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Yvette Lundy, grande figure de la résistance, est morte à 103 ans

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Yvette Lundy s'est éteinte dans sa maison de retraite marnaise d'Epernay ce dimanche, à l'âge de 103 ans. Près de huit décennies en arrière, elle avait eu le courage d'opposer sa résistance à l'occupant allemand et avait supporté des mois de déportation en camp de concentration.

Ni la guerre, ni la férocité de l'occupant allemand et de ses affidés, ni même les camps de concentration n'avaient eu raison d'Yvette Lundy. Seul l'âge s'en est chargé, l'emportant ce dimanche à 103 ans, comme l'a signalé France Bleu Champagne retraçant aussi sa vie. Morte dans sa maison de retraite d'Epernay dans la Marne, non loin du village d'Oger où elle était née le 22 avril 1916, au milieu des champs et des coteaux où ses parents agriculteurs s'échinaient. L'endroit, où son père et sa mère avaient décidé de s'installer au début de la Première guerre mondiale, se trouve à un jet de pierre de Reims, une trentaine de kilomètres au sud, à un rien donc des combats et des bombardements qui laissèrent en 1918 un amas de ruines en lieu et place de la ville des sacres.

C'est pourtant là qu'Yvette Lundy se forme quelques années plus tard au métier d'institutrice, l'une des rares professions intellectuelles que pouvaient rêver d'exercer les femmes issues des classes populaires à l'époque. L'instruction publique envoie bientôt la jeune enseignante à Suippes puis à Gionges, deux petites bourgades marnaises. Dans cette affectation, elle fait la leçon à une petite classe, unique, d'une dizaine d'élèves. La guerre la surprend là.

"Aujourd'hui encore" 

Bientôt, elle entre en résistance contre les nazis. Elle met en effet à profit sa place de secrétaire de mairie, dont elle s'acquitte parallèlement à ses cours, pour fabriquer de faux papiers et de fausses cartes d'alimentation, destinés entre autres à des soldats français échappés aux mains allemandes, à des réfractaires au Service du Travail Obligatoire (le fameux S.T.O. qui envoie alors dans les chantiers, les usines et les fermes du "IIIe Reich" les jeunes Français), ainsi qu'à une famille juive. Elle héberge même de temps en temps une personne en délicatesse avec les maîtres du moment.

En juin 1944, certes, les alliés sont encore loin des vignobles champenois mais ils progressent déjà dans le bocage normand. Mais Yvette Lundy ne les verra pas délivrer Reims et ses environs. Le 19 juin, trois hommes en civil débarquent dans sa classe, la braquent devant ses petits élèves avec leurs revolvers et l'emmènent au siège de la Gestapo à Châlons-sur-Marne. Puis, on la transfère à Paris. Le 18 juillet 1944, mois d'un mois après son interpellation sauvage en pleine classe, on la pousse dans un train stationné à la Gare de l'Est.

"On nous a conduit voie n°1. Aujourd'hui encore, quand je suis dans la gare, je lui tourne le dos", a-t-elle raconté au micro de France Bleu bien plus tard. 

Grand officier 

Elle est d'abord détenue au camp de Neue Bremm, près de Sarrebruck, puis elle connaît les tristement célèbres Ravensbrück et Buchenwald. "On nous donne un numéro, on n’a plus d’identité. On se sent tout nu. C’est terrible!" se souviendra-t-elle. Les soldats de l'Union soviétique la sortent de son cauchemar en même temps que de ce dernier camp le 21 avril 1945. 

Revenue à l'enseignement, elle commence à parler de son expérience aux jeunes Français une quinzaine d'années après qu'elle eut pris fin. Elle n'arrêtera plus, publiant son témoignage en 2011 dans le livre Le fil de l'araignée, comme le rappelle ici le site de L'Union.

Yvette Lundy avait le grade de grand officier dans l'ordre de la légion d'honneur.

Robin Verner