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Gō Nagai: "Goldorak a rencontré plus de succès en France qu’au Japon!"

Goldorak

Goldorak - Copyright Go Nagai - Dynamic Planning

Le papa de Goldorak est l’invité d’honneur de la Japan Expo à Paris. Le mangaka raconte la création de la célèbre série et évoque ses autres œuvres cultes, comme L’École impudique et Devilman.

Gō Nagai est un mythe vivant. Âgé de 73 ans, ce mangaka a créé le personnage de la culture japonaise le plus connu des Français: Goldorak. Sa carrière, pourtant, ne se résume pas à ce gigantesque robot qui a fait rêver plusieurs générations de lecteurs et de téléspectateurs.

Dans les années 1970, avec ses œuvres irrévérencieuses et violentes, comme L’École impudique (1968-1972) et Devilman (1972-1973), Gō Nagai a choqué les médias et les lecteurs en portant un regard acéré et sombre sur la société japonaise.

Avec ses histoires de robots géants, comme Mazinger Z (1972-1973), Getter Robo (1974-1975) et Goldorak (1975-1977), c'est un regard tout aussi inquiet et virulent qu'il porte sur le monde. Imaginées pour vendre des jouets, comme il le raconte à BFMTV.com, ces séries sont aussi des messages lancés à ses jeunes fans pour éviter de nouvelles guerres mondiales.

Rencontré à la Japan Expo, Gō Nagai retrace sa carrière et évoque la genèse de ses œuvres les plus connues. 

L’École impudique 

L'école impudique de Go Nagai
L'école impudique de Go Nagai © Copyright Go Nagai - Dynamic Planning - BlackBox

Avec L’École impudique, Gō Nagai frappe fort. Publiée en 1968 dans la revue Weekly Shônen Jump, la série devient un phénomène de société dans l’archipel en raison de son contenu cru. Fer de lance du genre "ecchi" ("pervers" en français), le manga est une satire du système éducatif où les professeurs en prennent pour leur grade:

"À l’époque, au Japon, les professeurs avaient une place un peu spéciale dans la société. Ils étaient très admirés, très respectés", se souvient Gō Nagai. "Depuis mon enfance, j’avais cependant pu voir que ce n’était peut-être pas la vérité. Certains professeurs n’étaient pas aussi remarquables que ça. Je me suis dit: ‘Pourquoi ne pas en faire un manga?’ J’ai donc créé des professeurs qui n’avaient pas beaucoup de classe - aussi bien du point de vue de leur comportement que de leur tenue vestimentaire. Ils étaient habillés de façon sensuelle. C’est de ce postulat qu’est née la série L’École impudique."

Gō Nagai revendique cette vision décalée de la société: "Normalement, les personnes respectées le sont de plus en plus au fil de leur carrière. J’ai voulu aller dans le sens inverse pour voir ce qui se passait si ce statut se délitait." Au cours des quatre années de sa prépublication, la série choque. Lorsqu’il décide de la conclure, Gō Nagai choisit comme apothéose finale un bain de sang. Une décision qui fait encore sourire le dessinateur presque cinquante ans après: "La série a été très critiquée et j’ai été beaucoup attaqué par les médias de l’époque. [Cette fin], c’est un petit peu un coup de poing à leur encontre. J’ai essayé de me venger de ces médias."

Devilman

Devilman de Go Nagai
Devilman de Go Nagai © Copyright Go Nagai - Dynamic Planning

Devilman est une autre de ses œuvres phares. Peu connue en France, cette brève série (5 volumes) raconte l’affrontement entre les humains et les démons. L’histoire commence lorsqu’Akira, un jeune garçon banal, fusionne avec un de ces monstres. Devenu un homme-démon, lui seul peut sauver l’humanité… "Devilman est né d’une autre de mes séries, Demon Lord Dante (1971). Le postulat de Devilman consiste à se demander ce qui va se passer si le diable apparaît vraiment sur Terre."

