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Robert Kirkman commente la fin de "The Walking Dead", dont il se dit "très fier"

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Attention spoilers - Robert Kirkman, de passage au festival de la BD d’Angoulême, explique à BFMTV pour quelles raisons il a choisi de terminer sa célèbre bande dessinée.

Robert Kirkman est le scénariste de quelques-uns des comics les plus marquants des vingt dernières années, avec notamment Invincible, Outcast, Oblivion Song et The Walking Dead. Invité d'honneur du festival de la BD d'Angoulême, l'Américain est au centre d'une exposition immersive où les visiteurs peuvent déambuler dans ses univers pop.

À cette occasion, Robert Kirkman publie en France sa nouvelle série Die! Die! Die! et surtout la fin de The Walking Dead, dont l'annonce surprise a pris de court ses fans l'été dernier. Kirkman a accepté de revenir pour BFMTV sur cette fin aussi inattendue que choquante. Et il commente les choix qui ont conduit à la mort, si mémorable, de Rick Grimes, l’iconique héros de cette série débutée en octobre 2003.

Comment avez-vous approché la mort de Rick?

Ce qui est très important dans cette scène, c'est le silence. Il n’y a aucune onomatopée. Le pistolet a un silencieux. On voulait qu'il n'y ait aucun son pour que l'on ressente la scène au ralenti, comme si on était au cinéma. On voulait que le lecteur ressente un aussi gros choc que lui. Dans les pages précédentes, le pistolet était pointé en direction de Rick. On a déjà vu à de multiples reprises ce genre de scènes dans The Walking Dead. Rick a déjà été menacé et accusé, mais il a toujours su s'en sortir. Cette scène est l’unique fois où il n'a pas cette chance. C'était très important qu'il ne meure pas instantanément. Je voulais que l'on puisse voir les regrets dans le regard de Sebastian.

Mettre en scène la mort de Rick a-t-il été difficile pour vous?

Non, parce que je savais que le volume d'après marquait la fin de la série. Beaucoup de lecteurs, en revanche, l’ignoraient. Ils ont été chamboulés par la mort de Rick Grimes. Ils se demandaient dans quelle direction allait continuer la série. On a reçu beaucoup de mails de fans nous demandant ce qu'on allait faire après! 

Comment avez-vous imaginé Rick en marcheur?

Avec cette scène, on a essayé d'aller aussi loin que possible dans l’émotion. Comme beaucoup de temps s'est écoulé [depuis l’assassinat de Rick, NDLR], on savait que Rick serait devenu un marcheur et qu’au moment où Carl le découvrirait il serait debout et revenu à la vie. Ce qui est intéressant dans cette scène, c’est qu’elle peut être mise en parallèle avec le chapitre 50. Carl, dans ce numéro, est bien plus jeune et croit que son père, qu’il voit se déplacer comme un zombie, est mort. Mais Rick est dans l’ombre et Carl n’a pas compris que son père venait de se réveiller! Carl réagit en reposant son pistolet: "Je ne peux plus vivre comme ça", dit-il. Il abandonne. Il attend d’être tué par son père qu’il croit zombifié. C’était il y a plus de 140 chapitres. Carl est maintenant bien plus vieux. Il est horrifié quand il voit le marcheur. Il est aussi effrayé que lorsqu’il était enfant, mais son instinct est plus fort que tout et il tire avant qu’il ait pu comprendre son geste. Plus tard dans le chapitre, dans une autre scène, il explique qu’il n’a pas compris que c’était son père...

Depuis combien de temps saviez-vous que Rick aller mourir? 

J’ai toujours su que Rick finirait ainsi et que l’histoire se terminerait avec sa mort. Je savais que ses actions dans l’arc du Commonwealth le conduiraient à sa perte. Je savais que sa mort devait coïncider avec le moment où il aurait réparé le monde et trouvé une communauté suffisamment grande pour reconstruire la civilisation et imaginer une société plus altruiste que la précédente. Rick ne pouvait laisser tomber sa garde qu’au moment où la civilisation et la paix étaient en train de revenir. Dans l’arc de la prison, Rick n’aurait jamais laissé tomber sa garde. Personne n’aurait pu le surprendre de cette manière et le tuer.

Que ressentez-vous en regardant la dernière image de la série, qui représente Carl et sa fille en train de lire les récits des exploits de Rick?

Cette image me rend heureux. The Walking Dead est le livre le plus triste et le plus sinistre sur lequel j’ai travaillé. C’était la plus belle scène pour terminer cette série. Si vous en êtes aux chapitres 10 ou 65 de The Walking Dead et que vous savez que cette image est la dernière de la série, vous ne devriez pas pouvoir la comprendre: "Comment ce type peut-il être assis paisiblement dans son rocking chair en train de lire une histoire à sa fille? C’est impossible dans ce monde!" (Rires). Après l’éprouvant voyage qu’est cette série, après avoir vécu ce qu’ont vécu ces personnages, vous avez mérité cette image. C’est aussi l’aboutissement de l’enseignement de Rick à Carl. C’est une belle récompense pour le lecteur. Je suis très fier de cette fin.

Vous aviez cette image en tête depuis 2013?

Oui. The Walking Dead a commencé à paraître en 2003. J’en parle dans la postface de l’épilogue. J’ai envisagé plusieurs fins que j’ai évincées au fur et à mesure des années. J’en ai eu l'idée un peu tardivement. Une fois que j’avais cette image en tête, je savais exactement ce que je devais écrire pour y parvenir. On devait être au chapitre 70 ou 80 quand j’ai eu l’idée. 

Vous avez gardé le secret pendant six ans! 

J’en ai parlé à Charlie [Adlard, le dessinateur de la série, NDLR] il y a six ans environ. À part lui, personne ne savait. Je ne sais pas si mon éditeur, Sean Mackiewicz, était énervé, mais il a été très surpris! Il a découvert que le dernier numéro était le dernier en terminant le scénario. Je lui avais juste dit que c’était un numéro particulier, avec une pagination plus importante. J’écrivais le script dix pages à la fois, au compte-goutte, pour que Charlie soit occupé. Il ignorait dans quelle direction l’histoire allait en lisant le scénario. J’ai agi de la sorte, parce que je voulais qu’ils réagissent comme le feraient des lecteurs de la série. Je voulais que les gens soient surpris par la fin. 

Le ton de ce dernier tome est plus apaisé. La société se reconstruit. On dirait presque un western, avec le mythe de la nouvelle frontière…

Oui, c’est la naissance d’un nouveau monde. Il y a beaucoup d’espoir...

C’est très américain. 

Oui, je suppose que c’est très américain. J’espère qu’en lisant le dernier numéro le lecteur comprendra comment cette nouvelle civilisation évoluera. J’ai glissé beaucoup de détails dans ce sens. Le mode de vie est différent, moins dangereux. C’est pour cette raison que l’histoire s’arrête et que l’on ne suit plus la vie de ces gens. Ils ont réussi. Leur mission est terminée. Ce monde continue de tourner sans nous. 
Jérôme Lachasse