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5000 morts à Marioupol, Irpin libérée: le récit de ce 33e jour de guerre en Ukraine

Les autorités ukrainiennes ont dénombré ce lundi au moins 5000 morts à Marioupol depuis le début du conflit. Volodymyr Zelensky s'est quant à lui vu opposer une fin de non recevoir à sa demande d'une rencontre avec Vladimir Poutine. Le point sur cette nouvelle journée de conflit.

Nouveau round entre Kiev et Moscou. Alors que des négociateurs russes et ukrainiens doivent se retouver mardi pour une nouvelle session de pourparlers à Istanbul, la question de la "neutralité" de l'Ukraine se pose. Le président Volodymyr Zelensky la conditionne toutefois à un vote favorable du peuple ukrainien.

Mais dans un contexte où des milliers d'habitants ont quitté leurs foyers voire leur pays, où des milliers de pertes civiles sont à dénombrer et où l'armée russe poursuit ses opérations, difficile d'imaginer la tenue d'un scrutin. Et les bilans communiqués ces derniers jours, notamment à Marioupol, laissent difficilement entrevoir la moindre trêve dans ce conflit qui dure depuis plus d'un mois.

• 5000 morts à Marioupol selon la présidence ukrainienne

Tatiana Lomakina, une conseillère de la présidence ukrainienne chargée des couloirs humanitaires, a indiqué à nos confrères de l'AFP qu'au moins 5000 personnes avaient été tuées dans la ville de Marioupol, assiégée par l'armée russe, depuis le début du conflit.

"Les gens ne sont plus enterrés depuis dix jours à cause des bombardements continus", a également déclaré la conseillère, estimant qu'"au vu du nombre des personnes encore sous les décombres (...), il pourrait y avoir autour de 10.000 morts".

Interrogée plus tôt ce lundi sur BFMTV, Tatiana Lomakina donnait cette même estimation et alertait sur la situation humanitaire des habitants se trouvant dans l'incapacité de quitter Marioupol.

En parallèle, de nouveaux combats sont survenus ce lundi dans plusieurs localités autour de Kiev, notamment à Stoyanka, à la lisière ouest de la capitale. Près de Kharkiv, les forces ukrainiennes sont parvenues à reprendre le contrôle d'un village. Enfin, de nouveaux incendies se sont déclarés dans la zone de la centrale nucléaire de Tchernobyl, poussant Kiev à réclamer la "démilitarisation" du secteur sous l'égide de l'ONU.

• La ville d'Irpin reprise par l'armée ukrainienne

L'Ukraine a annoncé lundi soir que la ville d'Irpin, théâtre de féroces combats dans la banlieue de Kiev, avait été reprise aux forces russes.

"La ville est maintenant libérée, mais il est toujours dangereux d'y être", a déclaré à la télévision le ministre de l'Intérieur Denys Monastyrsky, confirmant ce qu'avait dit un peu plus tôt Oleksandre Markouchine, le maire de cette localité dévastée située à l'entrée nord-ouest de la capitale. "En fait, voilà ce qui se passe maintenant de manière parallèle: les forces armées avancent, la police avance et immédiatement un nettoyage complet se fait dans les rues", a encore déclaré le ministre.

Le principal poste de contrôle sur la route menant à Irpin en sortant de Kiev était à nouveau ouvert lundi, deux semaines après sa fermeture aux médias à la suite de la mort d'un journaliste américain.

• L'hypothèse d'une rencontre Poutine-Zelensky écartée par Moscou

Le chef de la diplomatie russe a jugé qu'une rencontre entre Vladimir Poutine et son homologue ukrainien Volodymyr Zelensky serait pour l'heure "contre-productive" et l'a conditionnée à l'adoption des exigences de Moscou dans les négociations.

Vladimir Poutine "a dit qu'il ne refuserait jamais une rencontre avec le président Zelensky, mais il faut que cette rencontre soit bien préparée (...) Le conflit au sein de l'Ukraine s'est aggravé pendant toutes ces années, beaucoup de problèmes se sont accumulés", a déclaré Sergueï Lavrov.

"Donc, se rencontrer et dire 'Qu'est-ce que tu penses? Moi je pense que..' serait juste contre-productif", a-t-il poursuivi, lors d'une conférence de presse, alors que les délégations russe et ukrainienne sont attendues lundi à Istanbul pour une nouvelle session de discussions.

Le diplomate russe a réaffirmé les exigences formulées par le Kremlin dès le début de l'offensive contre Kiev le 24 février: la protection des populations du Donbass, ainsi que la "démilitarisation" et la "dénazification" de l'Ukraine.

• La Russie veut restreindre son accès aux ressortissants de plusieurs pays

Dans le même temps, Sergueï Lavrov a annoncé qu'un décret était en préparation pour limiter l'accès au territoire russe aux ressortissants de pays auteurs d'actes "inamicaux", en pleine vague de sanctions contre Moscou.

"Un projet de décret présidentiel est en préparation pour introduire des mesures de représailles, concernant les visas, en lien avec les actions inamicales de plusieurs gouvernements étrangers", a déclaré Sergueï Lavrov, lors d'une réunion du parti au pouvoir Russie unie, sans préciser les pays et les types de personnes sanctionnés en particulier.

Face aux sanctions économiques occidentales, Moscou a toutefois publié début mars une liste de pays "inamicaux" qui comprend notamment les Etats-Unis, les membres de l'Union européenne, le Royaume-Uni, le Canada, le Japon, la Suisse, Taïwan, la Corée du Sud, la Norvège et l'Australie.

• Un journal indépendant russe suspend sa parution

"Pas d'autre solution" face à la "censure militaire": le journal indépendant russe Novaïa Gazeta a annoncé lundi suspendre ses publications jusqu'à la fin de l'intervention en Ukraine, en plein durcissement du Kremlin contre les voix dissonantes.

Pilier du journalisme d'investigation, Novaïa Gazeta publie depuis près de 30 ans des enquêtes sur la corruption et les violations des droits humains en Russie. En 2021, ce travail a valu à son rédacteur en chef, Dmitri Mouratov, le Prix Nobel de la Paix.

Hugues Garnier avec AFP Journaliste BFMTV