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Comment les forêts s'adaptent au changement climatique

Des arbres grillés dans une forêt à proximité de Masevaux, dans le Haut-Rhin, en juillet 2019

Des arbres grillés dans une forêt à proximité de Masevaux, dans le Haut-Rhin, en juillet 2019 - Frederick Florin-AFP

Le réchauffement climatique met les forêts à rude épreuve. D'autant qu'il est si rapide qu'il ne permet pas aux arbres de s'adapter progressivement. Une spécialiste explique à BFMTV.com les solutions pour que ces réserves de biodiversité ne disparaissent pas.

Les forêts souffrent elles aussi du réchauffement climatique. Cette année, certains sapins des Vosges sont devenus marrons, morts de soif sur pied. Pour d'autres espèces, comme le chêne, les signes de souffrance semblent moins visibles: des petites branches noircissent, le feuillage est moins dense, certaines feuilles paraissent brûlées. 

Le paysage marqué

"Au sein d'une même forêt, tous les arbres ne dépérissent pas, indique à BFMTV.com Brigitte Musch, responsable du conservatoire génétique des arbres forestiers à l'Office national des forêts (ONF). Ce sont des individus par-ci, par-là. Les arbres ne sont pas brûlés au lance-flammes mais cela marque de plus en plus le paysage et nous frappe nous, les forestiers."

Les premiers signes des conséquences du réchauffement climatique sur les forêts sont apparus en 2003. "On est habitué aux épisodes de sécheresse et de chaleur dans le Sud-Est mais cela n'allait pas aussi loin dans le Nord", poursuit Brigitte Musch.

Cette spécialiste qui travaille sur l'adaptation des forêts remarque aussi que dans les pommes de pin, les graines se font plus rares. "Cela est dû à la présence d'insectes qui n'étaient pas là jusqu'à présent. Ils remontent progressivement, à la faveur de conditions climatiques qui leur sont avantageuses."

La sélection naturelle

D'autres signes sont moins visibles mais tout aussi inquiétants: les arbres stockent moins de réserves. "Cela les affaiblit sur le long terme, ajoute Brigitte Musch. Quand un arbre respire, il absorbe du CO2 pour le transformer en carbone, en bois et protéines. Avec le réchauffement, il essaie de limiter sa respiration et sa transpiration." Pourtant, l'enjeu est de taille: un arbre de 5m2 peut absorber 5 tonnes de CO2, ce qui représente cinq vols aller-retour entre Paris et New York. 

Il y a urgence, s'inquiète pour BFMTV.com Adeline Favre, coordinatrice du réseau forêt à France nature environnement. "Les forêts sont les premiers puits de carbone terrestres. Elles absorbent 15% de nos émissions de CO2 et le stockent durablement si le bois n'est pas brûlé." Refuges pour la biodiversité, fixation et qualité des sols, rafraîchissement de l'air et régulation de la température: les bienfaits des forêts sont multiples. "On en a besoin", rappelle-t-elle.

Les épisodes de plus en plus fréquents de sécheresse ainsi que les fortes températures mettent pourtant en péril leur survie. D'autant que le réchauffement climatique est si rapide qu'il ne laisse pas le temps aux arbres de s'adapter. 

Mais l'avenir n'est pas forcément noir. Car les forêts sont pleines de ressources et se transforment déjà naturellement. "On ne sait pas encore pourquoi certains arbres résistent et d'autres pas mais il y a ce qu'on appelle une sélection naturelle, explique Brigitte Musch. Au sein d'une même espèce, certains arbres vont réussir à s'adapter et à se reproduire pour transmettre ce patrimoine génétique."

"Un pari sur l'avenir"

Sans compter que l'humain peut aussi leur donner un coup de pouce. C'est ce que les spécialistes appellent la migration assistée. "On hâte ce que ferait la nature, analyse la généticienne. On transforme la forêt de manière quasi naturelle." Par exemple: au sein d'une même espèce, des chênes d'une zone aride sont introduits dans une région où leurs semblables sont habitués à des conditions climatiques plus clémentes.

En se reproduisant avec ces chênes, ils pourraient ainsi améliorer leur patrimoine génétique et rendre la forêt plus résistante au réchauffement. C'est notamment le cas avec des individus de chêne sessile des Alpes-de-Haute-Provence, implantés avec succès dans la Meuse.

"On apporte de la diversité, poursuit Brigitte Musc. Mais cela prend du temps. Un chêne ne peut se reproduire qu'à l'âge de 50 ans, ce sont des échelles de temps très longues. C'est un pari sur l'avenir."

Jusqu'où les arbres peuvent-ils s'adapter?

L'autre solution, c'est de planter de nouvelles espèces. Mais pas question pour autant de voir éclore des baobabs dans les Alpes. "On envisage des variétés proches génétiquement qui vont pouvoir s'hybrider, comme certains chênes méditerranéens, dans le respect des écosystèmes locaux." Car le risque est de mettre en danger la population que l’on voulait sauver, notamment si l'espèce implantée est invasive ou si sa graine est porteuse de champignon.

Inversement, des arbres habitués aux conditions climatiques du Nord vont être plantés dans le Sud afin d'étudier leurs capacités d'adaptation.

"Aujourd'hui, des chênes qui ont connu le Petit Âge glaciaire sous Louis XIV vivent toujours. Les arbres peuvent donc survivre à un choc thermique. Jusqu'où sont-ils capables de réguler leur transpiration, se reproduire plus vite et faire évoluer leur génome? Nous n'avons pas encore la réponse."
Céline Hussonnois-Alaya