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Mort de Philippe Séguin, gaulliste social

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Décès brutal de Philippe Séguin. Le Premier président de la Cour des comptes a succombé a une crise cardiaque cette nuit. Il avait 66 ans.

Philippe Séguin, c'était l'un des derniers piliers du gaullisme. Né à Tunis en 1943, il entame un parcours « classique » : Sciences po à Aix, puis l'ENA et un début de carrière dans différents cabinets ministériels. Gaulliste atypique, membre du RPR, il a du mal à trouver sa place à droite, ne se reconnaissant ni dans Raymond Barre, ni dans Valéry Giscard d'Estaing. Il crée même son propre courant, le Séguinisme. Il gravit ensuite progressivement tous les échelons : Maire d'Epinal de 1983 à 1997, député des Vosges de 1978 à 2002 puis ministre en 1986.

Le Non à Maastricht

En 1992, Philippe Séguin occupe le devant de la scène politique française : il s'engage pour le « non » au traité européen de Maastricht voulant préserver l'indépendance de la France et craignant une Europe trop libérale. En 1993, il préside l'Assemblée nationale pour 4 ans avant la dissolution et prend dans la foulée les rênes du RPR pour deux ans (97-99).

Gaulliste social

En 1995, il soutient la candidature de Jacques Chirac à la présidentielle. Gaulliste social, il inspire le discours sur la fracture sociale au candidat Chirac... avant de se fâcher avec le président Chirac en 2002. Il refuse alors d'intégrer l'UMP et se retire de la vie politique. Philippe Séguin, c'était aussi une certaine idée et une certaine pratique de la politique : liberté de ton, d'esprit, capable de coups de gueule même contre son propre camp. Poil à gratter qu'il saura rester... après avoir réintégrer la Cour des comptes dont il prend la présidence en 2004. Il y a encore quelques jours, il avait critiqué la politique de Nicolas Sarkozy : notamment la hausse de la fiscalité locale et les dépenses de l’Elysée pour effectuer des sondages d’opinion.

Hollande : « Un être libre et républicain »

François Hollande, ancien premier secrétaire du Parti Socialiste appréciait la conscience politique de celui qui fut un adversaire, brillant et respectable : « Il avait des convictions. Il les exprimait franchement, sincèrement, brillamment. Rien ne semblait peser sur ses décisions sauf sa conscience. Je ne partageais pas toujours ses convictions, mais je les respectais.
J'avais approché François Mitterrand peu de temps après le débat (ndlr : il l'avait affronté en 1992 dans le débat sur le traité de Maastricht) et il était tout à fait satisfait de cet entretien. Parce que Philippe Séguin avait donné sa position et en même temps il était plein de respect pour celle du Président de la République. Il était apparu comme un être libre et en même temps républicain. »

Pasqua : « Un amour viscéral pour la France »

Les premières réactions à droite également. Et d'abord celle de l'ancien ministre de l'Intérieur et également sénateur UMP Charles Pasqua : « il avait un amour viscéral pour la France, une intelligence et des qualités exceptionnelles... il aurait pu prétendre aux plus hautes fonctions de la République. Mais son ambition se résumait à ceci : servir. Et s'il avait eu la préscience de ce qui lui arrivait, il n'aurait eu aucun regret sur sa vie. »

Du côté du gouvernement, et notamment du ministre de l'Immigration, Eric besson, on salue « une forte personnalité, parfois de très mauvais caractère, une "grande gueule" pour RMC ».
« Atterré » par cette nouvelle, Dominique Paillé, porte-parole de l'UMP évoque « un personnage hors-normes, qui a beaucoup marqué l'histoire de notre mouvement politique et sur lequel nous étions un grand nombre à nous reposer, tant ses conseils étaient éclairés. »

Attali : « Un ami d'une grande fidélité »

Bien que d'un autre bord politique que Philippe Séguin, Jacques Attali a bien du mal à parler aujourd'hui au passé de son ami de longue date : « nous étions ensemble à l'ENA et ce n'était pas simplement un voisinage scolaire, c'était vraiment une sorte de coup de foudre intellectuel qui nous a réunis, alors que nous étions de deux planètes. Pendant la cohabitation, il était ministre et moi derrière, à la table du Conseil des ministres ; il me passait des petits mots, à la grande colère de Jacques Chirac. C'était un grand homme public, totalement dévoué à la France. Exigeant, indépendant, très drôle et gentil, il était un ami d'une grande fidélité. Il pardonnait tout à ses amis et rien à ses ennemis. »

La rédaction - A.Trautmann