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Avec Oblivion Song, le créateur de The Walking Dead surfe sur la mode du genre post-apocalyptique

Oblivion Song

Oblivion Song - Delcourt

Située dans une univers post-apocalyptique, la nouvelle BD du créateur de The Walking Dead est sortie en mars en France. Rencontre avec le dessinateur de cette série.

Créateur de The Walking Dead, d'Invincible et d'Outcast, Robert Kirkman revient avec une nouvelle série: Oblivion Song. Derrière ce nom mystérieux se cache une BD post-apocalyptique illustrée par l’Italien Lorenzo De Felici. Le pitch est simple: après l'apparition d'une dimension parallèle peuplée de monstres, la moitié de la population de Philadelphie a disparu. Robert Kirkman, qui a intronisé Lorenzo De Felici, lui a confié la lourde tâche de concevoir l’univers graphique de cette nouvelle histoire: 

"C’est une série qui s’appuie beaucoup sur l’aspect visuel, explique ce dernier. La moitié de l’intrigue se déroule dans une autre dimension. Robert Kirkman avait besoin d’imaginer cet endroit et de quelqu’un qui l’aide à accoucher de cette vision. Il m’écrit une brève description, puis je dois créer les créatures, la flore, l’environnement. C’est beaucoup de travail".

C'est par hasard que Robert Kirkman a contacté Lorenzo De Felici. "Un jour, il m’a envoyé un email me proposant de collaborer avec lui sur une nouvelle série en tant que co-créateur. J’ai été très surpris. Je ne lui avais envoyé aucun portfolio. Plus tard, il m'a expliqué qu’il avait vu mes dessins sur Internet grâce à Cory Walker, le co-créateur de sa série Invincible".

Entre la première prise de contact et le début du travail sur Oblivion Song, il s'est écoulé deux années: "J’ai attendu sans savoir ce qu’il allait se passer", sourit Lorenzo De Felici. "Il attendait d’avoir quelque chose à m’offrir. Il avait l’idée d’Oblivion Song depuis très longtemps, mais il n’avait pas envie de se rajouter un autre projet. Il avait déjà The Walking Dead, Outcast, Invincible… Dès que Invincible s’est arrêté, il a pu se consacrer à Oblivion Song".

Oblivion Song, la nouvelle BD du créateur de The Walking Dead
Oblivion Song, la nouvelle BD du créateur de The Walking Dead © Delcourt

Dessiner les monstres

Pour imaginer le monde post-apocalyptique d'Oblivion et les créatures qui le peuplent, Lorenzo De Felici s'est appuyé sur les connaissances qu'il a acquise avec ses parents biologistes. C'est grâce à eux qu'il a pu imaginer comment chacune de ses créatures vit. "Dans mon esprit, chaque créature possède son propre fonctionnement biologique". Il a conçu les créatures par rapport à l'environnement d'Oblivion, constitué de fongus et de plantes grimpantes et rampantes: 

"Je voulais que les créatures soient crédibles dans Oblivion. J'ai dessiné une sorte de jungle. C'est pour cette raison que certaines créatures ont de longs bras et d’autres plusieurs yeux".

Ces monstres ne sont d'ailleurs pas toujours présents: le scénario de Kirkman alterne entre les scènes dans Oblivion et le retour au monde réel. Un va-et-vient qui s'avère salutaire pour le dessinateur: "Lorsque je dois dessiner uniquement ce que j’aime, je me sens gâté. J’aime être contraint de dessiner avec des règles".
BD
BD © Casterman / Les Editions de la Cerise

Le genre post-apocalyptique a le vent en poupe

Oblivion Song n'est pas l'unique BD récente à explorer le genre post-apocalyptique. Le diptyque Résilience, publié par les éditions Casterman, décrit l'Europe de la fin du XXIème siècle. Devenu un désert agricole, le continent est gouverné par une puissante multinationale, qui exploite 90% des terres agricoles. Conçue par Augustin Lebon et Louise Joor, cette série s'inscrit dans la lignée de Mad Max.

Dans un style graphique complètement différent, In-humus, illustré par la dessinatrice Linnea Sterte, mêle aussi conscience écologique et récit post-apocalyptique. Exit l'Europe ou les Etats-Unis. L'intrigue se déroule dans un désert lointain, à une époque incertaine. Cet ouvrage étrange, quasi muet et dont le dessin fait penser à Mœbius et à Hayao Miyazaki, raconte la putréfaction d'une baleine et le quotidien des hommes et insectes qui la dépècent et y vivent. Dans une veine similaire, le même éditeur propose Aquaviva de Guillaume Trouillard, un récit muet post-apocalyptique. 

Zep
Zep © Rue de Sèvres

Zep, le créateur de Titeuf, propose enfin chez Rue de Sèvres The End, thriller botanique où la nature reprend ses droits sur l'homme. Pour la première fois de sa carrière, il a dessiné des squelettes. L'exercice lui a plu: "Je ne suis pas un fan de trucs morbides, mais j'ai toujours aimé l’idée de l’érosion. J’adore dessiner les bâtiments rongés par la végétation, qui commencent à se casser. Je trouve fascinant de voir comment les constructions humaines sont façonnées par la nature".

Il ajoute: "Dans The End, j’ai dû dessiner des cadavres. Autant les cadavres de gens allongés sur le sol m’intéressent moyennement, autant je trouve la décomposition assez fascinante. Je n’avais pas envie d’en faire quelque chose d’effrayant. Suivant ce qu’on a bouffé, on peut avoir une fleur qui nous sort du ventre. La décomposition humaine est favorable à faire pousser la nature". En le voyant dessiner ces scènes, ses enfants étaient fous de joie: ils pensaient que Zep dessinait ... The Walking Dead.

Oblivion Song, Robert Kirkman (scénario), Lorenzo de Felici (dessin), Annalise Leoni (couleur), Delcourt, 136 p., 16,50 euros.

The End, Zep (scénario, dessin et couleur), Rue de Sèvres, 88 p., 19 euros.

In-Humus, Linnea Sterte (scénario, dessin et couleur), Les Editions de la Cerise, 148 p., 20 euros. 

Résilience, deux tomes, Augustin Lebon (dessin et scénario, avec Hugo Poupelin et Louise Joor), Casterman, 58 p., 15,50 euros.

Jérôme Lachasse