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Artiste engagé, le dessinateur Joann Sfar tiraillé entre imaginaire et actualité dans son nouveau livre

Détail de la couverture

Détail de la couverture - Joann Sfar - Véronique Ovaldé Flammarion 2017

L'auteur du Chat du Rabbin illustre un conte pour adultes et adolescents de la romancière Véronique Ovaldé, A cause de la vie, qui raconte l'amitié de deux enfants solitaires dans un immeuble parisien.

Joann Sfar a sorti un nouveau livre. Encore. Oui, sauf que celui-ci a une particularité: il s'agit d'un conte de la romancière Véronique Ovaldé illustré par le prolifique auteur du Chat du Rabbin. Intitulée A cause de la vie, cette histoire est sfarienne jusqu'au bout des ongles: dans un immeuble du XVIIIème arrondissement de Paris, deux enfants, Nathalie et Eugène, trompent l'ennui en jouant au prince et à la princesse et en se lançant des défis improbables. On y retrouve la poésie et la mélancolie du dessinateur, mais aussi son goût pour les patronymes étranges: Nathalie a ainsi comme surnom Sucre de Pastèque. L'ombre de Sempé et de ses histoires illustrées, que Sfar adore, plane aussi sur A cause de la vie. On y retrouve la légèreté du trait de Sfar et des grandes illustrations, mises en couleur par sa coloriste Brigitte Findakly.

Si A cause de la vie se déroule en 1984 (l'année de Time After Time de Cindy Lauper), Sfar ne bascule pas dans la reconstitution historique. Le Paris qu'il dessine évoque celui de 2017. Comme souvent chez lui, l'histoire oscille entre les mondes imaginaires que les individus inventent pour tromper la solitude, et la réalité, toujours difficile, voire impossible, à affronter. Un trait commun à toutes les histoires récentes de Sfar, à commencer par le sixième tome du Chat du Rabbin, Tu n'auras pas d'autre Dieu que moi (2015), où le chat quitte sa maîtresse Zlabya lorsqu'il découvre que celle-ci est enceinte et qu'elle risque de ne plus s'occuper de lui. Dans A cause de la vie, le trait de Sfar, aussi fébrile que précis, symbolise cette hésitation entre réalisme et imaginaire. 

Apparition de Joann Sfar dans A cause de la vie
Apparition de Joann Sfar dans A cause de la vie © Joann Sfar - Véronique Ovaldé Flammarion 2017

Raconter des histoires coûte que coûte

Depuis l'attentat contre Charlie Hebdo, Joann Sfar est habité plus que jamais par cette interrogation. Il a enchaîné les projets, alternant entre BD, carnets intimes, peintures, film, expositions et romans pour trouver comment concilier son désir de raconter des histoires de vampires survolant Paris la nuit avec celui de commenter sans cesse l'actualité brûlante. A travers ses livres, comme A Cause de la vie, il cherche l'apaisement. "Il faut parler à chacun et raconter des histoires qui donnent envie du monde", écrit-il dans son carnet Si Dieu existe, sorti peu après l'attentat du 7 Janvier. Joann Sfar tente d'appliquer ce conseil dans ses livres. Mais l'actualité le rattrape toujours. Dans Fin de la parenthèse, parue chez Rue de Sèvres en septembre dernier, un peintre s'enferme dans une maison avec quatre modèles pour convoquer l'esprit de Dali. Coupés du monde, ils ignorent qu'au même moment a lieu dans les rues d'une ville que l'on devine être Paris un attentat. 

Si Sfar a décidé de ne pas choisir entre la réalité et l'imaginaire, il a adopté dans les médias comme sur les réseaux sociaux (Facebook, Instagram et Twitter) une position nouvelle pour lui, celle d'un intellectuel, d'un artiste engagé. Sans cesse sollicité par les médias, Joann Sfar est paradoxalement de moins en moins interrogé sur ses livres et de plus en plus sur l'actualité. Invité à donner son avis, il martèle l'importance qu'il faut accorder à la culture, seule à même de nous aider à traverser cette période obscure. Dans son carnet Je t'aime ma chatte (2015) il écrit ainsi: "Il faut demander au livre de nous aider à voir qu'une période de la vie à un sens." Ce que fait A Cause de la vie

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- © Joann Sfar - Véronique Ovaldé Flammarion 2017
Jérôme Lachasse