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Switcher, le textile 100 % traçable

Sur tous les produits Switcher, un code qui permet de suivre son parcours

Sur tous les produits Switcher, un code qui permet de suivre son parcours - -

Il y a des entrepreneurs capables de prendre une problématique à l'envers. Beaucoup délocalisent et produisent dans des pays à bas coût. Il est possible de le faire en y intégrant une démarche éthique. Et en prime d'inverser la vapeur. C'est le cas de Robin Cornelius le créateur de Switcher qui était, il y a quelques jours, à Paris.

Robin Cornelius, c'est un peu Mister Bean au pays des grands patrons. Un dirigeant d'entreprise totalement atypique et qui ose là où d'autres restent encore frileux. Trop frileux. Il y a 32 ans, il faisait du développement durable quand le mot n'existait même pas. Robin Cornelius parle fort, adore faire des grimaces et provoquer l'hilarité de son auditoire mais il sait ce qu'il fait quand il parle business.

1980. L'aventure nait d'une amitié. Robin Cornelius et l'Indien Duraï s'associent pour créer une marque de vêtements fabriqués dans une usine indienne, Prem Group au Tamil Nadu. Ils seront vendus en Suisse. Mais il est hors de question pour l'entreprise de profiter de la situation. Avec Prem Group, il supervise constamment les conditions de travail des salariés, mais aussi de l'ensemble du territoire sur lequel est implantée l'usine. Cela aboutit au financement d'écoles et bus-écoles pour les enfants isolés ou encore à l'acheminement de l'eau potable aux villages environnants. La relation se tisse aussi avec les fournisseurs au fil du temps. Ils sont une vingtaine. En moyenne, ils travaillent sept ans ensemble.

70% fabriqués en Europe

Le défi est d'autant plus important que le textile est une industrie polluante. Pesticides et consommation d'eau importante. Le coton est certainement la plante la plus polluante. Plus de 400 litres d'eau pour un simple tee-shirt, cela peut faire réfléchir. L'usine en Inde recycle donc elle-même près de 800.000 litres d'eaux usées par jour, et récupère la quasi-totalité du sel qu'elle utilise. Sans parler des éoliennes qui font tourner la filature

Mais Robin Cornelius prend désormais un nouveau virage. Le "Made in Europe". Dorénavant 70% de ses articles sont fabriqués en Europe. Portugal voire Turquie. Contrairement à ce que l'on peut dire, cette solution présente des avantages: des stocks qui tournent plus vite, moins de déplacements et globalement une meilleure qualité. Même si cela coûte un peu plus cher: une hausse de 20%. La marge est réduite mais Switcher y trouve son avantage.

Transparence absolue

Robin Cornelius avec son langage imagé aime bousculer les idées reçues. "La durabilité c'est aussi la durée dans le temps". Et un tee-shirt que l'on garde c'est aussi du plaisir. Au point d'imaginer un tampon apposé le jour de l'achat avec la date. "N'oublions pas que l'homme aime consommer. Il ne faut pas pas être moralisateur et avoir le plaisir de se lâcher." Le développement durable devient donc ludique et instructif.

Avec le concours de Gilles Dana, ami de très longue date et collaborateur aussi discret que son patron est tonitruant, Robin Cornelius a inventé l'étiquette qui parle. Au milieu des consignes de lavage, un code. Il suffit de le taper dans votre ordinateur sur un site bien précis et apparaissent la composition mais aussi le nom du fournisseur, la photo du patron de l'usine et même son téléphone ( si un détail vous échappait par hasard). Une transparence absolue. D'ailleurs les fournisseurs ont un cahier des charges bien précis. Et à ceux qui se diraient qu'une telle démarche coûte cher, Robin Cornelius répond: "n'importe quoi. Trois centimes d'euros par tee-shirt!"

En Suisse, Robin Cornelius est une icône. Un taux de notoriété de 92% pour Switcher. Il n'envahit pas encore la France et mise dans un premier temps sur le corporate, les entreprises étant de plus en plus à cheval sur la qualité de leurs fournisseurs. La loi NRE qui intégre les enjeux environnementaux y est pour beaucoup. Une première étape vers la production de masse... éthique.

Nathalie Croisé de BFM Business