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Dans les musées fermés, le casse-tête des reprogrammations d'expositions

Le Centre Georges Pompidou, le 7 juillet 2017

Le Centre Georges Pompidou, le 7 juillet 2017 - FRANCOIS GUILLOT © 2019 AFP

Si les musées sont fermés à cause de la crise sanitaire, ils restent en activité. Tous doivent notamment réorganiser leur calendrier.

Désertés et déprimés certes mais sûrement pas inactifs: pour les musées, du Petit Palais au Centre Pompidou, l'activité ne ralentit pas, le principal casse-tête étant d'anticiper et reprogrammer des expositions dans le brouillard complet sur l'évolution de l'épidémie de Covid-19.

"S'il n'y avait pas de couvre-feu on rentrerait à plus d'heure... On ne chôme pas", assure d'emblée le directeur du Petit Palais, Christophe Léribault, en plein accrochage d'une exposition des célèbres collections du marchand d'art Ambroise Vollard.

Dans une ambiance tamisée, estampes et lithographies fragiles sont recouvertes de papiers krafts pour les protéger de la lumière. "Nous les enlevons très ponctuellement pour poser la signalétique, caler les cartels", précise la commissaire Clara Roca.

Un système horodaté de visites doit permettre de respecter une jauge: "on va faire un petit test, annonce-t-elle, avec quelques membres de l'équipe. Ils vont visiter l'exposition montre en main pour qu'on détermine un temps moyen pour les visiteurs".

Expositions écourtées

Christophe Léribault déplore que l'ambitieuse exposition sur l'art danois n'ait été ouverte que quatre semaines. "J'ai négocié des prolongations. Mais au bout d'un an, il fallait rendre les tableaux, faire de la place pour l'exposition suivante, consacrée au grand peintre italien Giovanni Boldoni, avec cette inquiétude que ses oeuvres soient bloquées dans d'autres expositions en Italie".

La question des prêts est "cauchemardesque, les dates (confinement, déconfinement) changent sans arrêt. Il faut consulter tous nos partenaires, qui comprennent tout à fait que nous ayons des sculptures, tableaux bloqués au bout du monde dans des musées fermés". Tout cela, ajoute le directeur, alors qu'"on est bloqué sur place, alors que normalement on va rencontrer des collectionneurs, voir des oeuvres à l'étranger".

Le musée de la ville de Paris de son côté travaille déjà sur 2022/2023, continue à prêter beaucoup, et profite de la période pour faire des travaux, repeindre les murs. "On astique, on voudrait que la mariée soit la plus belle", conclut avec dynamisme Christophe Léribault.

"Réduits à regarder le monde à travers un écran"

Au Centre Pompidou, que "Matisse comme un roman", une exposition phare de la saison à Paris, doive se terminer le 22 février est un crève-coeur pour ses organisateurs. Pas moyen de la prolonger car cela télescoperait toute la programmation. 17.000 visiteurs en dix jours seulement!

Comme le note sa commissaire Aurélie Verdier, pour "cet artiste qui n'est absolument pas mélancolique, il y a quelque chose de mélancolique". Seules, depuis le reconfinement, "la famille et les prêteurs ont pu bénéficier de quelques visites extrêmement ponctuelles".

Dans ce grand bateau vide que semble être Beaubourg fermé, une exposition en montage de l'Allemande Hito Steyerl a réutilisé les structures de l'exposition Christo. Manière aussi de faire des économies de moyens et d'énergie.

Steyerl était venue l'an dernier et "travaille à distance sur la scénographie, l'emplacement des oeuvres, le réglage" avec son équipe sur place, explique la commissaire Marcella Lista. Sa thématique tombe à pic avec confinement et couvre-feu: cette artiste venue de la vidéo documentaire "manie l'humour comme une arme, en nous décrivant tous réduits à regarder le monde à travers un écran".

"Exception française"

Pour le président du Centre, Serge Lasvignes, la fermeture, "c'est sévère" dans des espaces vastes où les flux de visiteurs pourraient circuler sans risque. Surtout sévère est "l'impact moral sur les personnels", à qui il vient en outre d'annoncer trois ans de fermeture, entre 2023 et 2026, pour une rénovation totale.

En termes de programmation, "nous n'avons pour l'instant rien supprimé", dit-il fièrement. "Quand on compare aux Etats-Unis, au Royaume-Uni, où il y a eu des licenciements, il y a une sorte d'exception française" en raison du soutien, notamment financier, du gouvernement, reconnaît-il.

Des maux actuels peuvent aussi sortir certaines évolutions positives: ainsi, dit-il, l'exposition en ligne Matisse a été fréquentée par "des milliers de personnes qui ne seraient pas venues la voir en vrai".

B. P. avec AFP