BFMTV

Le transfert périlleux des tableaux de Notre-Dame de Paris

Ce vendredi matin, treize tableaux de la cathédrale Notre-Dame de Paris doivent être déplacés vers le musée du Louvre pour leur sécurité. L'opération s'annonce des plus délicates.

L'essentiel a été sauvé, mais la vigilance ne se relâche pas. Ce vendredi matin, des entreprises spécialisées dans ces transferts peu communs, mandatées par le ministère de la Culture, doivent déplacer treize tableaux habillant les pierres de Notre-Dame de Paris vers le Louvre pour les mettre à l'abri. Une fois parvenues au musée national, les toiles seront placées dans une pièce à part afin que l'humidité qui les imprègne ne contamine pas les autres œuvres, précise RTL qui a développé le déroulement de l'ensemble de l'opération dans sa matinale.

L'évacuation en chiffres 

Pour décrocher et évacuer ces pièces aux grandes dimensions, la plus grande atteignant 5 mètres de hauteur, six à sept personnes doivent être mobilisées pour chaque tableau. On table sur deux à trois heures pour évacuer chacun d'entre eux, l'extrayant de l'édifice par la porte principale, au moyen de poulies et d'échelles. Des camions, garés sur le parvis, prendront alors le relais. A noter que deux tableaux resteront à demeure jusqu'à nouvel ordre car ils sont situés dans la partie septentrionale du transept, pour le moment inaccessible pour des raisons de sécurité. 

Les treize pièces destinées à faire le voyage de l'île de la Cité au vieux château de Philippe Auguste devenu le lieu d'exposition le plus célèbre au monde se trouvent quant à elle dans les chapelles latérales. Les toiles concernées sont, pour la majorité d'entre elles, des compositions du XVIIe siècle. Parmi la collection de Notre-Dame de Paris, on compte notamment La Descente du Saint-Esprit de Jacques Blanchard, La Conversion de Saint Paul de Laurent de La Hyre ou encore La Lapidation de saint-Etienne de Charles Le Brun. 

Un précédent 

Si le Louvre apparaît aujourd'hui comme le point de chute naturel de ces œuvres en détresse, en attendant des jours meilleurs, il a lui-même connu une évacuation de sa collection par le passé. Pour un tout autre type de catastrophe cependant. En 1938, devant les perspectives croissantes d'un nouvel affrontement franco-allemand, un plan est dressé pour sauvegarder toutes les richesses artistiques du Louvre moyennant leur déplacement en lieux sûrs. On choisit des châteaux isolés, loin de tout site stratégique que la Luftwaffe serait susceptible de pilonner. Le 3 septembre 1939, à l'heure où on se déclare la guerre, la décision tombe: les pièces les plus précieuses du musée doivent partir dans la journée. La prunelle des yeux de tous les conservateurs qui se sont succédé à la tête du Louvre, La Joconde, les a devancées: elle a dû déguerpir en catimini dès le 28 août. Les sculptures, les objets d'art et les 3690 tableaux sont enfermés dans des centaines de caisses et convoyés en camions. 37 transports sont finalement nécessaires. 

L'itinéraire de La Joconde livre un aperçu de l'épopée de ces œuvres d'art durant l'occupation: d'abord réceptionnée au château de Chambord, elle part à Louvigny, puis à l'abbaye de Loc-Dieu, Montauban et enfin au château de Montal. 

Le parcours des toiles de Notre-Dame de Paris devrait être moins chaotique et s'arrêter au Louvre. 

Robin Verner