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Cultiver des micro-algues sur les façades des immeubles

Dans cette bio-façade le consortium mené par le cabinet d'architectes X-TU Research teste la culture de micro-algues en milieu fermé et de façon verticale de façon à réduire la consommation d'eau et d'énergie.

Dans cette bio-façade le consortium mené par le cabinet d'architectes X-TU Research teste la culture de micro-algues en milieu fermé et de façon verticale de façon à réduire la consommation d'eau et d'énergie. - Crédits photo : nom de l'auteur / SOURCE

En 2030, cinq milliards d'hommes vivront en ville. Pour la préservation du cadre de vie urbain, on pense de plus en plus... aux micro-algues: pourquoi ne pas les cultiver sur nos immeubles? Des tests sont en cours à St-Nazaire sur des "bio-façades".

Et si vous deveniez algoculteur? Derrière ce mot barbare, un potentiel énorme, celui des micro-algues. Il en existe plus de 200.000 tonnes dans le monde, or, nous en cultivons à peine une dizaine. Santé, cosmétique, alimentation: les débouchés sont considérables.

Jusqu'à présent, les micro-algues sont cultivées dans des champs ou des piscines qui consomment beaucoup d'eau et d'énergie. Le projet Symbio 2, porté par le cabinet d'architectes XTU, vise à amener ces cultures en ville sur les façades des immeubles. Dans le monde, 50% des surfaces ne sont pas utilisées. Plusieurs experts participent au projet: le Gepea, laboratoire de recherche en micro-algues, Séché Environnement, très concerné par la revalorisation des déchets, AlgoSource Technologies, à l'origine de la production, et le cabinet Oasiis.

Une facture énergétique réduite de 80%

C'est du côté de St-Nazaire qu'un prototype a été mis au point. Des tests sont en cours pour mieux comprendre le potentiel de ces micro-algues. Un photo-bioréacteur ou, pour mieux comprendre, un aquarium aux parois très fines - à peine 2 centimètres - est posé le long de la façade. À l'intérieur, des micro-algues maintenues à 25 degrés (elles ont besoin des mêmes conditions que les êtres humains que nous sommes) et agitées en permanence.

Elles se démultiplient en huit heures et peuvent ainsi être récoltées tous les deux jours. Ces phytoplanctons se développent 20 à 50 fois plus vite que les végétaux terrestres. L'ensemble est raffiné puis vendu à des laboratoires ou à des groupes de cosmétique. Ce sont des produits à forte valeur ajoutée qui peuvent atteindre les 7.000 euros le kilo, et jusqu'à 20.000 dans certains cas.

Ces champs verticaux, mis au point par ce groupement d'entreprises, ont l'avantage de limiter la consommation d'eau de 90% et la facture énergétique de 80%. Cette dernière représente les deux tiers du coût de revient de l'algoculture. Jusqu'à présent, ces micro-algues sont cultivés en petite qualité. À peine 20.000 tonnes dans le monde. Avec cette nouvelle forme de culture, il devient possible de valoriser en milieu fermé de nouvelles souches à forte valeur ajoutée. Elles sont bien précieuses dans le secteur de l'alimentation. Elles permettent des anti-oxydants ou encore des immuno-stimulants.

Une première réalisation grandeur nature en 2015

Avec cette double peau, les avantages pour le bâtiment sont nombreux. La facture énergétique peut être réduite de 50%, sans parler des capacités d'absorption du CO2. Et puis la ville change de visage. N'allez pas imaginer qu'elle va seulement se teinter de vert. Les micro-algues peuvent prendre toutes les couleurs de la nature. Pour mieux le percevoir, le projet va changer d'échelle l'an prochain.

XTU travaille sur un programme de recherche collaboratif, consécutif à un appel à projet interministériel. Il porte sur la centrale de valorisation des déchets de Nantes Métropole de Séché Environnement: 300 à 400 m² de surface seront bientôt recouverts de ces photo-bioréacteurs. Une première bio-façade verra donc le jour en 2015.

Nathalie Croisé de BFM Business