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Les Buttes-Chaumont ont 150 ans: l'incroyable histoire du jardin de l'Est parisien

Le jardin du 19e arrondissement a été inauguré en 1867 après quatre années de travaux titanesques

Le jardin du 19e arrondissement a été inauguré en 1867 après quatre années de travaux titanesques - Wikimedia

Le parc, parmi les plus grands de Paris, a été construit sous l'impulsion de Napoléon III, qui souhaitait apporter un brin de nature aux quartiers populaires de la capitale.

Le parc des Buttes-Chaumont souffle cette année sa 150e bougie. Étendu sur quelque 25 hectares, ce qui en fait l'un des plus vastes espaces verts de la capitale, le jardin du Nord-Est de Paris a été inauguré en 1867 après quatre années de travaux titanesques. 

D'anciennes carrières de gypse

Dès l'Antiquité, le sous-sol de "Lutèce la blanche", qui regorge de gypse, est exploité pour la fabrication du célèbre "plâtre de Paris". Après la Révolution, de grandes carrières sont notamment creusées à Belleville, qui est alors une commune indépendante de Paris. Le gypse transformé en plâtre sert à construire les immeubles des quartiers plus centraux. Il est aussi acheminé jusqu'aux États Unis - ce qui vaudra à l'endroit le surnom de "quartier d'Amérique".

Vallonné, aride, le lieu, qui sert aussi de fosse à fumier et de station d'équarissage pour les cadavres de chevaux est sinistre. La nuit, les carrières et leurs anfractuosités servent d'abri à tous les miséreux de la capitale. 

Les "carrières d'Amérique", ici en 1852, étaient situées à l'emplacement actuel du parc des Buttes-Chaumont.
Les "carrières d'Amérique", ici en 1852, étaient situées à l'emplacement actuel du parc des Buttes-Chaumont. © Wikimedia

Un chantier pharaonique

Les carrières parisiennes sont peu à peu dynamitées à partir de 1850 et celles de Belleville cessent de tourner quand la commune est officiellement annexée à Paris, en 1860. Restent 25 hectares d'un terrain accidenté et aride, sur lequel pas un brin d'herbe ne pousse - "Chaumont" est d'ailleurs la contraction de Calvus Mons, en latin, ou Mont chauve. 

Napoléon III, qui arrive à la fin de son règne et s'est engagé dans une politique de grands travaux pour la capitale aux côtés du baron Haussmann, conçoit alors l'idée folle de construire dans cet endroit malfamé un beau jardin. Débutent trois ans d'un chantier titanesque mobilisant 1.000 ouvriers, 100 chevaux et deux machines à vapeurs.

Le modèle d'un paysage de montagne

L'empereur confie la réalisation de son bijou vert au directeur des promenades de Paris, Jean-Charles Alphand - déjà chargé de l'aménagement des parcs Monceau et Montsouris et des bois de Boulogne et Vincennes. Épaulé par l'architecte Gabriel Davioud, l'ingénieur Eugène Belgrand et le jardinier Jean-Pierre Barillet-Deschamps, il imagine un jardin à l'anglaise qui figure, au cœur de la ville, un paysage de montagne suisse. Lac, falaises, cascades mais aussi grottes, alpages et belvédères: tout est fait pour donner aux Parisiens des quartiers populaires une impression de nature brute... même s'il n'en est rien. Des imitations de troncs d'arbre aux fausses stalactites, le parc est un petit musée du trompe-l'œil.

Les Buttes-Chaumont aux alentours de 1890.
Les Buttes-Chaumont aux alentours de 1890. © Wikimedia

Le jardin est inauguré en grande pompe le 1er avril 1867, en même temps que l'Exposition universelle. Mais seulement trois ans plus tard, il est ravagé par les affrontements de la Commune de Paris. 

Reconstruit, un temps boudé par la bourgeoisie parisienne, qui lui préfère les parcs de l'Ouest, le jardin des Buttes-Chaumont gagne en popularité au tournant du siècle, pour devenir un vrai poumon dans la grande ville. 

Claire Rodineau