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#UberCestOver: sur Twitter, des femmes accusent leur chauffeur Uber d'agressions sexuelles

Une femme a déposé plainte pour agression sexuelle à l'encontre d'un chauffer Uber.

Une femme a déposé plainte pour agression sexuelle à l'encontre d'un chauffer Uber. - SPENCER PLATT / GETTY IMAGES NORTH AMERICA / AFP

Les messages se multiplient sur les réseaux sociaux, à travers le hashtag #UberCestOver, pour dénoncer les agressions sexuelles subies par de nombreuses utilisatrices de l'application.

Depuis quelques jours, l'entreprise Uber se retrouve dans la tourmente. De nombreuses utilisatrices de la compagnie dénoncent sur les réseaux sociaux, à travers le hashtag #UberCestOver, les agressions sexuelles qu'elles disent avoir subies en prenant un VTC de l'entreprise.

Tout est parti du témoignage d'une jeune femme, le 17 novembre dernier, qui a déposé plainte à l'hôtel de police de Strasbourg pour agression sexuelle à l'encontre d'un chauffeur Uber. Une enquête a été ouverte et des premières investigations ont été menées pour identifier le propriétaire du véhicule, a indiqué à l'Agence France-Presse, lundi, une source policière, confirmant une information de Rue89 Strasbourg et du site local Pokaa.

Après avoir déposé plainte, la jeune femme a pris la plume sur Twitter pour dénoncer ce qu'il lui était arrivé, publiant au passage une photographie du conducteur ainsi que son nom.

"Hier soir, pour rentrer en 'sécurité', j’ai pris un Uber! Au début j’étais accompagnée, une fois mes amis déposés le chauffeur est devenu trop entreprenant! Il a pris ma main, caressé ma cuisse puis la sienne... J’étais tétanisée, il voyait que j’essayais de retirer ma main de la sienne mais rien à faire! Arrivés chez moi il tend sa bouche pour que je l’embrasse et me dit que c’est dommage que je ne vive pas seule! Je suis sortie de la voiture aussi vite que j’ai pu, en claquant la porte!", a-t-elle décrit sur le réseau social.

"Ils m'ont promis que le chauffeur se ferait virer"

Une autre jeune femme, en tombant sur ce post mardi, dit avoir reconnu le chauffeur Uber qu'elle accuse de l'avoir agressée deux ans auparavant. Elle a alors écrit à Anna Toumazoff, à l'origine du compte Instagram "memespourcoolkidsfeministes", pour lui raconter son histoire et lui demander des conseils. La victime a expliqué avoir posté le message suivant sur les réseaux sociaux après son agression: 

"J'ai commandé un Uber pour rentrer d'une soirée vers 3h du matin. J'étais la dernière à être déposée. A. m'a proposé de monter à l'avant: naïve, gentille et ne voulant pas le vexer, j'ai accepté. Il m'a pris la main, m'a touché la cuisse. Quand je lui ai demandé sèchement d'arrêter, il m'a dit 'ha je pensais que vous étiez plus bourrée que ça'. Suite à ça, j'ai envoyé des messages à Uber. Je les ai appelés. Lors de cet appel ils m'ont promis que le chauffeur se ferait virer".

"Force est de constater que le chauffeur qui m'avait agressée et pour qui Uber avait été alerté a réitéré. Je suis aussi énervée contre le chauffeur que contre Uber", a-t-elle ensuite souligné à Anna Toumazoff. Cette dernière a partagé sur son compte Instagram l'ensemble de la conversation qu'elle a eue avec la jeune femme, avant de compléter les jours suivants avec une centaine d'autres témoignages d'agressions qui auraient eu lieu dans les VTC de la compagnie.

Deux autres femmes auraient, par ailleurs, reconnu le chauffeur, qui est accusé d'avoir agressé l'une d'elles suivant le même modus operandi et d'avoir essayé de bloquer l'autre dans sa voiture.

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Déjà de multiples accusations aux Etats-Unis

Aux Etats-Unis, les accusations d'agressions sexuelles se sont également multipliées. CNN a rapporté, en 2018, qu'au moins 103 chauffeurs Uber ont été accusés d'avoir agressé sexuellement des passagers entre 2014 et 2018.

