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Un ingénieur interdit d'accès aux sites nucléaires pour ses liens présumés avec des jihadistes

En mars dernier, l'ingénieur s'est vu refuser l'accès à la centrale nucléaire de Nogent-sur-Seine, dans l'Aube, ici en décembre 2011.

En mars dernier, l'ingénieur s'est vu refuser l'accès à la centrale nucléaire de Nogent-sur-Seine, dans l'Aube, ici en décembre 2011. - François Nascimbeni - AFP

L'homme contestait devant la justice une décision de la centrale nucléaire de Nogent-sur-Seine lui interdisant de travailler sur le site. Il est soupçonné d'être en lien avec un imam salafiste, impliqué dans "le recrutement de jeunes" en Irak.

Le tribunal administratif de Châlons-en-Champagne a confirmé lundi l'interdiction faite à un ingénieur de confession musulmane d'accéder aux centrales nucléaires en raison de "liens qu'il entretiendrait avec un groupe terroriste jihadiste".

L'ingénieur de 29 ans, employé depuis 2012 par une société sous-traitante d'EDF, contestait devant la justice administrative une décision de la direction de la centrale nucléaire de Nogent-sur-Seine, dans l'Aube, de lui interdire de travailler sur le site, après un avis défavorable de la préfecture de l'Aube et du ministère de l'Ecologie dénonçant des "liens qu'il entretiendrait avec un groupe terroriste jihadiste".

"Risque de manipulation"

Selon cet avis, l'homme serait en contact avec un "imam adepte de l'idéologie salafiste, impliqué dans le recrutement de jeunes combattants des troupes américaines en Irak".

Pointant "le risque de manipulation et donc de vulnérabilité d'un ingénieur ayant accès aux centrales nucléaires", le tribunal administratif de Châlons-en-Champagne a estimé que l'administration pouvait "légitimement écarter les personnes qui, en l'état d'informations précises, apparaissent engagées dans un processus de radicalisation politico-religieuse".

"Aucune preuve"

"Il n'y a aucune preuve de ces supposés liens, cette décision qui s'appuie sur des affirmations non circonstanciées n'est pas digne d'un Etat de droit", a déclaré Sefen Guez, l'avocat du Collectif contre l'islamophobie (CCIF) qui le défend. Selon l'avocat, l'ingénieur "diplômé et sans aucun casier judiciaire" avait obtenu une autorisation d'accès aux sites nucléaires en 2012 et 2013, mais en mars dernier, il s'était vu une première fois refuser l'accès à la centrale de Nogent-sur-Seine à la suite d'un avis défavorable de la préfecture de l'Aube.

En juin, le tribunal administratif de Châlons-en-Champagne avait annulé cette interdiction, estimant qu'il y avait "un doute sérieux sur la légalité de la décision" puisque "ni EDF, ni le préfet de l'Aube n'ont précisé quelles caractéristiques justifiaient l'interdiction d'accès". L'ingénieur avait alors pu pénétrer dans quelques sites nucléaires, avant d'être de nouveau interdit d'accès à la centrale de Nogent-sur-Seine, qui se référait à l'avis préfectoral confirmé par le ministère de l'Ecologie. "Nous étudions avec mon client les possibilités de faire appel de cette décision", a indiqué l'avocat.

C. P. avec AFP