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Affaire Jeffrey Epstein: pourquoi la France pourrait ouvrir une enquête

Les secrétaires d'Etat Marlène Schiappa et Adrien Taquet ont réclamé ce lundi l'ouverture d'une enquête en France concernant l'affaire Jeffrey Epstein, accusé de multiples agressions sexuelles sur mineures.

Deux jours après le suicide du financier Jeffrey Epstein en prison aux Etats-Unis, une enquête pourrait être ouverte en France. Le multimillionnaire américain était poursuivi pour de multiples agressions sur mineures. "L'enquête américaine a mis en lumière des liens avec la France", ont écrit ce lundi dans un communiqué Marlène Schiappa, secrétaire d'Etat chargé de l'Égalité femmes/hommes et Adrien Taquet, secrétaire d'Etat en charge de la Protection de l'enfance, avant de réclamer l'ouverture d'une enquête sur le territoire français.

Au moins trois résidences en France

"Jeffrey Epstein aimait beaucoup le territoire français et il possédait au moins trois résidences. Une à Nice, une à Biarritz, et un hôtel particulier dans le XVIe arrondissement à Paris", a précisé sur BFMTV François Durpaire, notre consultant spécialiste des Etats-Unis. "Chaque fois qu'il y a un lieu lié à Epstein, il y a une affaire qui est liée à Epstein", a-t-il rappelé.

Et de citer le procureur général de l'Etat de New-York: "Ce n'est pas avec sa mort que l'enquête va s'achever (…) Il ne s'agit pas qu'il soit un jour en procès, il est mort, mais il s'agit de regarder s'il y a d'éventuelles complicités ou d'éventuels participants à ce qui est reproché à Epstein", indique François Durpaire.

Dans leur communiqué commun, Marlène Schiappa et Adrien Taquet expliquent que "la mort de M. Epstein ne doit pas priver les victimes de la justice à laquelle elles ont droit: c'est une condition essentielle à leur reconstruction, c'est aussi une condition à une protection plus efficace à l'avenir d'autres jeunes filles face à ce type de réseaux organisés, face à ce type de prédateurs".

La ministre de la Justice Nicole Belloubet a néanmoins rappelé lundi qu'il n'appartenait pas au gouvernement de décider des "poursuites". "Depuis 2013, les instructions individuelles sont prohibées, conformément au principe d'indépendance de l'autorité judiciaire", a-t-elle souligné dans un message transmis à l'Agence France-Presse (AFP).

"Des noms français, mexicains, saoudiens"

Dans une lettre adressée au procureur de la République de Paris et reproduite sur le site de L'Obs, l'association Innocence en danger indique lui avoir adressé un signalement le 23 juillet et souligne que "la France est concernée par ce dossier puisque des investigations menées par le FBI font apparaître plusieurs personnes de nationalité française". Innocence en danger cite une "source fiable" selon laquelle "plusieurs victimes du réseau prostitutionnel créé par Jeffrey Epstein et ses complices sont également de nationalité française".

Cette lettre au parquet envoyée ce lundi s'appuie "sur les informations publiques, des documents déclassifiés aux Etats-Unis depuis vendredi où apparaissent des noms français, mexicains, saoudiens, etc", a expliqué Homayra Sellier, présidente de l'association, interrogée par l'AFP. "Pour le moment, nous n'avons pas eu de réponse du parquet", a-t-elle ajouté. 

Le parquet de Paris a fait savoir lundi que "les éléments transmis sont en cours d'analyse et de recoupement". "Les premières vérifications sont actuellement en cours afin de déterminer si une enquête doit être ouverte sur le territoire français", a-t-on précisé.

La mort dans sa cellule de prison new-yorkaise du financier et figure de la jet set américaine Jeffrey Epstein, 66 ans, accusé d'accusé d'avoir fait venir des dizaines de mineures dans ses luxueuses résidences, notamment à New York et en Floride, pour multiples agressions sexuelles présumées, a causé la stupeur aux Etats-Unis et déclenché des enquêtes du FBI et du ministère de la Justice.

Sa mort qualifiée d'"apparent suicide" par l'administration pénitentiaire a immédiatement donné lieu à plusieurs théories du complot et à un scandale aux Etats-Unis, certains croyant plus à un meurtre qu'à un suicide en raison de ses nombreuses connexions dans les cercles du pouvoir.

Benjamin Rieth avec AFP