D’une noirceur incroyable, cette série se démarque par un imaginaire débridé dont l’influence a été immense: MW d'Osamu Tezuka comme Berserk de Kentaro Miura n’auraient sans doute jamais existé sans cette œuvre majeure. Truffée de visions cauchemardesques et de monstres hybrides, Devilman est une véritable galerie des horreurs qui n’a rien perdu de sa force presque cinquante ans après. Gō Nagai explique l’origine de ses monstres, tout en préservant le mystère de leur création:

"Ça vient d’un mélange d’idées. Il y a des éléments d’animaux, de plantes. Quand on mélange ces différents éléments, on crée une espèce de chimère. J’ai ensuite imaginé les pouvoirs de ces chimères. Voilà comment sont nés les monstres de Devilman." 

Plus connu en France pour ses histoires de robots géants, Gō Nagai aime mêler dans ses histoires érotisme et horreur: "On ne peut pas raconter d’histoires sur les êtres humains sans parler de violence et de guerre. Dans mes œuvres, je ne tiens pas à porter de jugement. Elles sont très utiles et j’espère qu’elles pourront être plus connues en France à l'avenir."

Mazinger Z et Goldorak

Mazinger Z et Goldorak
Mazinger Z et Goldorak © Copyright Go Nagai - Dynamic Planning

En France, Gō Nagai est surtout connu pour ses histoires de robots géants: Mazinger Z et Goldorak. Avec ses séries, qui ont connu leur heure de gloire dans les années 1970 et 1980, le mangaka raconte avoir voulu mettre en garde les jeunes lecteurs face à l’escalade de la haine et de la violence qui selon lui ne peuvent aboutir qu’à la catastrophe:

"En effet, dans Mazinger Z comme dans Goldorak, ce sont des êtres humains qui construisent des robots dotés d'un immense pouvoir. Évidemment, comme le dit la célèbre formule, quand on a d’immenses pouvoirs viennent d’immenses responsabilités. Je voulais montrer que si ce pouvoir était mal utilisé il pouvait conduire à la destruction du monde. C’est avec ces idées-là que j’ai conçu Mazinger Z et Goldorak." 

Getter Robot

Getter Robot de Go Nagai
Getter Robot de Go Nagai © Isan Manga

Série de robots qui ressort en France chez Isan Manga (en avant-première à Japan Expo, sinon il faudra attendre le 12 septembre, puis novembre et janvier 2020), Getter Robot s’inscrit dans la continuité de Goldorak - avec une nouveauté: il n’y a plus un seul robot, mais plusieurs machines qui s’associent pour former un super robot. Une idée soufflée par son frère, qui était alors son manager:

"On se demandait comment happer l’attention des enfants après toutes ces séries [Mazinger Z et Goldorak, NDLR]. Mes sponsors m’expliquaient qu’ils voulaient plus de robots, mais je savais que les robots méchants dans les séries ne se vendaient pas du tout. Je leur ai donc proposé cette idée d’un robot formé par l’assemblage de trois machines. L’idée les a toute de suite intéressés. Je pensais au début que cette idée était un peu particulière, mais en tout cas ça a bien marché." 

Ces robots géants sont d’une certaine manière les fils de King Kong et d’Astro Boy, le gentil robot d’Osamu Tezuka né pour dompter la peur de l’atome: "Effectivement. Ma génération adorait Astro Boy! Godzilla a aussi beaucoup compté pour mon travail." Pour le design des robots, le dessinateur a puisé l’inspiration dans l’histoire militaire:

"Je me suis beaucoup inspiré des armures européennes que j’ai ensuite intégrées dans le design de Mazinger. Pour Goldorak, c’est la même chose. Je ne sais plus d’où vient l’inspiration pour les cornes de Goldorak, mais je sais que je me suis inspiré pour lui d’armures japonaises."

Ce n’est pas un hasard si Gō Nagai parle des inspirations européennes de ses robots: la France a véritablement adopté le célèbre robot. "Goldorak a rencontré plus de succès en France qu’au Japon! La France est le premier pays de Goldorak!", s'enthousiasme le dessinateur qui a reçu pendant Japan Expo la distinction de Chevalier de l'Ordre des Arts et des Lettres.

Go Nagai, le papa de Goldorak
Go Nagai, le papa de Goldorak © Hisashi Maruyama
Jérôme Lachasse