à l'intérieur du pays. Selon la Minusca, elles ont fait au moins plusieurs dizaines de morts et contraint des villageois à se cacher dans la brousse.

Jeudi et vendredi, au moins 25 personnes, dont six gendarmes, ont été tuées lors d'affrontements à Bambari (centre) et ses environs, selon la Minusca. 

Un cocktail sécuritaire explosif

Ces groupes sont essentiellement issus de factions parfois rivales de l'ex-rébellion Séléka à dominante musulmane, chassée du pouvoir après l'intervention française, de miliciens anti-balaka, se revendiquant chrétiens, mais aussi de groupes d'"auto-défense" d'éleveurs nomades peuls, de bandes spécialisées dans le racket routier et d'éléments "incontrôlés".

Dimanche en début de soirée, des affrontements ont éclaté dans le quartier musulman PK 5 de Bangui, entre deux groupes d'auto-défense: quatre miliciens ont été tués, selon une source sécuritaire. La situation s'est ensuite apaisée après une intervention de la Minusca.

La Centrafrique peine à se relever du chaos de la guerre civile provoquée en 2013 par le renversement de l'ex-président François Bozizé par des rebelles séléka qui avait entraîné une contre-offensive des milices anti-balaka.

Malgré ce cocktail sécuritaire explosif, la France, ancienne puissance coloniale restée omniprésente depuis l'indépendance, considère que la mission de Sangaris est achevée.

"Nous fermons une opération parce que cette opération a été un succès", a assuré le 19 octobre devant l'Assemblée nationale à Paris Jean-Yves Le Drian. "Nous avons évité des massacres de masse (...) permis un processus de réconciliation intercommunautaire, la reconstitution de l'Etat centrafricain, une élection présidentielle, des élections législatives", a-t-il énuméré.

Une concentration de combattants

Selon Paris, environ 350 militaires français, équipés de drones d'observation, resteront présents, dont une centaine au sein de la force de l'ONU.

Si Sangaris - dont l'action a été ternie par des accusations de violences sexuelles qui mettent en cause également la Minusca - a effectivement mis fin à la terreur des bandes armées, les Centrafricains attendaient de la France qu'elle les débarrassent de ces "combattants" qui les martyrisent depuis des années dans l'impunité la plus totale.

"Le gouvernement centrafricain ne dispose pas de forces de sécurité capables de tenir tête aux groupes armés et doit s'en remettre à la Minusca.

L'inquiétude des Banguissois est nourrie par les nouvelles parvenant de l'intérieur du pays. Selon des sources centrafricaines, plusieurs centaines d'ex-séléka lourdement armés et issus de factions rivales se sont regroupés récemment à Batangafo (350 km au nord de Bangui).

David Namias avec AFP