Plus récemment, en avril dernier, une utilisatrice de l'application a poursuivi en justice l'entreprise, lui demandant 10 millions de dollars, après avoir été agressée sexuellement par son chauffeur, rapporte The Verge. Selon ce média, 31 chauffeurs ont été condamnés pour des crimes allant d'attouchements forcés à des viols.

En septembre 2018, le PDG d'Uber Dara Khosrowshahi avait assuré vouloir faire d'Uber "la plateforme de transport la plus sûre dans le monde entier". 

"La sécurité des utilisateurs est une priorité absolue"

Ce jeudi, face à la première absence de réponse d'Uber, Anna Toumazoff a demandé à la société de VTC de lui répondre sur Instagram: 

"Coucou Uber, vous voulez toujours pas parler de vos chauffeurs agresseurs/violeurs multirécidivistes et du fait que vous les laissez en service, nous exposant toutes au pire? Mieux encore, vous ne répondez a rien et effacez nos commentaires? Nous prenons vos véhicules souvent juste pour se sentir en sécurité, et on risque ça, sérieux? Pas de souci, mais nous on va vous inonder en tout cas. On est des milliers, on a nos claviers, notre hashtag #UberCestOver et notre détermination. Uber, il va falloir se justifier."

Le post, qui a généré plus de 6000 likes, a amené l'entreprise à se justifier sur les réseaux sociaux.

"La sécurité des utilisateurs de l’application Uber est une priorité absolue. Toute agression est traitée dans le cadre d’une procédure intransigeante. En cas d’incident lié à une agression sexuelle, le compte qui aurait commis les faits est systématiquement suspendu à titre préventif. Sur les réseaux sociaux, nous avons commis une erreur en supprimant des messages qui n’auraient pas dû l’être. Nous nous excusons sincèrement de ce manque de discernement et avons pris les mesures nécessaires", peut-on lire sur le compte Twitter d'Uber France. 

Contactée par BFMTV.com, une porte-parole de la société nous a fait parvenir les mêmes éléments de réponse que sur Twitter, ajoutant que leurs employés "ont été spécifiquement formés par les associations de lutte contre les violences sexistes et sexuelles", pour savoir comment agir dans le cas où une agression leur serait communiquée. Les associations en question sont "Stop harcèlement de rue" et "HandsAway". 

Une nouvelle fonctionnalité bientôt mise en place

Quand un utilisateur d'Uber se plaint d'une agression physique ou sexuelle, le compte du passager ou du chauffeur accusé "est alors immédiatement suspendu, et ce, à titre préventif", selon la procédure employée par Uber et que BFMTV.com a pu consulter. Après une prise de contact à la fois avec l'utilisateur et le chauffeur du véhicule, deux cas de figure se présentent:

"En cas de non-dépôt de plainte: le cas est revu en interne et il peut par exemple être décidé de la suspension permanente de l’accès à l’application Uber. En cas de dépôt de plainte: la police peut se mettre directement en contact avec nous en contactant une adresse email dédiée. Notre équipe est habilitée à communiquer toutes les informations nécessaires à l’enquête judiciaire (nom des parties, leurs contacts, et toutes les informations liées à la course - adresse, trajet, durée). L’accès au compte du chauffeur peut être désactivé", peut-on lire dans le document.

La porte-parole d'Uber met aussi en avant les fonctionnalités mises en place sur l'application de VTC pour protéger ses passagers. Il s'agit notamment du kit "Sécurité", symbolisé par un petit bouclier dans l'interface de l'application.

Il "donne des informations utiles sur comment partager une course avec ses proches, contacter les services d’urgence en un clic, la nécessité de vérifier la plaque et le chauffeur en rentrant au sein de la voiture et explique comment contacter notre équipe support 24h/24 et 7 jours/7", peut-on lire dans le communiqué.

Une nouvelle fonctionnalité, baptisée RideCheck, devrait également bientôt être disponible en France pour "détecter des anomalies en utilisant la puissance des données GPS et les capteurs dans les smartphones des chauffeurs". Ainsi, "lorsqu’un véhicule reste à l’arrêt un certain temps, il est automatiquement détecté par l’application et un message est simultanément envoyé au passager et au chauffeur pour s’assurer que tout va bien", explique l'entreprise.

Les justifications de l'entreprise n'ont, en tout cas, pas satisfait les nombreuses utilisatrices des réseaux sociaux, qui continuent d'inonder Twitter de témoignages.

Clément Boutin