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Le Parlement européen va trancher pour ou contre la pêche électrique

La pêche électrique qui présente l'avantage de ne pas trop racler le fond de la mer, ne laisse en revanche guère de chance à la ressource halieutique.

La pêche électrique qui présente l'avantage de ne pas trop racler le fond de la mer, ne laisse en revanche guère de chance à la ressource halieutique. - BFMTV

Le sort de la pêche électrique, dont la pratique était appuyée par les Néerlandais, a été scellé mardi au Parlement européen.

Les députés européens réunis mardi en séance plénière à Strasbourg ont posé la première pierre pour que soit mis un terme à "l'expérimentation" de la pêche électrique. Ils se sont opposés à une dérogation proposée par la Commission, qui veut autoriser la pratique à une plus large échelle dans la mer du Nord.

Le bras de fer opposait notamment les Pays-Bas, qui défendaient la pratique et la France, qui la récusait. Si elle est généralement interdite depuis 1998 dans les zones maritimes communautaires, la pêche électrique restait cependant autorisée "à titre expérimental", dans la zone la plus méridionale de la mer du Nord.

Concrètement, la réglementation européenne autorisait 5% de la flotte de chalutiers à perche d'un Etat membre à utiliser la technique. Si beaucoup de pays s'y refusaient, notamment la France et l'Allemagne, les Pays-Bas vantaient au contraire les mérites d'une pêche qui permettrait une économie de gazole, tout en n'ayant qu'un impact négligeable sur l'environnement. Actuellement, détaille Libération, 84 de leurs bateaux sont équipés de filets électrifiés, soit 28% du total. Et sans qu'aucune remontrance de la Commission ne les frappe.

> De nombreuses oppositions

Sans grand impact sur l'environnement? Faux, ont répondu associations d'environnement telles que Bloom, qui a lancé une vaste campagne contre cette pêche et porté plainte en octobre contre les Pays-Bas auprès de la Commission européenne.

Deux cent quarante-neuf députés français de tous bords s'étaient saisis du dossier. Dans une tribune parue dans Le Monde, ils dénonçaient "cette pratique qui fait honte à l'Europe et nous décrédibilise sur la scène internationale".

En outre, plus de 200 chefs cuisiniers français, parmi lesquels de nombreuses grandes toques, avaient signé un manifeste contre la pêche électrique en Europe, s'engageant "à n'acheter aucun produit de la mer issu de cette méthode de pêche". "Pour agir dans l'intérêt de l'équilibre des écosystèmes, une révision des études concernant les impacts des chaluts électriques sur les substrats ainsi que sur les espèces ciblées et non ciblées est incontournable", déclare Philippe Vallette. Le directeur général de Nausicaá, Centre national de la mer à Boulogne-sur-Mer, a lancé le programme Mr Goodfish en 2010, une initiative destinée à sensibiliser consommateurs et professionnels à la consommation durable des produits de la mer.

> En quoi consiste cette pêche?

Les opposants craignaient que des changements dans la législation permettent un élargissement de cette pratique qui consiste à envoyer des impulsions électriques dans le sédiment pour y capturer des poissons benthiques, c'est-à-dire vivant au fond des mers. Mais en quoi consiste cette méthode?

La pêche électrique a pour objet d'envoyer des impulsions électriques dans la couche sédimentaire qui couvre le fond marin, afin de déloger les poissons plats qui y vivent: sole, barbue, turbot et plie. Etourdis, les animaux sont ensuite facilement ramassés.

Mais pour les opposants, la pêche électrique reste bien trop efficace. La présidente de Bloom, Claire Nouvian, expliquait ainsi en novembre que l'électrocution des poissons créait des lésions considérables, comme des ruptures de leur colonne vertébrale, des hémorragies et des dommages aux œufs. Quand un chalutier ainsi outillé passe, toute la faune trépasse. Selon une synthèse réalisée en 2016 par le CIEM (Conseil international pour l'exploitation de la mer) beaucoup de cabillauds ont notamment la colonne vertébrale fracturée après avoir été pris de convulsions.

Le 15 novembre, une tribune écrite par des scientifiques et publiée dans Le Monde en appelait à l'Union européenne pour l'enjoindre de refuser cette surpêche. Les auteurs s'inquiètent ainsi de "l'évolution des pêches européennes", confrontées à "une efficacité toujours plus grande pour un impact environnemental également plus important".

Les eurodéputés ont donc jugé que la pêche électrique représente un danger pour la ressource halieutique.

David Namias