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Jolly Jumper ne répond plus: "Un Lucky Luke différent, avec un humour débridé"

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- - Dargaud - Bouzard

ENTRETIEN - L’auteur Guillaume Bouzard signe une version très personnelle de Lucky Luke où son fidèle canasson refuse de lui parler.

Il est plus connu pour avoir dessiné des fooballeurs et des rugbymen que des cowboys et des chevaux. Guillaume Bouzard s’est pourtant lancé avec bonheur dans une version très personnelle de Lucky Luke, Jolly Jumper ne répond plus. Un peu moins d’un an après L’Homme qui tua Lucky Luke de Mathieu Bonhomme, Bouzard est le second auteur à passer à la moulinette le vieux cowboy inventé par Morris en 1946.

Contrairement à La Terre promise, dernier album de la série officielle (signé Achdé et Jul, retrouvez notre interview des auteurs ici), Bouzard ne s’est pas inspiré d’un fait d’actualité, mais s’est laissé guider par sa fantaisie. Une fantaisie qu’il revendique débridée, mais respectueuse de l’univers. Dans Jolly Jumper ne répond plus, rien ne va plus entre Lucky Luke et son fidèle canasson, qui, pour une raison inconnue, cesse, du jour au lendemain, de lui adresser la parole. L’histoire avance à toute vitesse, les vannes fusent, des personnages connus (et aimés) de tous reviennent.

On ne dévoilera pas la fin. Sachez seulement qu’elle risque de surprendre les fans de l’homme qui tire plus vite que son ombre (ou qui "a eu l’idée de tirer sur son ombre", rectifie Bouzard): "Je sais que la fin peut interloquer plein de lecteurs parce que ce n’est pas une fin classique", dit-il. "On verra ce que ça donnera. Peut-être que je me suis planté." Il a accepté de commenter pour BFMTV.com une sélection de planches de son nouvel album.

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- © Dargaud - Bouzard

Manitoba ne répond plus ?

"Il y a de ça. Je suis un inconditionnel de Gérard Manset. Je pense qu’inconsciemment ça a dû marcher comme ça. Jolly Jumper ne répond plus renvoie aussi un peu à ces films d’espionnage ou de vaisseaux perdus en mer. Je n’écris pas de scénario quand je dessine un album. Je n’improvise pas de A à Z non plus, mais le scénario se monte dans ma tête au fur et à mesure. Au départ, Il y avait une intrigue avec les Dalton, centrée sur Jack ou William, puisque l’on ne sait jamais qui est qui. J’étais parti sur un titre assez marrant, qui claque, comme Jack. Puis j’ai commencé à dessiner et cette histoire de cheval qui ne parle plus m’a finalement plus intéressé que celle des Dalton."
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- © Dargaud - Bouzard

Dessiner Lucky Luke

"C’est toujours difficile de savoir quand surgissent les idées. Elles arrivent n’importe quand: quand je fais de la cuisine, quand je vais courir. Je voulais juste que Lucky Luke apparaisse. Il y a un petit hommage aux Monty Python dans cette planche. J’avais envie de montrer que c’était un Lucky Luke différent, avec un humour débridé. Je pense que c’était le but de cette première planche: montrer que je pouvais tout me permettre. Dessiner Lucky Luke a été un problème pour moi. Il a fallu que je me confronte au dessin de chevaux, par exemple. Ça a été assez compliqué parce que je ne suis pas ce que l’on appelle un virtuose du dessin. Mon dessin est explicite, rapide. Il fonctionne très bien avec ce que j’ai envie de raconter. Sauf qu’à un moment il faut dessiner un cheval. J’ai essayé de le faire à ma sauce, une espèce de truc un peu jeté, mais élégant. Pour Lucky Luke, j’ai procédé de la même façon."
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- © Dargaud - Bouzard

S’approprier l’univers de Lucky Luke

"Est-ce un hommage? Je ne dirai pas ça. Ce n’est pas non plus une parodie: je ne moque pas du personnage. Je me suis approprié l’univers de Lucky Luke et toutes ses images fortes: les Dalton, l’ombre de Lucky Luke, le cheval… J’ai voulu utiliser cette richesse laissée par Goscinny et Morris. C’est comme si on me donnait un gâteau. Je ne veux pas en laisser une miette. J’ai envie de m’amuser.
Lucky Luke, ce n’est pas un personnage qui est très fort pour moi. J’ai commencé à relire les albums avant de me mettre au travail. On l’oublie facilement, ce personnage. Il n’a pas beaucoup de charisme, je trouve… Autant les Dalton, Rantanplan, le cheval Jolly Jumper ont des répliques fortes, marrantes, une vraie existence, autant Lucky Luke, je le trouve assez fade. Peut-être que ça se ressent dans mon dessin avec cet air un peu nigaud qu’il a.
Pour les couleurs, j’ai travaillé avec Philippe Ory, un pote avec qui j’ai déjà fait quelques albums chez Dargaud. Je voulais garder de la simplicité dans les couleurs et je suis super content de ce qu’il a fait: ça pète, sans être criard, il y a une certaine harmonie. Ça fonctionne bien et ça garde l’esprit de ce que faisait Morris."
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- © Dargaud - Bouzard

La chemise et le foulard de Lucky Luke

"Il y a dans cet album une rapidité, un côté très théâtral. C’est un peu ma façon de travailler. Je travaille par scaynète. Je pense que cela vient aussi du fait que je travaille beaucoup pour la presse. Je réalise beaucoup d’histoires courtes, notamment pour Spirou et Fluide Glacial. Cela se traduit dans cet album. Comme c’est un “Lucky Luke vu par...”, le cahier des charges n’est pas vraiment imposé. Mais on ne peut pas faire n’importe quoi avec le personnage. Il ne faut pas non plus le déstructurer, le casser, l’humilier. Ce n’est pas le but. Mais les codes sont tellement forts que c’est intéressant de pouvoir en jouer de manière sympathique. On sent que j’aime ce personnage malgré tout.
Le nouveau costume de Lucky Luke que je montre sur cette planche, c’est une façon de jouer avec les codes. Lucky Luke, c’est presque un logo. On sait qu’il a une chemise jaune et un foulard rouge. C’est très fort comme image. C’est un peu comme Astérix et Obélix: avant même de voir les personnages, leurs simples habits permettent de montrer que ce sont ces personnages-là. Le costume de Lucky Luke est tellement fort que le fait d’inverser les couleurs le change complètement. On ne reconnaît plus le logo, alors que c’est juste une chemise qui change. Plus personne ne le reconnaît, parce qu’en fait Lucky Luke, ce n’est quasiment qu’une chemise et qu’un foulard."

Jolly Jumper ne répond plus, Bouzard, Dargaud, 48 pages, 13,99 euros.

Jérôme Lachasse