BFMTV

Cannes: Bertrand Tavernier adapte Madame de Lafayette

Bertrand Tavernier en haut des marches, aux cotés de Gaspard Ulliel, Grégoire Leprince-Ringuet, Mélanie Thierry et du chanteur Raphaël (de gauche à droite), à l'occasion de la projection du film "La Princesse de Montpensier", en lice pour la Palme d'or du

Bertrand Tavernier en haut des marches, aux cotés de Gaspard Ulliel, Grégoire Leprince-Ringuet, Mélanie Thierry et du chanteur Raphaël (de gauche à droite), à l'occasion de la projection du film "La Princesse de Montpensier", en lice pour la Palme d'or du - -

par Wilfrid Exbrayat CANNES - Lorsque Bertrand Tavernier entreprend de s'intéresser à la prose de Madame de Lafayette, cela donne " La princesse de...

par Wilfrid Exbrayat

CANNES (Reuters) - Lorsque Bertrand Tavernier entreprend de s'intéresser à la prose de Madame de Lafayette, cela donne " La princesse de Montpensier ", une histoire d'amour sur fond de guerre des religions dans la France du XVIe siècle.

Marie de Mézières (Mélanie Thierry, vue dernièrement dans "L'autre Dumas") est au coeur d'une rivalité amoureuse qui oppose le duc de Guise (Gaspard Ulliel) et le prince de Montpensier (Grégoire Leprince-Ringuet).

Cette rivalité semble trouver sa conclusion lorsqu'elle épouse Montpensier, qui la confie aux bons soins du comte de Chabannes (Lambert Wilson), employé comme précepteur, pendant qu'il part guerroyer.

Evidemment, il n'en est rien, d'autant que le précepteur se prend lui aussi de passion pour son élève.

"J'étais très touché par le destin de cette jeune femme (?) Le film doit épouser son point de vue sans l'imposer", a expliqué Bertrand Tavernier dimanche en conférence de presse.

Dans les notes d'intention, Bertrand Tavernier affirme qu'il voulait raconter une "histoire d'amour qui soit lyrique et ample". Il ajoutait qu'après le tournage aux Etats-Unis de "Dans la brume électrique", il ressentait "l'envie viscérale de me plonger dans un film profondément français".

Le contrat est rempli: "La princesse de Montpensier", deuxième film français en lice pour la Palme d'or du 63e Festival de Cannes, a une incontestable dimension épique.

La production est ambitieuse, tant dans les moyens déployés que dans la reconstitution de la France de l'époque, la réalisation, qui donne à voir notamment d'admirables paysages, les dialogues et l'interprétation.

FILMS NOIRS

Bertrand Tavernier, qui fut l'assistant de Jean-Pierre Melville, mais aussi attaché de presse et historien du cinéma avant de passer derrière la caméra, n'est pas ce que l'on pourrait appeler un "habitué" de Cannes.

Il y est peu venu et a été peu distingué. Un Prix de la mise en scène lui est attribué en 1984 pour "Un dimanche à la campagne". En revanche, "L'Appât" reçoit l'Ours d'or à Berlin en 1995.

Faire un film "en costumes" présente de nombreux écueils, surtout lorsqu'il s'agit de retranscrire un texte aussi littéraire que celui de Madame de Lafayette.

"C'est une nouvelle qui parle du XVIe siècle à travers la vision qu'en a le XVIIe, donc une vision qui n'est pas juste, une vision qui amène énormément de filtres", a expliqué Bertrand Tavernier.

"J'ai essayé de respecter tous les sentiments et péripéties (de la nouvelle) de Madame de Lafayette et en même temps de montrer ce monde tel qu'il était (...) Nous avons essayé de rechercher la racine des émotions".

Et pour ce qui concerne précisément les émotions, "il est absolument évident que, pour la plupart, elles ne sont pas datées", a ajouté le cinéaste, qui a cité William Faulkner pour qui, "le passé n'est pas mort, ce n'est même pas le passé".

"La princesse de Montpensier" a également des allures de film d'aventure, avec notamment des combats et des duels très bien rendus, et la question a été posée à Bertrand Tavernier, grand amateur de films noirs, de savoir s'il avait même voulu créer un certain suspense dans la narration.

"Le suspense, j'espérais l'obtenir à partir du moment où les sentiments étaient justes et que je parvenais à capter sur l'écran l'énergie de tous les personnages; alors cette énergie, ce bouillonnement permettaient de créer une sorte d'électricité entre les rapports et cela devenait intéressant", a-t-il dit.

"Je pense qu'il y a une tension dans les sentiments que, par moments, on trouve aussi dans les meilleurs films noirs, qui sont des films là- dessus, sur des sentiments très nus et très exacerbés... On l'obtenait (le suspense) non pas en développant les péripéties de l'intrigue mais en développant la force des sentiments des personnages".

Edité par Sophie Louet