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Un prix de l'Unesco attise l'affaire des biens mal acquis

Teodoro Obiang, le président d'un régime très contesté en Guinée équatoriale, devait être à l'honneur à l'Unesco mardi avec la remise d'un prix qu'il finance, alors qu'un mandat d'arrêt est lancé contre son fils en France dans l'affaire des "biens mal acq

Teodoro Obiang, le président d'un régime très contesté en Guinée équatoriale, devait être à l'honneur à l'Unesco mardi avec la remise d'un prix qu'il finance, alors qu'un mandat d'arrêt est lancé contre son fils en France dans l'affaire des "biens mal acq - -

par Thierry Lévêque PARIS (Reuters) - Le président de la Guinée équatoriale Teodoro Obiang, à la tête d'un régime très contesté, devait être à...

par Thierry Lévêque

PARIS (Reuters) - Le président de la Guinée équatoriale Teodoro Obiang, à la tête d'un régime très contesté, devait être à l'honneur à l'Unesco mardi avec la remise d'un prix qu'il finance, alors qu'un mandat d'arrêt est lancé contre son fils en France dans l'affaire des "biens mal acquis" africains.

La polémique qui entoure cette distinction attise à Paris cette enquête judiciaire sans précédent conduite par deux juges d'instruction depuis 2010 et qui vise les fortunes détenues en France par plusieurs chefs d'Etats africains, piliers de l'influence diplomatique française sur le continent.

La France et tous les pays européens devaient boycotter la cérémonie officielle de remise à trois chercheurs de ce prix "Unesco-Guinée Equatoriale", pour lequel l'association anti-corruption Transparency sollicite officiellement des poursuites judiciaires auprès du parquet de Paris.

Les trois millions de dollars de dotation globale de ce prix offerts par Teodoro Obiang et censés avoir été prélevés sur sa fortune personnelle semblent en effet venir en fait d'un détournement de fonds publics, déclare Me William Bourdon, avocat de Transparency.

Les chercheurs lauréats devant être distingués mardi, l'Egyptien Maged Al-Sherbiny, le Sud-Africain Felix Dapare Dakora et la Mexicaine Rossana Arroyo, percevront 100.000 dollars chacun.

"Nous avons communiqué aux juges d'instruction et au parquet de Paris des éléments qui rendent très probable le fait que ce prix soi-disant privé ait été financé une fois de plus par des ressources publiques", a dit Me Bourdon.

"Nous avons les comptes bancaires et nous avons pu retracer les flux financiers. Nous regrettons que le parquet de Paris n'ait pas répondu positivement à notre demande d'élargir la saisine des juges d'instruction, (...) mais il n'est jamais trop tard pour bien faire", a-t-il ajouté.

BOYCOTT EUROPÉEN

La France et tous les pays européens membres de l'Unesco ont annoncé qu'ils boycotteraient la cérémonie, qui devait selon un communiqué officiel être présidé par la directrice générale de l'Unesco, la Bulgare Irina Bokova.

Cette dernière est plutôt opposée à la création de ce prix, acceptée en mars par le conseil exécutif de l'organisation. Trente-trois pays avaient voté pour - dont beaucoup de pays africains, la Syrie, la Russie et la Chine - et 18 contre, dont la France et les Etats-Unis.

Dès l'origine, les associations de défense des droits de l'homme ont estimé que ce prix était une manoeuvre destinée à gommer l'image corrompue et répressive du régime de Guinée Equatoriale, un des pays les plus pauvres au monde.

C'est un prix qui va "à l'encontre des valeurs qui fondent l'Unesco", dit Me Bourdon pour Transparency.

Le malaise s'est aggravé depuis que la Guinée Equatoriale a proposé fin 2011 Teodorin Obiang, fils du président et ministre de l' Agriculture, au poste de représentant diplomatique de son pays à l'Unesco.

Cette démarche est intervenue alors que les juges français opéraient une première saisie de voitures de luxe détenues par Teodorin Obiang à Paris. Transparency soupçonne le régime de vouloir lui obtenir un passeport diplomatique et l'immunité qui l'accompagne.

L'Unesco n'a pas donné suite à ce jour à la demande et Teodorin Obiang est finalement devenu vice-président de son pays en mai dernier, assurant que cela lui conférait une immunité.

Auparavant, en février, lors d'une perquisition de deux semaines dans un luxueux immeuble utilisé par Teodorin Obiang, avenue Foch à Paris, les magistrats français avaient saisi des oeuvres d'art, du mobilier ancien, des vins fins et autres objets précieux d'une valeur globale estimée à plusieurs dizaines de millions d'euros.

Convoqué mercredi dernier pour être mis en examen, Teodorin Obiang ne s'est pas présenté et les juges ont donc délivré contre lui un mandat d'arrêt pour "blanchiment" qui sera diffusé internationalement.

Edité par Patrick Vignal