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Avant l'Arc de triomphe, l'emballage du Pont-Neuf par Christo avait déjà fait polémique

Le Pont Neuf à Paris, emballé par Christo en 1985.

Le Pont Neuf à Paris, emballé par Christo en 1985. - Wikimedia - CC

Le public a pu découvrir ce week-end l'Arc de Triomphe emballé par Christo. Aujourd'hui comme il y a 36 ans, lors de l'empaquetage éphémère du Pont-Neuf, les réactions sont contrastées.

L'Arc de Triomphe emballé par Christo est désormais accessible au public et le sera jusqu'au 3 octobre. Cet empaquetage concrétise le rêve de jeunesse de Christo, mort en mai 2020, et de son épouse et collaboratrice Jeanne-Claude disparue en 2009. Entièrement auto-financé, le projet, qui a coûté 14 millions d'euros, suscite tout de même une polémique sur le gaspillage de 25.000 m² de tissu, sans parler de l'aspect esthétique, et de l'utilité de la démarche, qui divise déjà les visiteurs.

Le précédent emballage de monument de Christo et Jeanne-Claude à Paris, avait déjà suscité de semblables réactions. C'était en 1985, le couple d'artistes avait mis 10 ans avant d'obtenir l'autorisation d'empaqueter le Pont-Neuf. Jacques Chirac, alors maire de Paris, finit par donner son accord en 1984. François Mitterrand, alors président de la République, ainsi que Jack Lang, son ministre de la Culture, donnent le leur en 1985. Mais ce n'est rien au regard des 25 ans de tractations qui seront nécessaires pour pouvoir emballer le Reichstag à Berlin, en 1995.

"Un objet très singulier"

Comme pour l'Arc de Triomphe, le projet, financé par la vente des dessins préparatoires, ne coûte pas un centime à l'Etat. Cela n'empêche l'œuvre de diviser profondément le public. Comme l'Arc de Triomphe aujourd'hui, le Pont-Neuf a suscité des réactions très contrastées. Les micros-trottoirs de l'époque révèlent ainsi l'étonnement du public, son adhésion au projet, ou encore son vif rejet.

"On était dans quelque chose de très problématique pour beaucoup de gens", soulignait ainsi en juin dernier sur France Culture, la sociologue Nathalie Heinich, qui a publié Le Pont Neuf de Christo: ouvrage d'art, œuvre d'art ou comment se faire une opinion. "Et ce qui était passionnant, c'était de voir l'espace public investi et du même coup le grand public sollicité pour réagir, se demander de quoi il s'agissait." Car à l'époque, seule une minorité du public connaissait Christo, et voyait dans le projet une œuvre d'art.

"Pour beaucoup, c'était inconcevable de considérer comme une oeuvre d'art du tissu autour du pont qui, de plus, n'allait pas rester éternellement! Cela allait à l'encontre de toutes les conceptions traditionnelles de l'art", analyse encore Nathalie Heinich.

"Une perturbation dans l'espace"

Aujourd'hui l'œuvre de Christo est bien plus connue - grâce à ses autres projets monumentaux et spectaculaires dans le monde entier, et à l'exposition que lui a consacré le musée Pompidou en 2020. L'emballage de l'Arc de Triomphe suscite pourtant toujours autant de vives réactions, ce qui est finalement sa fonction: bousculer, impressionner le public.

"Il faut considérer l'œuvre comme l’expression d’une liberté totale irrationnelle, exempte de toute justification", expliquait Christo en mars 2020, quelques semaines avant sa mort. Il ajoutait "'Nos œuvres sont une perturbation dans l'espace', comme disait Jeanne-Claude."
Magali Rangin