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Vers la 9e révision de condamnation ?

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Deux hommes condamnés à 20 ans de prison pour un meurtre en 1997 ont obtenu lundi que la Cour de révision des condamnations pénales soit saisie de leur cas. Condamnés en 2003, ils sont tous les deux sortis de prison mais restent toujours sous contrôle judiciaire. Témoignages.

Cela pourrait être la neuvième révision d’une condamnation de l'histoire du pays. Deux hommes de 46 et 47 ans ayant écopé de 20 ans de prison en 2003 pourraient voir leur condamnation révisée. Ils clament leur innocence dans l’affaire du meurtre en 1997 à Lunel, dans l'Hérault, d'un dealer de cannabis lardé de 108 coups de couteau.

La participation au meurtre exclue par la commission

Lundi, la Cour de révision des condamnations pénales a obtenu la validation de la commission de révision pour pouvoir se saisir de cette affaire. « L'état des investigations exclue toute participation des deux condamnés à la commission du meurtre », affirme la commission. En effet, en 2011, un témoin capital a fini par se rétracter, des traces ADN ont été identifiées et ont permis l'arrestation de deux suspects qui ont été mis en examen pour ce meurtre. La Cour de révision se réunira donc dans les prochains mois, avant la fin de l’année 2012, et dira si elle efface le verdict. Si c'est le cas, un autre procès devra être organisé, probablement courant 2013. Seul l'acquittement de ces deux hommes entraînera leur réhabilitation totale mais également l’éventuelle indemnisation qui va avec pour avoir purgé une peine inutile.

Une procédure très rare

La révision d’un procès est une procédure très rare dans laquelle la justice reconnaît son erreur. Cette démarche n'a abouti qu'à sept acquittements depuis 1945. Marc Machin, blanchi après avoir purgé sept ans de prison pour le meurtre d'une femme au pont de Neuilly (Hauts-de-Seine) commis par un autre, se déroulera du 11 au 21 décembre devant les assises de Paris. Il devrait seulement le 8e acquittement en France. Malgré tout, Me Luc Abratkiewicz est plutôt confiant pour ses clients : « Je suis convaincu que la cour de révision nous donnera raison. L’erreur judiciaire, la justice la reconnaît quand la personne qui clame son innocence sert sur un plateau la tête des vrais coupables. Il n’y aura de véritable réparation que dans le cadre d’un nouveau procès dans lequel on lave mes clients de toute accusation ».

« Ma vie repart à zéro, mais à 46 ans »

Abderrahim el Jabri a été condamné pour meurtre à 20 ans de réclusion. Il a passé 13 années en prison. Il a appris lundi que la justice allait sérieusement étudier une révision de sa peine. Il est encore très ému par cette nouvelle : « C’est une étape décisive. On va vers la révision, j’ai besoin de ça pour faire valoir mes droits. Je veux savoir ce qu’il s’est réellement produit : pourquoi des inconnus qui ne m’ont jamais vu de leur vie ont témoigné contre moi ? La justice doit me reconnaître innocent puisque je suis innocent. C’est une erreur judiciaire qui m’a fait beaucoup souffrir. Ce sont treize années parties en fumée. C’est un énorme gâchis. Je n’ai pas pu construire ma vie. Elle repart à zéro mais à 46 ans. Disons que c’est une renaissance »

La Rédaction avec Aurélia Manoli